Chant acier, expérience documentaire et littéraire de François Bon, à Fos-sur-Mer

Cécile Mazin - 23.09.2016

Lecture numérique - Usages - Chant acier littérature - documentaire littéraire - François Bon


« Ils sont sidérurgistes et disent de l’intérieur l’un des derniers grands sites sidérurgiques français — l’usine, leur usine. » Cette introduction brûlante est celle de l’aventure menée par l’écrivain François Bon, parti sur les traces de l’usine sidérurgique de Fos-sur-Mer.

 

 

 

Plus grand chantier de France, sorti de terre dans les années 70, l’endroit produisait de l’acier, depuis toutes ces années, et le renvoyait, « par la mer, dans un ballet incessant de bateaux ». Mais désormais, Fos-sur-Mer appartient à Mittal, « simple pièce d’un échiquier mondialisé. Elle produit toujours plus de cent soixante variétés des aciers aux usages les plus modernes », écrit François Bon.

 

Chant acier devient alors un projet protéiforme, tout à la fois récit, documentaire et aventure littéraire, déclinés dans une expérience transmedia, qui sera disponible le 28 septembre.

 

Trois approches, trois manières d’expliquer, de montrer le monde, et de raconter notamment les ateliers d’écritures menés avec les employés de l’usine. 

 

  1. Un film interactif, destinée au web et tablettes, qui offre une traversée littéraire et filmique de l’usine. Ce film suit le mouvement de la transformation de la matière. Du chemin du minerai vers la bobine finale, en passant par les hauts-fourneaux ou le laminoir.
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  3. Un livre numérique (pdf / gratuit), qui est un prolongement littéraire aux sensations éprouvées par le film interactif. Structuré comme un abécédaire, le livre présente un large champ lexical de l’usine. Chaque mot est illustré par un texte des salariés de l'usine, fruit du travail avec François Bon.
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  5. Une série d’interviews de grands témoins. François Bon est allé à la rencontre de Bernard Stiegler, Thierry Beinstingel, Leslie Kaplan, François Shuitten, Maelle Tessier, Serge Geairain, Richard Gasquez et Jean-Louis Malys et s’est mis à leur écoute pour savoir ce que le concept de travail interroge de leurs propres pratiques, de leurs propres recherches. 

 

 

Et dans le même temps, le récit propre de l’écrivain : 

 

Et dans les immenses bâtiments (le laminoir fait plus de huit cents mètres de long), on se confronte toujours aux plus vieux éléments du conflit entre l’homme et la nature : tout part du feu, y ramène, dans une échelle disproportionnée et magique. Tout cela dans une transformation sociale qui continue d’évoluer : automatismes, intérimaires, sécurité, et l’usine Seveso, construite à l’écart de toutes villes, est aujourd’hui rattrapée par Marseille métropole.

 

On m’a proposé, il y a trois ans, un atelier d’écriture avec elles et eux, les sidérurgistes. Jeunes femmes ingénieures ou ouvriers postés. Celui qui jette la cendre de riz sur la coulée en fusion, ou celui qui arpente pour réparer les moindres recoins de l’usine. Pour moi, le premier choc lié à la découverte des aciéries de Lorraine, il y a trois décennies, était esthétique autant qu’humain.

 

 

 

C’est cela qu’avec eux j’ai voulu chercher. Dire le travail, et dire ce qu’il y a dans la tête quand on y travaille. Le beau et le risque. La fatalité et la révolte. Le quotidien et le corps. On a eu la chance d’écrire toute une saison, dans la salle de répétition du théâtre de Fos-sur-Mer, mise à notre disposition.

 

Alors commençait un autre voyage : filmer l’usine depuis les textes, et non pas depuis notre œil à nous. Et l’invention d’un objet qui nous immerge dans cette réalité violente et mouvante. Permettre l’interaction avec les mots et les voix.

 

Suivre le parcours depuis le minerai jusqu’à la bobine qui repart, mais depuis l’intérieur même de ce qu’ils en vivent, rêvent, agissent ou craignent.

 

 

Le film a été réalisé avec Emmanuel Roy, réalisateur et monteur, et Annabel Roux, scénariste d’expériences et dispositifs interactifs pour le web.