Ce qu'a changé le livre numérique dans le paysage du Québec

Cécile Mazin - 28.02.2014

Lecture numérique - Usages - livre numérique - Québec - marché de l'édition


Une intéressante étude vient d'être mise en ligne par Amélie Coulombe-Boulet, Influence du livre numérique sur l'industrie de l'édition au Québec (2013). Bilan et enjeux rédigé dans le cadre d'un mémoire de maîtrise en management HEC, à Montréal. « À partir d'une série d'entrevues réalisées avec les principaux acteurs du milieu, j'ai dressé un portrait de l'édition au Québec depuis l'arrivée du livre numérique », nous explique-t-elle.

 

 

ebook

teclasorg, CC BY 2.0

 

 

Le livre dans son intégralité est disponible sur le site de l'étudiante, et brosse un tableau complet de l'industrie de l'édition au Québec, depuis que le livre numérique a été introduit dans le commerce. L'étude a été réalisée sous la supervision du professeur Laurent Lapierre et propose un « Bilan de la situation actuelle et description des principaux enjeux réalisés à partir d'une série d'entrevues avec les principaux acteurs du milieu. »

 

Portrait de l'industrie de l'édition au Québec depuis l'arrivée du livre numérique (2013). 

Tout y est passé en revue : auteurs, éditeurs, diffuseurs-distributeurs, mais également librairies et bibliothèques. On attirera volontiers l'attention du lecteur sur la partie dédiée au piratage et aux verrous numériques...

 

La conclusion est particulièrement sensible : selon le mémoire, le modèle est « à revoir et une cohabitation à prévoir ». 

 

L'arrivée du livre numérique a déjà commencé à bouleverser le monde de l'édition au Québec. Les livres imprimés ne disparaîtront assurément pas, mais nous pouvons prévoir que les ventes de livres numériques augmenteront de manière graduelle et constante. Si les prédictions s'avèrent juste, elles pourraient représenter 15 à 20 % du marché en 2015. Il faudra donc prévoir la cohabitation des deux formats. Sans avoir l'ampleur de la transformation états-unienne, cette mutation obligera chacun des acteurs de la filière à revoir son rôle et ses pratiques au risque de disparaître. Si certains sont déjà avancés dans le développement de leur profession, d'autres risquent d'être happés par la vague de changement, faute de préparation.

[…]

Les différents maillons de la chaîne devront également innover à petite, moyenne et à grande échelle, sans attendre le secours des subventions, car les barrières à l'entrée qui protégeaient leur écosystème n'existent plus. De nouveaux acteurs, indifférents à la protection de la filière, avec de nouvelles manières de produire, avec, dans certains cas, des moyens financiers ahurissants, verront le jour et viendront bouleverser les habitudes. Il faudra repenser les moyens de production et les types de produits pour y inclure des livres courts, à petits prix, des feuilletons en ligne, des outils d'auto-publication, du paiement à la page, etc. Autrement, le marché se verra inondé de livres étrangers, de romans à 2,99 $ ou de club de lectures en ligne et risquera de perdre une partie de son lectorat.

De plus, la filière du livre devra mettre la promotion au cœur de ses actions : faire connaître ses bons coups, diffuser son offre numérique grandissante, s'assurer que les livres soient trouvables partout et qu'ils trouvent leurs lecteurs. Le livre numérique n'ayant qu'une existence virtuelle et non physique, la manière de le promouvoir changera drastiquement. Il s'agit d'entrer dans une logique de « trouvabilité » (discoverability) et de développer une structure de données et de diffusion qui permettront aux lecteurs francophones, où qu'ils soient, de trouver aisément les livres québécois.