Bibliothèque : à l'ère Netflix, l'ebook fait-il perdre la tête aux éditeurs ?

Nicolas Gary - 20.08.2018

Lecture numérique - Usages - livre numérique bibliothèque - embargos éditeur ebooks - prêt numérique bibliothèque


La rentrée résonnera comme une gueule de bois pour les bibliothécaires qui avaient cru le combat gagné. L’annonce de la maison américaine Tor que de décaler la disponibilité numérique des sorties papier de quatre mois pèse lourd. De quoi alimenter quelques réflexions sur le métier, et son avenir...

 

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Dean Hochman, CC BY 2.0

 

Sari Feldman, responsable numérique de l’American Library Association, en tomberait de sa chaise. « Le nouvel embargo de Tor a fait l’objet d’une réflexion minutieuse au cours des dernières semaines chez les bibliothécaires », indique-t-elle dans Publishers Weekly. Immanquablement, ce choix que d’installer une période de carence reste difficile à comprendre.

 

Si des milliers de lecteurs ont pu découvrir les livres de l’éditeur à travers les services de bibliothèques, ce changement implique que, « pour une raison mystérieuse, les lecteurs ont perdu le privilège d’y accéder rapidement ». Et pour les personnels des établissements, c’est comme un bras que l’on tranche.

 

Si le travail consiste à aider les lecteurs à découvrir, en leur prêtant les livres, la bibliothèque reste « un showroom fantastique pour les auteurs de Tor, quel que soit leur format ». Comment comprendre alors la volonté de l’éditeur, qui prétexte la cannibalisation des ventes pour justifier que s’instaure ce délai ?

 

Pour l’usager, au final, cela revient à être relégué au rang de lecteur de seconde zone. « En tant que bibliothécaires publics, nous nous sentons liés à la satisfaction des usagers. Et quand l’on se met à parler de livres numériques, nous avons peu de moyens pour expliquer pourquoi s’installe cette politique restrictive des éditeurs sur les lecteurs », indique-t-elle.
 

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Car il est indéniable qu’à l’époque de Netflix, et alors que les contenus numériques sont accessibles plus facilement que jamais, « notre histoire [celle du livre] plonge dans les embargos, les contrats d’auteur exclusifs ou l’exorbitant prix d’achat à l’unité ». De quoi refroidir l’ambiance, en effet. Aux yeux du public, les bibliothécaires semblent « en train de se plaindre, ou, pire, inaptes à fournir un service raisonnable à l’ère numérique ».

 

Il faut alors qu’après la gueule de bois – ou avant même qu’elle ne se résorbe – les établissements réagissent. Certes, Tor n’est que la filiale d’un grand groupe, MacMillan. « Mais nous ne pouvons pas laisser l’exemple de Tor devenir une tendance qui se généralise. »

 

Voilà des années que les établissements de prêt se conforment à la volonté des éditeurs, en travaillant à la sécurisation des plateformes d’accès. Mais il n’est pas envisageable que surgissent de la sorte de nouvelles contraintes, cette fois restrictives. 

 

Car une fois de plus, « le fait que les dirigeants de MacMillan ne se soient pas engagés avec les bibliothécaires sur le changement suggère que les bibliothèques ont de nouveau été reléguées dans la cuisine, au lieu de rejoindre les décideurs ».
 

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Les discussions restent ouvertes, certes, mais « il est clair que nous devons également élargir nos options ». Cela passe par des communications dans la presse, solliciter les journalistes pour qu’ils démontrent le pouvoir des lieux et leur incidence. 

 

Et surtout, « il est temps de lutter contre le ralentissement de l’accès des bibliothèques au contenu numérique ». 

 

Pour ne plus se laisse prendre de court de la sorte...




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