Brevets : Microsoft et la lecture numérique, où mettre le curseur ?

Nicolas Gary - 31.12.2015

Lecture numérique - Acteurs numériques - Microsoft brevets - Apple Kobo Amazon - lecture numérique


Le monde des brevets se divise en deux catégories : ceux qui les déposent et ceux qui sont poursuivis pour leur violation. Dans le monde du high-tech, les conflits font régulièrement les gros titres, quand des mastodontes s’empoignent, à coups de millions de dollars réclamés. En cette fin d’année, c’est Microsoft qui est très attendue : la firme a lourdement protégé une slide-bar... que l’on retrouverait sur de nombreux lecteurs ebook et autres applications.

 

 

 

En 2006, la firme dépose donc un brevet pour une slide-bar (la barre de défilement et le petit curseur associé). La chose ressemblait étrangement à ce que l’on voyait sur les chaînes stéréo. Son brevet couvrait même le curseur – pas question de lésiner. Ce dépôt a reçu le titre très humiliant de « Brevet Stupide du mois », décerné par l’Electronic Frontier Foundation, mais a tout de même été validé par l’US Design Patent le 30 octobre 2007, sous le numéro D554, 140. Et que voici...

 

 

 

Récemment, la firme de Redmond a poursuivi la société canadienne Corel, affirmant que la suite Home Office reproduisait l’outil en toute violation du brevet. Des allégations qui n’ont rien de surprenant : le dépôt de brevet découle moins de la protection de la propriété intellectuelle, que de la possibilité de verrouiller un segment spécifique, et de réclamer des indemnités dans le cadre de coûteux procès. 

 

On connaît, à ce titre, le litige qui oppose Samsung et Apple, et qui vient juste de reprendre. Le second réclame 180 millions $ au premier, estimant que cinq appareils du Coréen sont en infraction. Pour mémoire, en ce mois de décembre, Samsung avait déjà versé 548 millions $ pour une affaire qui datait de 2011. 

 

Dans le cadre de la procédure que Microsoft mène contre Corel, l’idée qu’un graphisme de curseur puisse être protégé met dans la balance de lourdes conséquences. En effet, les dommages-intérêts que la firme pourrait réclamer (et obtenir...) seraient un frein puissant à toute forme de concurrence. En brandissant la seule menace du procès, Microsoft disposerait des outils nécessaires pour empêcher quiconque de se lancer dans ce type de développement.  

 

Ironie : Corel avait déjà poursuivi Microsoft, pour des brevets déposés autour de son produit WordPerfect, que la société avait racheté à Novell en 1996. Mais la justice l’avait éconduite. En retour, Microsoft s’était donc penchée sur la question, et renvoyait la balle judiciaire, pour cette même question de brevets. 

 

D’ailleurs, Corel s’était lamenté, après son échec, considérant que WordPerfect avait été réduit au silence, et à des parts de marchés médiocres, « suite à des actions agressives ». Microsoft répliquait en assurant simplement que ce nouveau procès était « une réponse directe aux demandes non fondées, formulées plus tôt cette année par Corel ».  

 

Un porte-parole a assuré qu’il avait toute confiance, et que la justice ne manquerait pas de reconnaître combien Microsofot était lésé dans cette histoire. (via ArsTechnica)

 

Alors quid ? Le curseur que l’on retrouve sur les appareils comme les eReaders, ou encore dans les applications de lecture des uns et des autres serait menacé ? La barre de défilement, propriété de Redmond, entraînerait-elle des plaintes contre les Apple, Kobo, Amazon et autres opérateurs de la lecture numérique ? 

 

Dans iBooks, chez Apple

 

Sur la Kobo mini

 

 

Teleread n’y croit pas, certainement à raison : le géant du logiciel a totalement laissé tombé le secteur de la lecture numérique, que ce soit avec l’abandon de son format d’ebook, ou même dans son projet de numérisation depuis des années déjà. Même son outil de lecture est mort et enterré depuis des lustres. Et puis, en observant un peu des outils mis à dispositions des utilisateurs, difficile de croire que l’idée même d’un procès soit pertinente.

 

Un défilement à suivre, dans tous les cas.