Comment bien publier son e-book, pour les nuls

Clément Solym - 15.02.2012

Lecture numérique - Usages - livre numérique - disposition - tablette


Qui est donc Emma Wright, pour se permettre d'établir une liste des neuf vérités à savoir sur les e-books, ou de prodiguer des conseils sur le design le plus approprié aux livres numériques ? Il se trouve que la jeune femme sait de quoi elle parle : cela fait plus de deux ans qu'elle conçoit elle-même des e-books. Pas bégueule, elle partage ses conclusions sur son blog.

 

Il y a sans doute quelques gènes pédagogiques qui se sont glissés dans l'ADN d'Emma Wright : on pourra se moquer de sa manie de faire des listes (son site What Emma Learned en est truffé), sûrement pas de l'appel à la réflexion collective qu'elle vient de lancer aux éditeurs ou futurs éditeurs de livres numériques.

 

Dans un billet sur son blog, Wright expose les problèmes d'affichage, de lisibilité et de navigation qui empoisonnent le lecteur converti à la lecture sur tablette. Dans une première partie consacrée aux éléments « partagés par le livre papier et le livre numérique », elle relève les alinéas en début de paragraphe, les retours à la ligne, les interlignes, les ouvertures des chapitres, les tailles et les formats des polices et les planches d'illustrations. Pour tous ces points, Wright conseille évidemment de s'écarter si besoin est des canons du livre papier : elle remarque ainsi que des sauts de section trop importants gâchent la lecture en allant à l'encontre d'une « économie du clic » qu'elle juge salutaire.

 

 

Dans la deuxième partie de son post, qui concerne spécifiquement les nouveaux paramètres du livre numérique, Emma Wright insiste d'abord sur la nécessité première qu'est l'ajout de contenu : pas forcément une « version longue », mais plutôt une extension du texte : interview de l'auteur, lien vers son blog, extraits du manuscrit... « Un livre numérique peut être beaucoup plus qu'un livre imprimé, sans que les coûts de production ou d'impression traditionnels n'interfèrent. Un e-book de base s'enrichira avec de la couleur, des textes ou images supplémentaires, ou encore des liens hypertexte renvoyant à l'intérieur ou à l'extérieur de l'ouvrage »

 

Wright fait également un sort à la navigation, qui doit comporter une fonction pour « passer d'un chapitre à l'autre », et « recréer l'expérience du navigateur ». En se basant sur sa propre expérience d'utilisatrice, elle reste plus prudente sur les notes de bas de page, qu'elle hésite à inclure en fin de chapitre ou directement à la fin de l'ouvrage. Ce qui est sûr, c'est « qu'elles doivent être cliquables » précise-t-elle.

 

Seulement, voilà, le petit monde merveilleux et gorgé de possibilité qu'est l'édition numérique est menacé par les constructeurs de tablette, qui imposent chacun leur format de fichier, leur mise en page, leur police... Bref, un enfer pour des éditeurs ou des auteurs sûrement avides d'expérimentations.  « L'interactivité des livres numériques d'aujourd'hui craint » conclut Baldur Bjarnason, un collègue un peu plus direct de Wright, qui considère les moyens actuels « plus bugués qu'Internet Explorer 6 tournant sur un vieux Windows 98 piraté » (on peut bien sûr espérer que Readium fera bouger les choses en termes d'applications de lecture sur tablette)

 

Ces défaillances s'expliquent tout simplement par un affichage encore balbutiant de l'HTML, un langage de balise utilisé pour afficher cette même magnifique prose que vous lisez dans votre navigateur. Or, les processeurs encore limités des tablettes de constructeur, mais également l'instauration des formats « fermés » sont des obstacles de taille à l'inclusion d'autres éléments dans le texte. En 2009, Pablo Defendini, un éditeur de la maison Tor Books, confiait à Wired : « L'expression typographique se meurt dans les e-books d'aujourd'hui. Tout ce qu'on fait, c'est prendre un fichier numérique et le bourrer dans une tablette, sans aucune considération pour l'agencement ou la tenue du texte ». Et si, en 2012, rien n'avait changé ?