Bibliothèque : au gouvernement de faire diminuer le coût des ebooks

Nicolas Gary - 24.06.2019

Lecture numérique - Législation - Bibliothèque ebooks - Canada prêt numérique - audiolivre numérique


Le prix d’achat des livres numériques pour les établissements de prêt pose un réel problème de trésorerie… voire de sérieux maux de tête. En Colombie-Britannique, la bibliothèque d’Okanagan, qui a la responsabilité de 31 succursales, s’inquiète depuis quelque temps du coût grandissant. Constituer une offre devient douloureux. Très douloureux.

Canada Water Library Shelves
Barney Moss, CC BY 2.0
 

Voilà plusieurs mois que le responsable des établissements, Don Nettleton, alerte les pouvoirs publics : « Les éditeurs multinationaux limitent l’accès des bibliothèques canadiennes aux parutions numériques — quand un ouvrage est disponible ! –, ils rendent extrêmement coûteux à l’acquisition la plupart des œuvres en numérique. »  

Un bras, un rein, et un poumon pour un ebook

Des restrictions et des coûts dont les établissements ne peuvent s’acquitter, pour fournir aux usagers une offre significative — dont pourtant chacun aurait besoin. Avec un budget annuel de 18 millions $ CA, l’Okanagan Regional Library vit principalement de la taxe payée par les propriétaires fonciers locaux. 

Seuls 2,5 millions $ CA sont utilisés pour les achats de livres, avec des variables colossales : Kingdom of the Blind, de Louise Penny, parution assez récente, dispose de trois tarifs. Pour le poche, 13 $ US, pour le grand format, 22 $ US, et pour l’ebook, 60 $ US. Sauf que pour ce dernier, seuls 52 prêts sont autorisés, et une limite de deux années est imposée.

Pour les poches ou grands formats, ce sont des durées de vie de 2 à 4 ans en moyenne, estime Nettleton. Et moralité, le coût d’un ebook est nettement plus élevé qu’un ouvrage papier. 

Mi-juin, on apprenait que les bibliothécaires américains prenaient de plein fouet les décisions du groupe Hachette que d’imposer une licence de deux années, justement, pour ses ebooks et audiobooks. Avec l’obligation d’un renouvellement de licence, dont le montant est fixé par l’éditeur.

Une prise de conscience globale

En janvier dernier, les établissements de prêt du Canada avaient déjà lancé un premier appel, destiné aux multinationales éditoriales. Ils demandaient une baisse des prix d’achat des licences de prêt, qui deviennent de plus en plus élevés, d’après eux.

Leur message visait en particulier les multinationales de l’édition, dont Hachette Book Group, HarperCollins, Macmillan, Penguin Random House et enfin Simon & Schuster.

Dans son cas, Don Nettleton souligne que certains livres populaires proposés à 22 $ sont également disponibles en numérique, pour des sommes autour de 100 $. Avec une autre contrainte : pas de prêt simultané. Un ebook, un appareil, un usager donc.

Kindle
John Blyberg, CC BY 2.0
 

Au cours de l’année 2018, 519.000 ebooks et audiobooks avaient été empruntés, soit une hausse de 47 % en regard de 2016, ajoute-t-il.

Que le gouvernement fédéral fasse pression

Précédemment, le Conseil des Bibliothèques Urbaines du Canada avait pris acte de cette situation. Sharon Day, en charge des contenus numériques, déplorait d’abord que « certaines œuvres ne sont tout bonnement pas disponibles du tout » sur CBC. Le cas de figure des audiolivres, coûteux pour les éditeurs à produire, se retrouvait en tête de ligne. 

Pour autant, la réalité des bibliothèques ne pouvait être écartée : « Nous sommes confrontés à des prix excessivement élevés et à des modèles restrictifs, en ce qui concerne les livres numériques », indiquait-elle à Canadian Press. Et d’ajouter : « Ce n’est pas un fonctionnement durable. Nous avons déjà du mal à nous assurer que nous disposons de toutes les œuvres que souhaiteraient nos usagers. »

La dernière intervention du PDG de l’Okanagan Regional Library pourrait toutefois apporter de bonnes nouvelles. Il sollicite directement le gouvernement canadien pour que ce dernier fasse pression sur les éditeurs multinationaux. 

Le problème rencontré est à peu près identique à celui que l’on connaît d’ailleurs en France. En effet, une législation canadienne permet aux bibliothèques d’obtenir les livres papier, dès leur commercialisation en librairie. Or, souligne Don Nettleton, « il n’existe pas de système identique pour les œuvres audio et numériques ».

En effet, on peut avoir à attendre trois à quatre mois, avant que les éditeurs n’acceptent de rendre les titres disponibles pour les catalogues de prêt. 

Ainsi, la bibliothèque d’Okanagan se tourne désormais vers les responsables municipaux, pour qu’ils interpellent le gouvernement fédéral et le ministère du Patrimoine. Que les livres imprimés soient encore privilégiés par les usagers ne change en réalité rien aux coûts…


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