Conflit entre deux organisations de défense du droit d'auteur

Louis Mallié - 20.05.2014

Lecture numérique - Acteurs numériques - Authors Alliance - Authors Guild - Amazon


Nouvelle organisation de défense du droit d'auteur à l'ère du numérique, l'Authors Alliance ouvrira demain. Fondée par des universitaires de Berkeley (Californie), elle s'attire cependant déjà les foudres d'une autre institution, l'Authors Guild, qui voit en elle une attaque aux droits d'auteur. Fondée en 1912, elle a pour but de protéger le copyright...

 

 

 

 

Le site souhaite agir sur deux tableaux : dans un premier temps, proposer aux auteurs un outil pour leur apprendre à manier les nouvelles exigences du numérique. En ce sens, le site leur fournira de nombreuses informations concernant leurs ventes, droits, copyright, licences de diffusion… Le tout expliqué par les professeurs de droit de la prestigieuse université. Ce faisant, le site pourra servir d'organe de diffusion aux auteurs de contenus afin « d'encourager » les internautes à se tourner vers des travaux en libre accès.

 

Mais même s'il a été fondé par des chercheurs et professeurs de l'université de Berkley, le site entend servir au plus large public possible. « Nous pensons que la grande hausse d'utilisation des licences Creative Commons est un signe que ce ne sont pas que les universitaires qui tentent d'accroître la disponibilité de la connaissance et de la culture », explique l'une des fondatrices, Pamela Samuelson, dans un entretien accordé au Publisher Weekly. Parmi les fondateurs on trouve d'ailleurs Molly Van Houwelling, membre du conseil d'administration de Creative Commons.

 

L'Authors Guild n'a pas tardé à s'exprimer dans une lettre ouverte rédigée par T.J Stiles à l'intention du San Francisco Writer's Grotto, et dans laquelle l'Authors Alliance est décrite comme un simple « contrepoids à l'Authors Guild. » Comme argument en faveur de sa légitimité, l'Authors Alliance rappelle tous les combats menés dans l'intérêt des auteurs, et notamment celui en faveur de la loi contre Google Boooks. Enfin, conspue tout bonne bonnement la nouvelle plateforme. 

« Si l'un d'entre vous gagne sa vie en tant qu'écrivain, ou du moins espère le faire un jour, je lui recommande expressément de ne pas rejoindre l'Authors Alliance. Si vous pensez que les auteurs devraient être les seuls à décider ce qui sera fait de leur livre, à nouveau, je vous exhorte fortement à ne pas les rejoindre. 

 

Cependant, si vous êtes un universitaire, ou alors quelqu'un qui méprise l'idée selon laquelle l'écriture est une quête de « fortune et de richesse », l'Authors Alliance est ce qu'il vous faut. Si vous pensez, dans l'ère numérique, que le principal problème des auteurs est la difficulté d'offrir un libre accès à son oeuvre, elle est également pour vous. Si vous pensez que vous exercez un pouvoir trop grand sur les gens qui copient et distribuent votre travail sans permission, inscrivez-vous. Car même si vous adhérez avec un ou deux principes défendus par l'Authors Alliance, si vous les rejoignez vous acceptez tout le reste. » 

Les responsables de l'Authors Alliance avaient pourtant pris soin de ménager l'Authors Guild. Dans un entretien accordé au Publisher Weekly, Pamela Samuelson prenait soin de préciser « Je trouve que l'Authors Guild accomplit un bon travail en représentant les intérêts des auteurs qui y souscrivent. » Seulement, là où l'un attaque le travail de numérisation entrepris par Google Books, l'autre le défend…

 

 

Astrid Lindgren´'s desk

Kungliga biblioteket, CC BY NC ND 2.0 sur Flickr 

 

 

De nombreux internautes ont fait remarquer que ce différend qui survient alors même que le site n'est pas encore lancé n'a pas lieu d'être. En effet, à l'heure de la querelle entre Hachette et Amazon, les deux entités feraient mieux de « s'unir » pour défendre leurs intérêts face au géant de la distribution, et la vieille institution d'accepter l'adaptation que propose la nouvelle...