"C'est une évolution inévitable que le livre numérique" (Bill McCoy, IDPF)

Nicolas Gary - 22.03.2013

Lecture numérique - Usages - IDPF - formats ouverts - open source


La présence de Bill McCoy, directeur général du consortium IDPF - International Digital Publishing Forum - au Salon du livre relève tout à la fois du plaisir et et de la véritable douceur. Venu évangéliser un public de professionnels durant les Assises du numérique, le patron de l'IDPF s'en est donné à coeur joie, vantant les mérites de l'Open Source et des formats ouverts. 

 

 

Bill McCoy, assis et Alban Cerisier au micro (éditions Gallimard)

 

 

Venu directement de New York, Bill McCoy a immédiatement évoqué l'arrivée du Kindle qui a ouvert le marché... et l'a fermé par la même occasion. « En trois années, on est passé d'un marché qui n'était rien, à des milliards de dollars », aligne McCoy. Avec une situation actuelle où des best-sellers - la chose paraîtra incroyable pour le marché français - vendent plus en format numérique qu'en papier.

 

C'est l'exemple typique de Fifty Shades of Grey, qui a dépassé les 50 % de ventes ebook, mais de nombreux titres ont réalisé des ventes de 30 ou 40 % en numérique. Quelque part durant l'année 2014, atteindre 50 % de ventes en format numérique pourrait d'ailleurs devenir une moyenne, assure McCoy. 

 

Qui n'hésite d'ailleurs pas à effectuer quelques passages par des images fortes pour expliquer combien l'évolution numérique est inévitable. « Début 2000, on me disait que personne n'avait besoin d'une caméra sur un téléphone portable. Mais comme le dit le romancier de SF William Gibson, ‘Le futur est déjà là.'. » 

 

Mais retour à la thématique et l'histoire de l'édition numérique aux États-Unis. Le décollage aux USA, on le doit en réalité à la concurrence que Jeff Bezos avait voulu lancer contre la chaîne de vente de disques Tower Records. C'était une année avant le lancement du Kindle, rappelle McCoy. Mais sur la question de la musique, deux acteurs avaient déjà accaparé le marché : iTunes et YouTube devançaient Amazon d'une bonne longueur, et il a fallu à Bezos trouver un autre axe.

 

« Jeff Bezos me l'a dit : il prévoyait déjà de vendre des appareils et des livres numériques à perte, pour devenir le leader sur le marché du livre. » La suite de l'histoire est connue : le premier modèle de Kindle sort en 2007, et depuis, le succès ne s'est pas démenti. 

 

Mais reste qu'à ce jour, la technologie à encre électronique a surtout exercé un frein sur les lecteurs, et le développement du livre numérique. En somme : on ne va pas très loin dans l'expérience de lecture avec de simples ouvrages homothétiques, qui ne sont que les reproductions dématérialisées de romans. Outre-Atlantique, la croissance des ventes de tablettes répond déjà bien plus aux besoins, apportant la couleur, donc la BD, par exemple, mais également des évolutions dans les contenus. C'était déjà le cas avec nos smartphones : les tablettes n'ont fait qu'accélérer le mouvement.

 

"C'est une évolution inévitable que le livre numérique"

 

« C'est une évolution inévitable que le livre numérique : imaginez, avec une tablette, vous avez toute une bibliothèque dans la main », s'enthousiasme McCoy. Alors nécessairement, il faut prendre le train en marche : « En tant qu'éditeurs, si vous ignorez les ebooks, vous laissez vos lecteurs à vos concurrents. Vous n'avez pas le choix que de vendre vos livres papiers au format numérique. Malheureusement, tout cela fait peur. » 

 

Et d'évoquer, bien entendu, internet, le grand Satan. « Internet offre la plupart de ses contenus gratuitement, contrairement à l'offre d'une librairie, où il faut payer. » Ainsi, les éditeurs se retrouvent en concurrence avec tout et tout le monde, raison pour laquelle il est important de rendre ses oeuvres disponibles « à un prix responsable et raisonnable ». Car, outre les questions tarifaires, « la véritable concurrence ne se joue pas sur l'argent des lecteurs, mais leur temps » : avec des applications, des jeux, des films, des vidéos, sur un même et unique appareil, « la difficulté est d'attirer l'attention des clients ». 

 

Surtout que les revendeurs ne sont pas forcément des amis pour les éditeurs : ils souhaitent réaliser le plus de profit possible, ce qui en tant que société est compréhensible, note McCoy. Or, pour l'éditeur, la situation peut devenir critique. Et plus encore dans l'hypothèse où deux acteurs finiraient par avoir le monopole des ventes. « Le mode de contrôle tel qu'il est pratiqué par Amazon ou Apple doit faire peur aux éditeurs, il est bien plus dangereux que le piratage d'oeuvres. »

 

Alors, pour lutter, les solutions sont simples, et reflètent la doctrine défendue par l'IDPF : innover, expérimenter et accepter de se tromper, « tolérer les erreurs », mais également éviter les plateformes propriétaires. Et pour ce faire, les formats HTML 5 et EPUB représentent les solutions les plus intéressantes : ce sont des standards. Et grâce à eux, McCoy promet que l'on finira par trouver la plage de sable fin idyllique qui permettra d'asseoir une nouvelle époque pour les éditeurs.

 

Et quand McCoy parle de plage, il est sérieux - ou alors, il s'est trompé dans ses slides, et a affiché une photo de vacances.

 

 

Sous les lignes de code, la plage ?

 

 

En revanche, point que les libraires accepteront moins bien, les recommandations de McCoy... sur la vente directe. « Chaque éditeur doit aller en direct sur les ventes. Distribuer soi-même son propre contenu, sans dépendre du revendeur, sera toujours opportun pour le lectorat. » Une approche qui, certes, commence à se profiler sur plusieurs sites d'éditeurs en France, mais qui n'a sûrement pas toutes les faveurs des libraires...