Bibliothèques cannibales : Macmillan généralise l'embargo sur le prêt d'ebook

Nicolas Gary - 26.07.2019

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Le jeu de pouvoir finira mal, entre bibliothèques et éditeurs, autour du prêt numérique. Voilà plus d’un an maintenant que le groupe américain Macmillan a décidé d’expérimenter un embargo sur les livres de sa maison d'édition Tor. Un délai de quatre mois entre la parution en ebook et la disponibilité en bibliothèque se mettait en place. Et désormais, ce principe d'embargo se généralisera.

Kobo Aura One
ActuaLitté, CC BY SA 2.0
 

Les nouvelles conditions de prêt numérique, présentées par le groupe Macmillan, vont faire bondir. Les établissements ne pourront se procurer qu’un seul exemplaire de chaque titre, avec accès perpétuel, pour 30 $ durant les huit premières semaines après publication. L’offre ne sera valable que pour les nouveautés, pas le fonds.
 

Le prêt numérique, cannibal au low cost 


Tout exemplaire supplémentaire sera facturé 60 $, passé ce délai, et les conditions commerciales restent inchangées. Autrement dit : deux ans de disponibilité, ou 52 prêts, au terme desquels il faudra racheter le titre. 
Au cours de l’expérimentation de Tor, le groupe affirmait que son embargo de quatre mois visait à limiter l’impact négatif du prêt numérique sur les ventes. Un argument jamais réellement démontré, rétorquait immédiatement l’American Library Association.

La méthode surprend, mais n’étonne plus : Macmillan est le quatrième groupe américain à modifier ses conditions générales de vente aux bibliothèques. En effet, Hachette Book Group (HBG) et Penguin Random House (PRH) ont mis un terme à « l’accès perpétuel » aux bibliothèques et l’ont remplacé par un modèle d’accès de deux ans. De son côté Simon & Schuster a basculé sur un modèle d’accès d’un an à deux ans. 

Mais les positions de son PDG, John Sargent, sont de loin les plus controversées. Lors de son intervention à Francfort, en 2018, il avait botté en touche quand ActuaLitté l’avait interrogé. Or, un mémo interne accompagnant ces nouvelles conditions générales de vente se montre bien plus explicite.
 

La politique de la terreur en marche


« Il semble qu’entre le choix d’un achat d’ebook pour 12,99 $ et un prêt numérique gratuit, le lecteur de livres numériques américain penche fortement pour la gratuité », indique-t-il dans un courrier aux auteurs, illustrateurs et agents. « Nous nouvelles conditions visent à protéger la valeur de vos livres lors de leur première édition. Mais elles veillent aussi à ce que la mission des bibliothèques soit préservée. »

Tout le monde ne l’entendra pas de cette oreille. Sur les 9000 bibliothèques publiques des États-Unis, recensées dans un rapport de 2017, elles étaient 8000 à offrir une solution de prêt numérique. Pour l’ALA, cette approche révisée les empêchera tout bonnement d’accomplir leur première mission : assurer l’accès de chacun à l’information.

John Sargent PDG Macmillan - Foire du Livre de Francfort 2018 - #FBM18
John Sargent - ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 
« La nouvelle politique de Macmillan est inacceptable. L’ALA l’exhorte à annuler cet embargo », commente Wanda Brown, la présidente, dans un communiqué rapidement dégainé. « Lorsqu’un établissement desservant plusieurs milliers de personnes ne dispose que d’un seul exemplaire d’une nouveauté en format ebook, c’est la bibliothèque et non l’éditeur qui encaisse. C’est elle qui est perçue comme insensible aux besoins de la communauté », poursuit-elle. 
 

Les acheteurs porte-monnaie, devenus emprunteurs gracieux


Quand bien même les autres grands groupes ont effectué des modifications de leurs CGV qui posent question, aucun n’avait encore généralisé le système de l’embargo. « Cette confirmation de l’embargo est la dernière preuve d’une inquiétante tendance dans l’industrie de l’édition », affirme Brown.

Alors que le PDG de Macmillan s’entête à évoquer des données obscures et jamais appuyées par des chiffres véritables, c’est une stratégie de peur auprès des auteurs et de leurs agents que la firme met en place. Accusant les bibliothèques d’encourager, par un marketing actif, les usagers à emprunter des ebooks, il fait porter la faute sur les lieux de prêts. Ces derniers transformeraient les acheteurs en emprunteurs, ruinant le modèle économique du livre. Quand bien même des données, chiffrées, tendent à souligner que les emprunteurs sont aussi de grands acheteurs.

La politique de Macmillan entrera en vigueur ce 1er novembre. Face à l’embargo, les appels aux boycotts, que l’on entend déjà dans le pays, risquent de se multiplier.

via WSJ


Commentaires
Je ne vois pas exactement où se situe le problème. A la grand époque du livre papier, une bibliothèque achetait un petit nombre d'exemplaires et certains ouvrages n'étaient tout simplement pas disponibles durant quelques semaines, le temps que les emprunteurs ne les rapporte.



Il me semble qu'ici, le schéma est un peu similaire. Il me paraît assez normal qu'un éditeur ne veuille pas phagocyter ses ventes.



Mais le problème me semble ailleurs : les bibliothèques devraient choisir des ouvrages de fonds, plus persistants, et laisser de côté les romans dont la durée de vie ne dépasse pas la une saison. Dès lors, la frénésie d'achat serait plus modérée, et la sélection meilleure. D'un côté, un tel embargo permet de voir ce qui reste d'un livre après quelques mois...
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