Comment le vilain pirate d'ebooks se retrouve victime d'une arnaque

Clément Solym - 29.12.2016

Lecture numérique - Usages - recherche piratage ebooks - contrefaçon internet arnaque - constellation sites référents


Depuis des mois, un certain ménage a été effectué par le moteur de recherche Google. Les internautes habitués à des recherches aboutissant à des livres numériques contrefaits sont quelque peu déçus. Mais il reste une étrange plateforme, qui profite de l’engouement pour la gratuité et la contrefaçon : Geeker s’est confortablement installé dans le paysage. Alors, arnaque ?

 

 

 

La croissance de Geeker.com remonte à septembre 2016, où le site a commencé à occuper l’espace avec une méthode bien connue : toute une constellation de sites sert de liens pour augmenter le trafic en renvoyant vers la référence. 

 

Quand on parcourt les futurs titres de la rentrée littéraire de janvier, les sites marchands ressortent largement avant l’offre pirate. Toutefois, ces titres n’étant pas encore commercialisés, le vil pirate n’hésite pas vraiment à franchir le cap des 10 premiers résultats de recherche. Et c’est assez vite qu’après avoir traqué Le cas Malaussène, prochain roman de Daniel Pennac, on tombe sur l’un de ces sites satellites. 

 

En somme, un premier site propose une lecture en ligne ou le téléchargement du livre en question. Mais à force de cliquer pour tenter d’obtenir le Graal recherché, on aboutit sur Geeker.com, qui va proposer une inscription et... de rentrer ses coordonnées bancaires. Même découverte avec Danser au bord de l’abîme de Grégoire Delacourt, l’autre roman très attendu de janvier, ainsi que d’autres que nous avons expérimentés.

 

Des abonnements alléchants, illimités... et fallacieux

 

Oh, bien entendu, tout est conçu pour rassurer le chaland : d’abord, on lui propose 14 jours d’essais gratuits. Puis, trois formules de 13,95 € pour un type de contenu, jusqu’à 54,95 € – pour toute la famille – toujours avec la garantie de protéger la vie privée. Mais aussi la totale sécurité de paiement, de même qu’une possibilité se désengager à tout moment. 

 

Évidemment, personne dans la rédaction n’a accepté de prêter sa carte bleue pour expérimenter le service. Mais plusieurs éditeurs dont les livres seraient potentiellement accessibles sur cette plateforme nous ont confirmé n’avoir jamais contractualisé quoi que ce soit avec Geeker.com. Autrement dit, l’internaute est d’ores et déjà abusé avec une offre fallacieuse. 

 

Le fonctionnement de ces réseaux reste assez basique : d’abord, assurer le référencement maximum au site principal, avec une multitude d’autres sites. Ces derniers sont par ailleurs criblés de publicité, ce qui garantit une première partie de revenus non négligeables. Nous avons pu recenser une dizaine de sites gravitant autour de Geeker.com : chaque page génère des affichages publicitaires. 

 

La suite peut être plus dangereuse : il n’est pas impensable que ces sites disposent de malwares, injectés par la suite dans les ordinateurs des pirates, devenus victimes de leurs méfaits. Les machines se changent alors en zombies et vont alimenter le web en spam et autres menaces de sécurité. Comme les ransomwares sont tout particulièrement à la mode actuellement, il n’est pas impossible que ce type de logiciels malveillants apparaisse. 

 

Méfiance et défiance, surtout

 

Geeker.com n’est pas le seul à pratiquer cette méthode : bien d’autres plateformes ont fleuri avec l’essor du livre numérique, qui proposent des accès gratuits, en apparence, aux œuvres. Et ce, avant de réclamer des coordonnées bancaires – autant d’attrape-nigauds dont il faut impérativement se détourner. 

 

Contacté par ActuaLitté, Geeker ne nous a finalement répondu :

 

« Nous sommes un site web multimédia en ligne qui fournit des jeux, des films et de la musique. En raison de modification de droits de propriété et de contraintes de distribution, nous n’avons plus le droit de proposer des ebooks en français. »

 

 

Ce qui conforte dans l'idée que les offres en livres français sont bidonnées, et que, conséquemment, nous aurions communiqué des coordonnées bancaires en vain. Charmant.

 

Par ailleurs, le site indique clairement qu’il est possible, en cas de violation du droit d’auteur, de demander le retrait d’une œuvre. « Violation du copyright est extrêmement important pour nous. Si vous croyez que votre propriété intellectuelle a été injustement associé à Geeker, s’il vous plaît contacter dmca@geeker.com », peut-on lire. Autrement dit, les contenus proposés sont loin d’être validés par les ayants droit.

 

Or, comme il est nécessaire de passer par une inscription, et une carte bancaire, avant de pouvoir accéder à des œuvres présumées, on se doute que tout cela n’est qu’une façade. Mais après tout, le pirate qui s’engageait sur la voie de l’illégalité se retrouve lui-même piégé, et finalement arnaqué. 

 

Pour autant, la difficulté de se retrouver face à un site qui propose une solution d’achat par abonnement pourrait paraître rassurante, et finalement relever d’une solution légale. Si la France affirme lutter contre le piratage du mieux possible, il faudra également arriver à protéger les consommateurs à la recherche d’une solution légale contre les dangers du web...