Comment Steve Jobs a échappé à la prison qu'il aurait méritée

Antoine Oury - 06.05.2014

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S'il est resté à lui seul comme l'incarnation de la marque à la pomme, Steve Jobs a également laissé bon nombre de casseroles à sa société. Outre une affaire de conspiration pour éviter le départ d'employés chez ses concurrents, l'entrepreneur a conclu des accords contractuels avec des éditeurs, afin de favoriser Apple dans la vente des livres numériques - ou contrer Amazon, c'est selon.

 


Steve Jobs Keynote

Steve Jobs, en 2007 (Ben Stanfield, CC BY-NC-SA 2.0)

 

 

Un peu moins de trois ans après sa disparition, le New York Times se demande malicieusement si l'entrepreneur aurait dû finir en prison. En effet, le Sherman Antitrust Act, pilier de la libre concurrence aux États-Unis, condamne très fermement toute tentative conspirationniste dans le domaine des échanges et du commerce.

 

Dès lors, la question semble légitime : à côté de manipulations pour retenir les employés au sein de la société, et l'entente avec les éditeurs sur le prix des ebooks, Jobs fut aussi impliqué dans un scandale d'options antidatées, découvert en 2006. Une technique qui permettait d'augmenter artificiellement la valeur des actions octroyées aux cadres, et donc d'en céder moins. Une combine hautement illégale, qui a déjà valu la prison à des chefs d'entreprise. 

 

Si être à la tête d'une entreprise parmi les plus cotées de Wall Street peut très certainement aider en cas de crise judiciaire, il reste incroyable que Jobs n'ait jamais eu à faire, face à face, avec la justice américaine. Dans le cas de l'entente autour du prix des livres numériques, Jobs y aurait échappé grâce à la méconnaissance technologique des autorités : « Il y a une réticence traditionnelle à engager des actions judiciaires autour de nouvelles pratiques », explique Herbert Hovenkamp, professeur expert en loi antitrust.

 

Reste à savoir pourquoi Jobs a pris le risque de se livrer à toutes ses pratiques illégales : entouré d'avocats et de conseillers en tout genre, il est étrange qu'il n'ait jamais songé à ce que cela aurait pu coûter à son entreprise. Pour avoir la réponse, il faut cette fois se tourner vers son biographe Walter Isaacson, qui rappelle que l'entrepreneur était connu pour sa « distorsion de la réalité ».

 

La même qui en faisait un génie, ou un hors-la-loi. (via The New York Times)