Comment le numérique affranchit des handicaps relatifs au papier

Antoine Oury - 20.03.2013

Lecture numérique - Usages - handicaps - lecture numérique - Valentin Haüy


Si le livre numérique est parfois moqué pour toutes les manipulations techniques qui l'éloignent de l'évidence ergonomique d'un livre papier, on oublie souvent que l'inverse se produit pour les lecteurs aveugles ou malvoyants. En autorisant la reformatation du texte ou sa lecture audio, le livre dématérialisé ouvre de nouvelles perspectives de lecture...

 


Braille

Roland DG Mid Europe Italia, CC BY 2.0

 

 

Avec en premier lieu la technologie Daisy : rien à voir avec la fiancée du palmipède ou la meuf à Gastby, mais un acronyme, « Digital Accessible Information System ». Ni plus ni moins que des fichiers audios, que les lecteurs malvoyants ou aveugles peuvent utiliser pour garder un lien avec la littérature.

 

« Ces livres sont disponibles en téléchargement ou sur CD, gravés à la demande et conservés par les usagers » explique Luc Maumet, de l'Association Valentin Haüy (AVH).

 

Tout livre édité peut être soumis à l'« exception handicap », une exception au droit d'auteur inscrite dans la loi française. « Ce dispositif nous autorise à produire toutes les adaptations dont nous pouvons avoir besoin (braille, sonore, caractères agrandis, numérique) sans solliciter l'autorisation des éditeurs. Nous devons toutefois apporter des garanties concernant les bénéficiaires qui doivent être des personnes ayant apporté une preuve de leur problème d'accès à l'écrit (en présentant une carte d'invalidité ou un certificat médical) » nous précise Luc Maumet par e-mail.

 

Les éditeurs, lorsqu'ils sont sollicités, sont dans l'obligation de fournir les fichiers numériques de leurs oeuvres aux organismes compétents. Et, sur simple demande, tout usager peut, comme dans un établissement de prêt lambda, demander l'acquisition du fichier numérique. Si la médiathèque ne propose pas de livre numérique au format texte, cela ne saurait tarder...

 

Le SNE, Syndicat National de l'Édition invitait d'ailleurs la Commission européenne, lancée dans un vaste projet de modernisation du droit d'auteur, à se souvenir que l'exception handicap n'est pas systématique.

 

Ainsi, il lui propose de rappeler « la primauté accordée aux offres commerciales sur l'exception afin d'empêcher l'exception de s'appliquer si l'œuvre est disponible sous un format accessible tel que l'EPUB 3 ».

 

Le chiffre officiel voudrait que 5 % seulement des publications dans le monde soient disponibles pour les personnes malvoyantes ou aveugles : un chiffre à relativiser, toutefois, car « entre une personne qui souhaite lire en braille papier et une personne qui lit des livres en écoutant la synthèse vocale de son iPhone, les situations sont très différentes », termine Luc Maumet.

 

Malgré l'irruption massive de ces nouveaux moyens de communication, le braille reste clairement la méthode privilégiée pour l'apprentissage de la lecture, de la grammaire et de l'orthographe.