Collecte des informations de lecture, la traque d'une recette miracle

Clément Solym - 29.06.2012

Lecture numérique - Usages - lecture numérique - données - quantification


L'un des outils les plus mis en avant par l'écosystème de lecture Kobo, repose sur l'ensemble des données établies sur la quantification de la lecture. Avec Reading Life, comme d'autres acteurs, Kobo propose des fonctionnalités de partage, de mesure, et des principes de récompenses. Finalement, un outil intéressant pour avoir des données sociologiques sur les comportements de lecture. Mais pas que…

 

Un lecteur moyen lit en effet The Hunger Games en sept heures, avec 57 pages par heure, apprend-on ainsi des 18.000 utilisateurs de Kindle. On découvre aussi que les possesseurs de Nook ont acheté le tome 2, presque immédiatement après avoir fini le premier volume. Toutes ces informations deviennent précieuses, pour l'éditeur : on peut quantifier, jauger, évaluer et entrer au plus intime de la lecture, découvrant les passages annotés, soulignés… Désormais, on n'évalue plus seulement les ventes et les livres, mais aussi l'intensité de la lecture.

 

Finie, donc, la lecture loin des regards, une sorte de Big Brother est watching you, mais depuis l'intérieur de votre cerveau. L'activité devient une chose mesurable, dans ses moindres détails, et faites confiance aux fabricants pour parvenir à quantifier ce qui ne l'est pas encore. 

 

 

 

Mieux : le partage de ces informations sur la lecture, via les réseaux sociaux, est devenu l'un des arguments de vente massue pour les fabricants, qui s'échinent à créer des applications les plus méticuleuses possible. Et alors que seules les ventes étaient jusqu'à lors chiffrées, cette intrusion dans le processus de lecture commence à livrer des chiffres finement décortiqués.

 

Ainsi, Barnes & Noble, qui selon le Wall Street Journal, disposerait de 25 à 30 % de parts de marché outre-Atlantique, a commencé dernièrement à étudier le comportement de ses clientes. Et les données recueillies à partir des appareils Nook : vitesse de lecture, comportement d'achat, et bien d'autres encore. Les enjeux sont d'ailleurs importants, car ces données permettent de mieux cibler le marketing à mettre en place. Ainsi, les ventes du Nook ont augmenté de 45 % l'année fiscale passée, mais également de 119 % pour les ventes d'ebooks. Avec 1,3 milliard $ générés, contre 880 millions l'année d'avant, on comprend mieux l'intérêt pour ces informations.

 

Jim Hit, vice-président ebook de la société, explique que cette phase d'analyse n'en est encore qu'à ses balbutiements, même si l'on passe au crible les informations déjà disponibles. Savoir quelles sont les habitudes de lecture, au plus près, simplifie évidemment la recommandation que les libraires peuvent mettre en place.

 

Pour exemple, les fans de science-fiction, de romance et de crime-fiction sont des lecteurs rapides, plus que ceux de fiction littéraire, et ils achèvent la quasi-totalité des ouvrages qu'ils commencent. Ceux qui s'intéressent à la fiction littéraire sautent plus facilement d'un livre à l'autre. 

 

De plus, repérer les moments où les lecteurs s'ennuient pourrait aider les éditeurs à créer des événements dans les éditions numériques, en ajoutant un lien web, une vidéo ou d'autres fonctionnalités multimédias, souligne Jim Hit. C'est d'ailleurs l'un des points les plus contrôlés : la lassitude et l'abandon de la lecture - et ce, même s'il reste impossible de déterminer pourquoi le lecteur arrête de lire.

 

Scott Turow, président de l'Authors Guild, estime que ces informations sont importantes : elles représenteraient des aides essentielles pour ciseler les livres et faciliter le travail de l'éditeur. Mais ces collectes pourraient également entraver la créativité. Un ouvrage excentrique serait facilement délaissé, ou encore, comment considérer de réduire Guerre et paix, simplement parce que les lecteurs ne l'ont pas achevé ? De même, l'éditeur ne peut pas nécessairement se réjouir de cette intrusion dans son champ d'action…

 

Pour Amazon, cependant, de tels outils de mesures sont efficaces, permettant au libraire Amazon de donner à l'éditeur Amazon des éléments ciblés : ce dernier peut identifier les passages favoris des lecteurs et parvenir progressivement à sélectionner, traquer et produire le livre qui ressemblerait à ce que les lecteurs aiment lire. Finalement, un renversement des valeurs, où l'éditeur ne propose plus au public une oeuvre, mais s'adapte à lui, pour commercialiser ce qui serait la recette miracle. Sans parler des avantages en termes de ventes…

 

Pour l'Electronic Frontier Foundation, qui fait pression pour empêcher les revendeurs de livres numériques d'utiliser les informations recueillies sur la lecture des usagers, ces méthodes relèvent de la surveillance ni plus, ni moins. Et surtout, pourraient servir à de vilaines causes, comme pour un procès, permettant de déterminer un profil psychologique. Et là, on n'est pas vraiment dans la science-fiction. Avec l'American Civil Liberties Union, l'EFF a travaillé avec plusieurs sociétés high-tech pour obtenir que l'on cesse cette traque des données systématique.

 

À ce jour, près de 40 millions de lecteurs ebook et 65 millions de tablettes coexistent aux États-Unis ; le livre numérique a généré 282 millions $ durant le premier trimestre, contre 230 millions $ pour les hardback imprimés. Plonger dans l'esprit d'un lecteur, sera vraisemblablement le nouvel enjeu de la lecture. Et une nouvelle manière de travailler les textes...




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