Comment De Marque a fait du Québec un moteur du livre numérique

Antoine Oury - 26.07.2016

Lecture numérique - Acteurs numériques - DeMarque entrepôt numérique - DeMarque plateforme - Joanie Grenier université Sherbrooke


Sur nos rives ou celles de nos cousins francophones du Québec, la société De Marque est tout aussi connue : créée dans les années 1990 et alors spécialisée dans la conception de logiciels éducatifs, la société opère aujourd'hui dans la distribution de livres numériques, avec un succès certain. Retour sur la success-story québécoise.

 

Illustration reproduite avec l'aimable autorisation de Joanie Grenier

 

 

En 2008, au Québec, le livre numérique est à peine un objet culturel, et l'on commence tout juste à l'évoquer comme un support tout aussi pertinent que le livre papier. Pourtant, De Marque et l'Association Nationale des Éditeurs de Livres (ANEL) s'entendent cette même année pour mettre en place la plateforme l'Entrepôt Numérique, « plateforme de diffusion et de distribution de livres numériques québécois dont la structure permet de stocker et de gérer les fichiers numériques tout en offrant aux éditeurs une interface personnalisée pour que chacun puisse commercialiser ses titres en quelques étapes simples », détaille Joanie Grenier, auteure de la thèse La distribution et la diffusion de livres numériques québécois : le cas de l'Entrepôt Numérique, rédigée sous la supervision de Josée Vincent, professeure titulaire.

 

Huit ans plus tard, l'Entrepôt numérique distribue la production de 148 éditeurs, donnant ainsi accès à un catalogue mutualisé qui compte 17.144 publications, tandis que 750.000 livres numériques ont été vendus depuis 2009, sans oublier les accords de partenariat signés avec 194 revendeurs de 58 pays, précise Joanie Grenier.

 

L'international, le terrain de De Marque

 

Car c'est bien l'ouverture vers l'international qui a permis à De Marque... de se démarquer : « Non seulement la technologie qui sous-tend l'entrepôt numérique est multilingue et multidevises, mais elle permet de constituer un ensemble de passerelles entre plusieurs groupes d'édition qui utilisent la même technologie dans le monde », explique Joanie Grenier, qui intervenait dans le cadre du congrès international SHARP.

 

Apparaît ainsi Cantook, l'offre commerciale de De Marque en matière de plateforme de distribution de livres numériques. 4 grands groupes s'en emparent : l'ANEL, évidemment, avec l'Entrepôt numérique, mais aussi le groupe d'éditeurs français formés par Gallimard, La Martinière, Actes Sud et Flammarion — qui a investi 1 million $ chez De Marque — via la plateforme Eden Livres dès 2009. L'année suivante, des éditeurs italiens se regroupent pour lancer eDigita. Dernièrement, en 2014, un grand distributeur de livres numériques espagnols lance à son tour sa plateforme, Libranda.

 

Si tous les serveurs de Cantook se trouvent dans la ville de Québec, les fichiers des différents groupes d'éditeurs sont séparés dans différents silos de rangement. Cela dit, « différentes passerelles se sont créées entre les silos, pour qu'une librairie qui s'approvisionne dans un entrepôt puisse également aller chercher des contenus dans les autres, à condition d'avoir les autorisations évidemment ».

 

Un mode de fonctionnement adopté par Gallimard, Flammarion et La Martinière, qui ont signé un contrat autorisant les librairies québécoises connectées à l'Entrepôt numérique d'avoir accès à leurs catalogues d'ebooks, permettant à celles-ci de commercialiser leurs livres numériques.

 

« Ces connexions techniques sont très avantageuses pour les libraires québécois, mais très peu exploitées pour le moment », note Joanie Grenier. « La majorité des librairies québécoises affiche les livres numériques des éditeurs français, mais aucune démarche n'a été entreprise avec les éditeurs italiens et espagnols alors que c'est pourtant très simple. » Les communautés espagnoles ou italiennes du Québec acquiescent... « Renaud Bray pourrait facilement servir la communauté italienne de Montréal avec un contrat avec eDigita ou les éditeurs de la plateforme », explique Joanie Grenier.

 

D'après Joanie Grenier, l'absence d'accords plus larges pour faciliter la distribution du livre numérique tient à... la diffusion, « un des plus grands enjeux pour le marché du livre numérique ». Celle-ci s'avère tout aussi difficile, voire plus difficile, sur le web que dans le monde physique : « Un livre propulsé dans le web sans plan de diffusion est un livre qui automatiquement, tombe dans le vide », rappelle Joanie Grenier. Ces plans de diffusion réclament des investissements et des moyens, que les éditeurs sont plus enclins à faire pour des ouvrages papier, qui constituent encore, pour la grande majorité d'entre eux, le cœur de leur modèle économique.