Bull recevra plus d'un demi million d'euros pour refaire le registre ReLIRE

Nicolas Gary - 05.09.2013

Lecture numérique - Acteurs numériques - registre ReLIRE - numérisation - oeuvres indisponibles


La société Bull a donc été retenue pour réaliser la seconde version du site ReLIRE, hébergé par la Bibliothèque nationale de France. Cette plateforme recense les ouvrages inscrits dans la liste des oeuvres indisponibles sous droit du XXe siècle, qui doivent prochainement être numérisées. 

 

 

 

 

Le partenariat entre la BnF et la société américaine Bull ne date pas d'hier. Depuis 2010 au moins, Bull propose en effet sa plateforme NovaForge, Open Source, dans les solutions de stockage, mais également les développements applicatifs. Ainsi, pour la plateforme Platon, c'est Bull qui avait été chargé de proposer une méthodologie adaptée, en prenant appui sur la solution NovaForge. 

 

Le montant de la mise à jour du site est évalué à 585.284 €, comme le souligne l'appel d'offres - et seules quatre offres ont été reçues pour ce marché. Et il porte sur la « Réalisation de prestations en vue de l'extension et de l'évolution de l'application relire.bnf.fr de la Bibliothèque nationale de France. ( PROJET ReLIRE ) ». Mais la question, encore en suspend, est : qui va payer ? C'est que le sujet financier est particulièrement sensible autour de ReLIRE. 

  

Dans son rapport, Pierre Lescure notait : « Les négociations sur le plan de financement entre la CDC, le Cercle de la librairie et les principaux éditeurs demeuraient, à la date du présent rapport, délicates. » La CDC, c'est la Caisse des Dépôts et Consignations qui, contactée par ActuaLitté, n'avait pas souhaité s'exprimer.

 

On ne parle pas du Fight ReLIRE Club

 

« Sur les négociations autour du financement de la numérisation des oeuvres indisponibles, nous ne souhaitons, à ce stade, pas faire de commentaires », nous expliquait-on. Et de nous renvoyer alors vers le Commissariat général à l'investissement... qui ne s'exprime pas non plus sur le sujet. « La question est encore en discussion, et le CGI ne communique pas sur les dossiers en cours », nous précise-t-on. Il faudra voir avec le ministère de la Culture pour de plus amples informations. Lequel fait tout de même preuve d'une retenue d'informations considérables - que ce soit à l'époque de Frédéric Mitterrand, ou depuis qu'Aurélie Filippetti a pris la rue de Valois.

 

De fait, depuis plus de deux ans, le SNE est en discussion avec le CGI pour ce qui est du financement de ReLIRE - et depuis quelque temps avec la CDC, qui devrait financer la numérisation via des systèmes de prêts participatifs, auprès de la société de projet. Le CNL serait également sollicité pour apporter une partie des sommes nécessaires - en puisant dans les fonds prévus pour la numérisation du domaine public. Ce qui pourrait choquer, c'est l'implication du Cercle de la librairie acteur central de ce projet, puisque la société de projet doit être hébergée comme filiale du Cercle. 

 

Sauf qu'il faudra bien payer à un moment ou un autre, et que, dans un avenir très proche, la première liste définitive des oeuvres retenues pour une possible numérisation va intervenir. En effet, le 21 mars a été présentée, dans un cafouillage général, et un manque total de transparence, la première partie de la liste, qui devait contenir 50.000 titres, et finalement s'est approchée bien plus des 60.000. Or, si ReLIRE devait se limiter à une liste d'oeuvres du XXe siècle, il s'avère que la première liste contient 1 % d'oeuvres publiées entre 2001 et 2013

 

Six mois après la présentation de la liste, les oeuvres retenues entreront dans le système de gestion collective. Il revient alors à la Sofia, chargée de la gestion collective, de  :

proposer à l'éditeur d'origine, s'il est encore en activité et s'il a conservé les droits d'exploitation pour le livre imprimé, une autorisation d'exploitation exclusive sous forme numérique d'une durée de 10 ans, tacitement renouvelable. Si l'éditeur accepte cette autorisation d'exploitation exclusive de 10 ans, il est tenu d'exploiter l'ouvrage sous forme numérique dans un délai de 3 ans.

 

Mais l'addition commence à être salée

 

Et que le contribuable a déjà chèrement payé de sa poche la constitution d'une liste où les erreurs se sont accumulées. ActuaLitté avait en effet découvert que l'achat de la première liste des 50.000 oeuvres par la BnF à la société Electre/Le Cercle de la librairie avait coûté 124.999 €, dans le cadre d'un marché public - portant donc à 2,5 € le coût de chaque titre, avant même que l'on ne commence la numérisation. Dans ces conditions, il est sidérant de se dire que l'ensemble de la base ReLIRE, qui doit contenir 500.000 oeuvres indisponibles, coûterait donc 1,245 million €. 

 

Dans ces conditions, on comprend mieux que le site internet présente ReLIRE comme « un dispositif inédit », oubliant de préciser combien il est coûteux. Alors que la douloureuse continue de faire de ce projet un gouffre financier, nous avons sollicité le ministère de la Culture, afin qu'il nous communique l'étude de faisabilité financière que le ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand, avait évoquée. Nul doute que cette dernière avait prévu des dépenses faramineuses, et validé le fait que ReLIRE soit un gouffre financier, commis sur le dos du grand Emprunt...

 

Toute cette opacité avait d'ailleurs attiré l'attention du député Lionel Tardy, (UMP - Haute-Savoie), qui dans une question parlementaire adressée à la ministre de la Culture, Aurélie Filippetti, signalait qu'il apprécierait d'obtenir quelques précisions.  

M. Lionel Tardy demande à Mme la ministre de la Culture et de la Communication de lui donner des indications sur le coût de réalisation et d'entretien du moteur de recherche de livres indisponibles ReLire, récemment ouvert sur le portail de la Bibliothèque nationale de France.

 

Une demande des plus légitimes, si l'on se souvient que Bruno Racine, président de la BnF avait , à ce titre, expliqué en mars 2012 que « 50 millions d'euros semble un ordre de grandeur plausible », pour la numérisation des 500.000 titres. En outre, une partie de cette somme proviendrait directement des caisses du CNL, qui a manifestement assisté à une réorientation des fonds alloués à la numérisation du patrimoine.

 

Le projet "usine à gaz", par ses initiateurs

 

Même au SNE, plusieurs membres du syndicat n'hésitent pas à parler, fût-ce pour plaisanter, « du projet usine à gaz ». « Il y a encore du chemin à faire pour trouver la viabilité économique du projet », a-t-on même pu entendre durant l'assemblée générale du SNE, fin juin 2013. A ce jour, on ignore encore quel est le montant alloué à ReLIRE, alors que le registre, avant même la numérisation, a probablement coûté un million d'euros.

 

Nitchevo Squad News avait repéré cet appel d'offres publié le 8 mai dernier.

ARTICLE 5 – CONDITIONS DE LA PROCEDURE

5.1 – Étendue de la consultation et mode de passation du marché

Le marché  est conclu sous forme d'appel d'offres ouvert selon les dispositions des articles 57 à 59 du code des marchés publics.

Le marché est à bons de commande selon les dispositions de l'article 77 du code des marchés publics avec un montant minimum de 100 000,00€.T.T.C et un maximum de 700 000,00€.T.T.C. Ces montants sont fixés à l'acte d'engagement

 

De quoi laisser envisager que le coût du premier site a pu être inclus dans cette fourchette, dont la moyenne se trouverait à 400.000 € - mais cette information est pour l'heure introuvable. Autant que peut d'ailleurs l'être le financement...