Ces auteurs qui réclament plus de royalties sur les livres numériques

Antoine Oury - 28.03.2014

Lecture numérique - Législation - droits d'auteur - éditeur - livre numérique


Les livres numériques, après des années d'introduction pour le marché, ont débouché sur des facilités d'accès et des tarifs plus accessibles pour les lecteurs. Les éditeurs ont également pu y trouver leur compte, malgré des ventes encore timides, pour redonner un nouveau souffle à des ouvrages de fonds. Seuls les auteurs ont encore du mal à s'y retrouver, avec des droits d'auteur encore plus faibles que de coutume.

 

 

Kali, Avatar of the eBook

Multiplier les sources de revenus (Javier Candeira, CC BY-SA 2.0)

 

 

Avec le temps, va, les oeuvres restent : de nombreux lecteurs, surtout dans les pays anglophones où lecture numérique et versions ebook sont désormais communes sur le marché, se tournent vers le format pour réaliser quelques économies, en poids comme en devises. Les éditeurs l'ont bien compris, et profitent parfois de la popularité des versions numériques pour arrondir leurs chiffres d'affaires, en grignotant parfois le montant des droits d'auteur.

 

Ainsi, l'auteure Jean Craighead George, qui a signé Julie des Loups en 1973, a eu la mauvaise surprise de constater que seuls 25 % du prix de l'ouvrage lui était reversé par HarperCollins. Les discussions avec son éditeur d'origine n'ayant rien donné, elle s'est tournée vers Open Road Integrated Media pour vendre la version ebook de son livre, moyennant une moitié du prix de vente.

 

De manière prévisible, l'éditeur d'origine, HarperCollins, a intenté un procès à l'auteure pour manquement à ses obligations, et, ce qui reste assez surprenant, la Justice américaine, a reconnu les droits de l'éditeur. Surprenant, car le contrat, signé dans les années 1970, ne comportait sûrement aucune mention d'une exploitation numérique.

 

Les auteurs arguent souvent que l'ebook requiert des coûts de fabrication bien moins élevés que les livres papier, sans compter l'absence de frais de stockage, d'envoi ou de retour. Ce à quoi les éditeurs répliquent généralement que la faible valeur des livres numériques permet rarement de payer les designers, programmeurs et autres marketeurs engagés dans la vie de la version numérique. Ou encore que les versions numériques de classiques permettent d'équilibrer l'équation économique d'une maison, et de publier des auteurs moins reconnus, prendre des risques...

 

Dennis Loy Johnson, éditeur chez Melville House Books, avance un autre argument, qui relie le tout à un phénomène que les libraires anglophones connaissent bien : « Le showrooming est une réalité. D'une certaine façon, le livre papier est devenu une publicité pour le livre numérique, et ce dernier compense les dépenses nécessaires pour placer le papier dans les magasins. » En effet, le showrooming consiste à se rendre en magasin pour « tester » les produits, avant de les acquérir en ligne.

 

Mais, enfin, tester un livre...

 

En France, dans un cas similaire à celui de Julie des Loups, l'éditeur est obligé par la loi de renégocier les droits numériques d'une oeuvre. En effet, les contrats pour les exploitations papier et numériques restent distincts, et détenir les droits du papier ne conduit pas à l'obtention de ceux de la version numérique.

 

(via Salon)