Chine : plus de smartphones, plus de lecteurs, plus de pirates

Clément Solym - 20.04.2016

Lecture numérique - Usages - Chine lecteurs - piratage auteurs - contenus internet livres


Les Chinois conquis par leurs smartphones, c’est un moindre mal : alors que le pays s’ouvrait voilà quelque temps à peine aux iPhone, 60 % des détenteurs de smartphones seraient des lecteurs acharnés. L’Empire du Milieu serait en train de tourner la page des ouvrages imprimés, alors qu’en 2015, plus de 64 % des lecteurs a eu recours aux livres numériques sur mobile, annonce l’agence Xinhua. 

 

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Ernie, CC BY 2.0

 

 

Ils seraient en effet 64 % chez les adultes à plonger dans des livres depuis leurs mobiles, soit une hausse continue depuis plusieurs années, et plus concrètement de 5,9 %, en regard de 2014. Si 58,4 % de la population continue de lire sur papier, la hausse n’est elle que de 0,4 %, indique l’enquête menée auprès de 45.911 adultes à travers 29 régions.

 

Non seulement les lecteurs se retrouvent sur leurs smartphones, mais les écrivains, eux, foncent sur la toile pour se faire découvrir. Ainsi, le dénommé Tangjiasanshao, de son pseudo en ligne, est devenu une star incontestable : avec l’adaptation de son livre en film, il a encaissé près de 110 millions de yuans en droit d’auteurs, ce qui fait de lui l’auteur le mieux payé du pays. En comparaison, le reste de l’industrie du livre est clairement à la peine. 

 

Et pourquoi ? Parce que la contrefaçon continue de sévir de plus belle dans le pays. Le cabinet d’étude iResearch China estime que 10 milliards de yuans en droits d’auteur ont été perdus en 2014. Et rien ne semble avoir été réellement fait pour endiguer le flux au cours de l’année 2015. Nie Zhenning, conseiller culturel, déplore l’évolution du piratage, mais semble résigné : « La domination du piratage en Chine détourne les clients des contenus légaux et s’avère défavorable pour le secteur création de toute la nation. » Mais qu’y faire ?

 

Paradoxe fameux, la littérature en ligne prospère donc, mais perdrait beaucoup d’argent : seuls 26,5 % des internautes lisent des exemplaires légalement acquis de livres, alors que plus de la moitié se lance sur des forums et des sites de téléchargements pour trouver ses lecteurs. L’écrivain Shefayoga assure à Xinhua que « seulement 5 % des romanciers en ligne peuvent vivre pleinement de leur seule écriture. La plupart de mes pairs écrivent des milliers de mots chaque jour sur des sites littéraires légaux, pour tenter d’obtenir des revenus des abonnements, mais le contenu est rapidement divulgué sur des forums et des sites de partage, ce qui rend nos efforts absolument inutiles ».

 

Plus de lecture, plus de lecteurs, plus de pirates : CQFD

 

Pour en revenir à la lecture, les Chinois globalement, numérique et papier confondus, lisent de toute manière plus. L’année passée, ils ont consommé 4,58 livres numériques et 3,26 ouvrages imprimés, comme le dévoile la 13e enquête nationale dédiée à la lecture.

 

« Cette année, nous avons constaté que le taux d’adultes qui a pris l’habitude de lire est en hausse, avec 79,6 % d’entre eux qui lisent, et la plupart sont également des consommateurs de numérique », assure Wei Yushan, à la tête de l’enquête. Mieux : ils seraient 67 % à souhaiter que des activités culturelles autour du livre se développent autour d’eux, comme des festivals, et chez les moins de 17 ans, la lecture représente un passe-temps pour plus de 81 %. 

 

« Un Chinois moyen passe 62,2 minutes par jour à lire [globalement, NdR] sur son mobile », poursuit Wei Yushan. Or, seuls 50 % d’entre eux accepteraient de payer pour télécharger des versions numériques des livres – et l’on en revient au même problème. Depuis 2014 et l’instauration d’un plan national pour inciter les citoyens à lire, il semble que le pays ait remporté une victoire importante. En effet, 18 milliards de yuans ont été dépensés au cours des dernières années pour la construction de bibliothèques rurales. Et 10 millions de yuans déployés pour acheter des livres numériques, offerts aux travailleurs migrants afin de favoriser leur insertion. 

 

« Nous avons constaté que dans certaines zones rurales, où les livres imprimés ne sont pas à portée de main ni achetable facilement, les gens lisent avec leur téléphone portable. La lecture numérique aide véritablement à faire croître la population de lecteurs », estime Zhou Huilin, du ministère de la presse, des publications, de la radio, de la Télé et de films. 

 

Reste désormais à faire entrer l’esprit et le respect du droit d’auteur dans les habitudes. Ce sera là une affaire moins évidente encore.

 

via Xinhua, China Daily