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Bradbury s'envole pour le Japon : "Yokai", 24ème nouvelle du Projet Bradbury

Neil Jomunsi - 31.01.2014

Lecture numérique - Acteurs numériques - yokais - japon - contes et folklore


Je constate depuis quelques semaines que mes nouvelles forment une chaîne : pas vraiment reliées thématiquement les unes aux autres — puisque j'essaye d'explorer différentes facettes de mon écriture et donc de varier les thèmes —, mais comme si, en bon Petit Poucet, j'avais semé des cailloux dont je remontais la piste petit à petit. Écrire conduit sans doute de façon invariable à ce genre d'errances.

 

Dans le texte de la semaine dernière, j'explorais certes la sexualité des robots dans un futur proche, mais je distillais aussi quelques touches de Japon par l'intermédiaire d'un personnage secondaire. Il semblerait que je me sois perdu en route, ou plutôt que le thème du Japon n'ait pas voulu me quitter entre temps. C'est comme s'il avait essayé de passer la tête au-dessus de la surface de l'eau la semaine dernière, et qu'il n'y était parvenu que cette semaine. Le temps de digérer, j'imagine, et peut-être aussi de laisser l'histoire se construire dans ma tête et se mélanger à mes autres inspirations, notamment les fameuses Propriétés du poète Henri Michaux.

 

Je vous présente Yokai, la 24ème nouvelle du Projet Bradbury, dont la couverture est toujours réalisée par Roxane Lecomte (qui se dépasse chaque semaine).

 

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Quelques mots à son sujet :

June Lindenhaven est une thérapeute qui ne sort de son cabinet que lorsqu'une situation exceptionnelle l'exige. En l'occurrence, la pathologie de son patient du jour — un vieil homme d'origine japonaise du nom de Gikaibo — a su retenir toute l'attention de la psychologue. Équipée de son sac à dos, elle se rend à l'adresse indiquée et se prépare au voyage. Car le périple ne fait que commencer et plongera June dans les méandres tortueux du folklore nippon... à ses risques et périls.

Cela fait quelques semaines que je m'intéresse au phénomène yokai. J'ai notamment acheté le Dictionnaire des Yokais de Shigeru Mizaki (en 2 volumes, aux éditions Pika, ma lecture de chevet du moment). Je ne comprends pas comment j'ai pu passer à côté d'un tel folklore. J'admirais déjà le Japon pour la complexité de sa langue et la beauté de sa culture, mais je n'imaginais pas un tel foisonnement d'imagination animiste. 

 

Bien sûr, les films de Miyazaki auraient dû me mettre la puce à l'oreille : on ne crée pas des univers si denses sans une ou deux inspirations. De fait, nous connaissons tous plus ou moins les yokais pour les avoir rencontrés dans Mon voisin Totoro ou Princesse Mononoké. Mais là où cela devient intéressant, c'est de voir à quel point ces films, quoique formidables, ne nous ont donné à voir qu'un tout petit morceau du paysage global. Nous ne l'avons contemplé que par le petit bout de la lorgnette.

 

Les yokais sont, pour les Japonais, des sortes d'esprits, de fantômes, d'âmes en peine, de créatures fantastiques, qui peuplent les villes comme les campagnes et dont les facéties sont bien souvent à l'origine des petits tracas de la vie quotidienne. Un feu qui s'éteint ? Une ampoule qui grille ? Il y a sûrement un yokai derrière tout ça. Mais si certains de ces ectoplasmes prêtent à sourire, d'autres sont carrément terrifiants. Sans doute créés autrefois pour dissuader les enfants (et les adultes) de faire des bêtises ou de s'aventurer dans des endroits interdits ou dangereux, ces monstres hantent les campagnes et les rencontrer est bien souvent synonyme de trépas à plus ou moins courte échéance.

 

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Je partage avec la culture shintoïste une certaine fascination pour les "esprits" de la nature, même si je n'ai pas grandi dans la campagne d'Osaka mais dans celle du Berry (qui possède aussi son lot de légendes, d'apparitions, de sorcières et de fantômes). À ma manière, j'ai aussi connu les yokais quand j'étais petit et que des terreurs enfantines m'habitaient lorsque je regardais la nuit tomber sur les champs de tournesols. J'ai toujours soupçonné que quelque chose se cachait derrière les arbres, les ruisseaux, les feuilles tombées au sol et les animaux des bois. Et plus le temps passe, plus je me sens une âme d'animiste. Ça a peut-être à voir avec cet écureuil qui vient manger sur mon balcon, allez savoir.

 

Yokai est, comme d'habitude, disponible au prix de 0,99€ chez Kobo, Smashwords, Apple, Amazon et Youscribe. Vous pouvez aussi (et surtout) vous abonner à l'intégralité des nouvelles pour 40€ en devenant mécène du Projet Bradbury et soutenir le jeune écrivain que je suis.

 

Pour ceux qui auraient raté les articles de la semaine, je propose trois conseils pour muscler le cerveau, où j'explique qu'écrire est un sport de haut niveau et nécessite donc un entraînement en conséquence, ainsi qu'une petite réflexion sur le rapport entre livre et objet de consommation : le livre est-il soluble dans le capitalisme ?

 

Bonne lecture à tous !