Coetzee, l'homme qui voulait faire écrire de la poésie aux ordinateurs d'IBM

Victor De Sepausy - 03.08.2017

Lecture numérique - Usages - poésie ordinateurs IBM - codes programmation informatique - poèmes cartes perforées


La biographie de John Maxwell Coetzee, avant de devenir celle d’un grand homme de lettres, débute professionnellement avec un travail dans le monde informatique. Originaire d’Afrique du Sud, il avait en effet suivi à Londres des études de linguiste et d’informatique. Avec quelques projets personnels à l’esprit.



Coetzee - Mariusz Kubik, CC BY 2.5


 

Programmeur chez IBM puis chez International Computers, Coetzee avait, durant ses années d’ingénieur informaticien, nourri le secret espoir de faire écrire de la poésie à un ordinateur. En ce début des années 60, alors que les machines occupaient l’équivalent d’un deux-pièces parisien, IBM était la firme la plus en avance dans le monde informatique.

 

Depuis Londres, où il travaillait, Coetzee passait des heures à écrire du code, des lignes longues et interminables, à destination des ordinateurs. Ainsi qu’il l’écrivit dans une lettre à Paul Auster, il se vit « plonger si profondément, englouti par ce processus, que parfois je sentais que je faisais chemin vers une folie dans laquelle le cerveau est récupéré par la logique mécanique ». Du Matrix dans le texte, ou peu s’en fallait.
 

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Or, s’il programmait et codait jour et nuit, Coetzee avait à l’esprit de mener une carrière littéraire – chose toujours complexe quand on ne dispose pas d’un pécule pour vivre, permettant d’assurer le minimum. Influencé à l’époque par TS Eliot, par Ezra Pound et par des poètes allemands, en particulier Rilke, il avait alors quelques projets à l’esprit. 

 

Dans la vidéo qui suit, il raconte qu’il ne délaisse pas la poésie au profit du roman. 

 

 

 

Mais se souvenant de ces années de programmation, il garde en mémoire la salle des machines, où de gigantesques armoires contiennent la technologie, alors de pointe. Le modèle IBM 7090, sorte de grosse console ou encore l’IBM 1401, produit entre 1959 et 1965. En guise de distraction, il était possible de jouer à des jeux rudimentaires, explique-t-il.

 

Ces machines, qui fonctionnaient avec des cartes perforées, lui inspirèrent alors l’idée d’un autre monde possible. Au milieu des années 60, Coetzee travaillait en effet sur l’un de projets de programmation parmi les plus avancées de Grande-Bretagne. « Durant la journée, il aidait à concevoir le supercalculateur Atlas 2, destiné à l’Atomic Energy Research Establishment d’Aldermaston », écrit Rebecca Roach, chercheuse au King’s College London.

 

Et la nuit ? Eh bien la nuit, John devenait Pierrot et, rêveur, il se servait de cette machine extrêmement complexe et puissante, en cette période de Guerre froide, pour écrire de la poésie informatique. Autrement dit, il rédigeait des programmes pour que l’ordinateur puisse sélectionner des mots, à partir d’une liste de vocabulaire défini, et créer des lignes répétitives.
 

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Alors, certes, on est dans le neo-futurisme, post-surréel, ante-apocalyptico-informatique. Les phrases produites par la machine n’avait déjà absolument aucun sens, on peut le constater ci-dessous.


 

Trois histoires – J-M Coetzee, trad. Georges Lory et Catherine Lauga du Plessis – Editions Seuil – 9782021305616 – 13 €

Via Open Culture