Clean Reader : l'épurateur de vocabulaire profane fait polémique

Julien Helmlinger - 27.03.2015

Lecture numérique - Usages - Clean Reader - Censure - Droit moral


Au début du mois était lancée depuis l'Idaho l'application de lecture Clean Reader, destinée aux lecteurs-censeurs souhaitant expurger leurs bibliothèques de tout ce qu'elles contiennent de politiquement ou religieusement incorrect. Un outil de censure DIY, permettant de passer le balai selon des paramétrages plus ou moins draconiens. L'initiative s'est fait des détracteurs, elle constituerait pour certains une atteinte au droit moral de l'auteur.

 

 

 

En l'espace de trois semaines, Clean Reader a suscité diverses réactions dans le monde du livre. Certains auteurs ou encore Mark Coker de Smashwords se sont opposés à l'application, arguant notamment qu'elle violait le droit moral de l'auteur. Ce mercredi, le fondateur de la plateforme d'autopublication a annoncé avoir réclamé que ses titres soient retirés du catalogue de la librairie intégrée de l'application.

 

« Selon les termes de notre accord avec tous les détaillants, ces derniers n'ont pas l'autorisation de modifier les mots de nos livres. À mon avis, lorsqu'on protège les lecteurs des mots, cela représente une modification du livre que ni Smashwords ni nos auteurs n'avons autorisée », explique Mark Coker.

 

Dans un autre registre, des critiques avaient pointé le manque de justesse de certains remplacements de mots, par l'algorithme de Clean Reader. Plus récemment, Jennifer Porter s'est quant à elle penchée sur la pertinence du choix des mots censurés et le verdict n'est pas plus encenseur pour l'application. Le filtrage aurait de quoi laisser dubitatif, le « nettoyage » donnerait parfois lieu à des scènes hilarantes.

 

Cory Doctorow a pour sa part défendu l'outil en son principe, contre les accusations de violation de droit moral de l'auteur, soutenant que les livres étaient achetés par voie légale et que seul l'usager final décidait d'appliquer ou non un filtre de censure, et dans un cadre privé. Le militant ne défend pas l'idée de censure, mais estime que laisser les gens faire leur propre filtrage, c'est aussi ça, la liberté d'expression.

 

Quoi qu'il en soit, sans mise à jour de l'algorithme, avec le manque de pertinence pointé par Jennifer Porter et autres observateurs, le gadget ne serait définitivement à conseiller qu'aux amateurs de surréalisme.