Bloquer les sites pirates, la tendance 2015 des éditeurs britanniques

Nicolas Gary - 28.11.2015

Lecture numérique - Législation - blocage site - Publishers Association - ebooks piratage


Voilà des mois, des années, que l’industrie du livre britannique est partie en guerre contre le piratage. Et depuis quelque temps, les efforts s’intensifient, avec dans l’idée de parvenir à un blocage méticuleux des plateformes contrefaisantes. Le recours aux injonctions ne fut pas chose aisée, mais depuis mai dernier, la Publishers Association a enfin obtenu gain de cause. Et la justice a ordonné aux Fournisseurs d’accès à internet d’interdire l’accès des sites aux internautes.

 

Great Wall of China

LWYang, CC BY 2.0

 

 

Une première salve de 120 domaines avait été frappée par la Haute cour, fin mai 2015. Dans la chasse aux sites non autorisés, le recours au blocage par les FAI semble gagner en popularité. La Publishers Association avait présenté à la juridiction une liste de sites reconnus comme des réservoirs à liens pirates. Et selon les estimations de la PA, 80 % des œuvres alors mises à disposition violaient le copyright. 

 

Les sites alors dénoncés étaient les suivants : Ebookee, LibGen (Library Genesis), Freshwap, AvaxHome, Bookfi, Bookre et Freebookspot. Ils accumulaient plus de 10 millions de titres – pas uniquement en matière de livres. À cette époque, la PA avait d'un côté demandé à Google de supprimer de ses résultats de recherche 1,75 million d’URL, de l'autre expédié par ses soins, de notifications de retrait aux responsables des sites. 

 

Cette démarche s’inscrit dans les pas de ce que la MPAA et d’autres organisations découlant des studios hollywoodiens mettent en œuvre. Les studios hollywoodiens et les producteurs de disques, depuis des années, avaient pourtant adopté cette méthode : le recours à la justice pour faire en sorte que les sites pirates soient bloqués au Royaume-Uni.

 

Or, avant l’obtention en justice de la première injonction en mai dernier, la PA avait essuyé une vingtaine de refus de la part de la Haute Cour. Pourquoi la PA dut-elle attendre si longtemps avant d’obtenir gain de cause ? L’histoire ne le dit pas encore. En revanche, forte de son premier succès, l’organisation poursuit sur sa lancée.

 

De son côté, l’Association of American Publishers avait d’ailleurs apporté son soutien à la PA dans sa lutte. « Nous sommes très heureux que la Haute cour ait accordé cette injonction, et, ce faisant, reconnu le préjudice subi par les éditeurs britanniques et les auteurs, du fait de ces sites contrefaits », affirmait alors Richard Mollet, directeur de la PA. 

 

Et pour cause : « Un tiers des revenus des éditeurs provient aujourd’hui des ventes numériques, mais malheureusement cette hausse du marché numérique a entraîné l’augmentation de la contrefaçon en ligne. » Bien entendu : parce qu’en filigrane, il faut bien comprendre que l’adoption de l’ebook va de pair avec la volonté des consommateurs de pouvoir se fournir – y compris en titres qui n’existent pas dans l’offre légale... 

 

Et six mois plus tard, voici le second effet Kiss Cool


Selon les informations de Torrent Freak, seize nouveaux domaines ont été ajoutés aux listes que les FAI britanniques doivent désormais rendre inaccessibles aux internautes. Une fois de plus, la PA a fait valoir que nombre des droits de ses membres étaient violés par des sites proposant le téléchargement de livres numériques. Et désormais, les internautes britanniques trouvent des messages expliquant que le site leur est refusé.

 

 

Une fois encore, l’injonction obtenue visait les principaux FAI du pays, BT, Sky, Virgin Media, O2, EE et TalkTalk. 

 

Évidemment, souligne Torrent Freak, bloquer des sites, par poignée de dix, ne change rien sur le long terme. Surtout que les internautes connaissent aujourd’hui bien mieux les solutions qu’apportent les proxy, pour contourner des mesures de géoblocage. La nouvelle salve de sites bloqués marque l’engagement, certes, de la PA dans la lutte contre le piratage. En ciblant des extensions de nom de domaine, elle tente de cerner au mieux les sites pirates – sans pour autant laisser entendre qu’elle comprend bien le problème. 

 

En revanche, il semblerait que les nouveaux sites bloqués ne soient que des extensions des précédents sites incriminés. L’AP n’aurait alors pas eu besoin d’entamer un nouveau processus juridique, mais simplement d’ajouter de nouvelles URL à l’injonction de mai dernier. Une adaptation de la justice britannique pour accélérer les démarches ? AvaxHome, eBookee, FreeBookSpot et Library Genesis sont toujours au cœur des actions. 

 

Pourtant, non seulement rendre inaccessible rend le site plus séduisant, mais surtout, la méthode entraîne de fait l’arrivée de solutions plus efficaces pour contourner le geoblocking. La prochaine étape consistera-t-elle à réclamer des injonctions contre les outils type proxy, qui permettent ce contournement ?