Censurer une paire de seins : tollé international contre iBooks

Cécile Mazin - 21.03.2014

Lecture numérique - Usages - censure - apple - couverture



 

 

La semaine passée, Apple décidait de jouer les gros bras, en censurant la couverture du livre de Bénédicte Martin, La femme. Publié aux éditions des Équateurs, l'ouvrage ne contenait rien de pervers, retors ni même sexuellement explicite. Son seul défaut était d'avoir une couverture qui représentait un torse nu de femmes, seins en avant. Olivier Frebourg, l'éditeur, ne décolérait pas. 

 

 

« Ce qui est scandaleux, c'est qu'ils jugent sur la couverture, de prime abord », expliquait  l'éditeur, contacté par ActuaLitté. « Si encore c'était un ouvrage au contenu érotique, on pourrait le comprendre, mais c'est une oeuvre strictement littéraire. Toute forme de censure est condamnable, mais ici, c'est une censure économique qui s'applique. Apple représente 20 % du chiffre d'affaires numérique, et c'est un acteur majeur sur le marché. Son poids économique implique que l'on ne peut pas s'en passer. Mais on ne peut pas laisser faire non plus ! »

 

Ce dernier sera ravi, aujourd'hui, d'apprendre que l'International Publishers Association s'est ému de cet exercice de censure, qu'elle qualifie d' « absurde et dangereux ». L'IPA exprime en effet « de sérieuses inquiétudes à propos de la décision d'Apple d'interdire la vente d'un roman français en raison de sa couverture ». Ce n'est certes pas une première, dans l'histoire de la vente de livres numériques sur la plateforme iBookstore, mais ce n'est pas une raison. 

 

Selon le président de la section Liberté d'expression de l'IPA, Ola Wallin, cette décision est « absurde et dangereuse. C'est une chose que d'avoir un code de moralité, une autre que de tenter de l'imposer au reste du monde ». 

 

Une censure, qui a par ailleurs un de tristes conséquences, rappelait Olivier Frebourg. « Apple a une politique éditoriale, et décide de ce qui peut être commercialisé, et ce qui ne peut pas l'être. Soit on accepte, soit on fait sans eux : ils ne laissent pas d'alternative. »