Comment caviarder Wikipedia au profit du registre ReLIRE

Nicolas Gary - 21.05.2013

Lecture numérique - Usages - registre ReLIRE - oeuvres indisponibles - livre numérique


À l'ère de l'information sur internet, la technique consistant à modifier massivement des pages Wikipédia sur les sujets contestés est aussi connue qu'elle est pratiquée, en particulier par les politiques en période d'élection... Espérait-on que ce caviardage grossier en faveur de ReLIRE passerait inaperçu ? Raté !

 

 

Publicité utilisée sur internet pour assurer la communication autour du Registre ReLIRE

 

 

Vers 15h15, un nouveau contributeur s'inscrit sur Wikipédia sous le pseudonyme de Lcervois. Après avoir indiqué être « amateur de culture, inscrit sur Wikipédia pour partager, contribuer et apprendre dans les domaines du patrimoine, de la littérature, et des arts visuels », il commence à orienter très largement la page wiki du projet ReLIRE dans le sens qui arrange nos instances.

 

En moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, les critiques disparaissent de l'introduction : ainsi, le passage 

Le projet ReLIRE est vivement critiqué, tant par les [[écrivain|auteurs]] qui ne sont pas avertis de l'ajout de leurs ouvrages à cette base, que par les [[Éditeur (métier)|éditeurs]] et les spécialistes de l'économie du numérique.

 

n'a semble-t-il pas du tout plu à notre amateur de culture, qui s'en est tout simplement débarassé aux secateurs.(voir sur Wikipedia) De même, le registre est purgé de ses erreurs :

  

Ce passage

Le registre comporte de nombreuses erreurs, notamment la présence d'ouvrages déjà exploités par des éditeurs, ou réédités dans des omnibus, ou exploités numériquement par les auteurs eux-mêmes, ainsi que de plus de 500 livres publiés après le 1{{er}} janvier 2001, qui ne devraient en principe pas s'y trouver.[[Lionel Davoust]] a relevé notamment la présence d'une nouvelle de [[Mélanie Fazi]] qui « n'est donc pas du tout indisponible », d'auteurs étrangers comme [[Neil Gaiman]] (quinedevraitpasêtreconcerné par une exception au [[droit d'auteur]] français) et d'ouvrages publiés en 2003. Un ouvrage de [[Jeand'Ormesson]] déjà exploité par quatre éditeurs, dont un en numérique, est également dans la liste. 

 Aucune vérification de l'exploitation numérique des ouvrages de la liste n'a été effectuée auprès des plateformes ducommerce(Amazon, Google ou autres), ce qui aurait pourtant permis d'éliminer de nombreux titres litigieux. Ceci oblige les éditeurs numériques (ou les auteurs qui s'auto-rééditent) à demander eux-mêmes le retrait des oeuvres qu'ils exploitent via  la procédure complexe et fastidieuse mise en place par la BNF.

 

est rapidement résumé par : 

Le registre comporte des erreurs, notamment la présence d'ouvrages déjà exploités par des éditeurs, ou réédités dans des omnibus, ou exploités numériquement par les auteurs eux-mêmes.Toute erreur peut rapidement être signalée à la BnF afin que l'ouvrage soit rapidement retiré du registre (il suffit de cliquer sur "signaler la disponibilité commerciale de cette oeuvre". 

La BNF a répondu que « l'erreur est humaine », et que ces anomalies seront corrigées . En 2014, la liste des livres indisponibles sera principalement élaborée en partenariat avec ARROW+, le projet européen. (voir sur Wikipedia)

 

les modalités d'opposition deviennent simples :  

Les œuvres des auteurs et ayants droit se retrouvent intégrées d'office à cette base sans qu'ils en soient informés. S'ils s'yopposent,c'est à eux de prendre l'initiative de contacter la BNF pour demander le retrait de leurs ouvrages du dispositif ReLIRE. La BnF ne publie pas la liste des ouvrages prévus pour la [[numérisation]] et l'exploitation, et n'offre qu'un [[moteur de recherche]] pour permettre aux auteurs de vérifier si leurs ouvrages s'y trouvent. Certaines références d'auteurs sont manquantes (dans des anthologies), voire malorthographiées.

 

se change ainsi en  

Les titulaires de droits peuvent s'opposer à l'entrée en gestion collective des livres inscrits dans le registre des livres indisponibles du XXème siècle. (voir sur Wikipedia)

 

 

Et on en passe !

 

« La volonté d'offrir une nouvelle diffusion aux livres indisponibles... Un mécanisme juridique destiné à faciliter l'exploitation numérique de ces ouvrages... éviter le trou noir que représente le XXe siècle pour la diffusion numérique des livres français en permettant à des œuvres devenues indisponibles, dont certaines très récentes, de trouver une nouvelle vie au bénéfice des lecteurs... »

 

Non content d'avoir purgé la page de ReLIRE de tout élément dissident, notre nettoyeur s'empresse d'enrichir la page des « Livres indisponibles » , rempli de ce jargon commercial qu'affectionnent tant les concepteurs de prospectus. Allez, vous en prendrez bien une louche ?

 

ReLIRE susciterait-il tant d'ires que l'État doive payer des censeurs pour le faire avaler ? Ne riez pas, car comme dirait Coluche (si le tout est bel est bien piloté par la BnF) : « C'est avec votre argent ! ». Quelques heures après le caviardage, la page Wikipédia de ReLIRE a été restaurée dans sa version précédente.

 

Quant à Lcervois, il figure désormais au tableau des « vandales potentiels » 

 

 

Article en CC BY-SA, par le Nerval de Garde

Modifications apportées par Nicolas Gary