"Contrairement à d'autres, Kobo est exclusivement libraire"

Antoine Oury - 10.03.2014

Lecture numérique - Législation - Kobo - Canada - prix des ebooks


Les prix du livre numérique n'en finissent pas de provoquer procès et audiences : après les États-Unis, où Apple est accusé d'avoir participé à une collusion autour des tarifs des publications de 5 groupes d'édition, le Bureau de la Compétition canadien s'est intéressé au sujet. Et propose un règlement aux revendeurs, qui ouvre plus largement la porte aux remises. Règlement contesté par Kobo : Jean-Marc Dupuis, directeur général Europe, Moyen-Orient et Afrique (EMEA) revient avec nous sur cette situation.

 

 

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Kobo, pas endormi par les prix (Sean Neakums, CC BY-SA 2.0)

 

 

Vendredi dernier, la contestation de Kobo était rendue publique, et renseignait quelque peu sur sa position vis-à-vis de mesures législatives vivement discutée. Comme aux États-Unis, et sur les traces du Department of Justice du pays, le Bureau de la Compétition canadien veut autoriser des remises libres sur le prix des livres, selon les revendeurs, et interdire à l'inverse la clause de préférence qui favorise un revendeur sur un autre (Nation la Plus Favorisée).

 

La société canadienne avait alors réagi en précisant que l'adoption de telles mesures impacterait tous les concurrents trop fragiles pour s'autoriser des remises compétitives. Le revendeur expliquait également que le marché américain, depuis l'adoption d'un règlement similaire, ne faisait plus partie de ses investissements prioritaires.

 

"Kobo gagne sa vie avec la vente de livres, pas avec d'autres équipements. C'est pour cela que le livre a une valeur fondamentale, pour Kobo"

 

 

Un état de fait que Jean-Marc Dupuis précise quelque peu : « Kobo vient de reprendre les clients de Sony pour les territoires américains et canadiens, ce qui représente un investissement significatif sur le territoire nord-américain. » La stratégie serait donc plutôt rationalisée, avec une concentration sur les lecteurs de livres numériques pas encore totalement clients d'Amazon ou d'autres librairies numériques.

 

« Sur le marché nord-américain, mais aussi en Angleterre par exemple, un certain nombre d'acteurs peuvent se permettre d'acheter des livres et de les vendre à un prix qui ne garantit pas de marge », explique Jean-Marc Dupuis. Des revendeurs qui sont prêts à perdre de l'argent pour gagner des clients, à différencier avec d'autres stratégies moins globales : « Kobo gagne sa vie avec la vente de livres, pas avec d'autres équipements. C'est pour cela que le livre a une valeur fondamentale, pour Kobo. »

 

Évidemment, il est difficile d'imaginer une telle ouverture aux remises dans un pays comme la France ou l'Allemagne : « Selon les marchés, la politique de prix autour du livre est très différente. La France est un marché sur lequel on considère que la distribution du livre doit être protégée. Force est de constater que là où les prix ont été cassés, l'adoption du livre numérique a été plus rapide, mais ce sont des écoles de pensée diverses et variées. »

 

Pour le libraire numérique, désormais propriété du groupe japonais Rakuten, la France représente « un marché sain, très protecteur » : le livre numérique y pèse pour 4 % de la valeur du livre, contre 20 % environ chez son voisin l'Angleterre, qui pratique des prix plus agressifs. La dernière mesure du gouvernement, dite « loi anti-Amazon » semble donc positive, plus que le projet de différencier vente de livres et vente de licences d'utilisation, proposée à un moment des discussions.

 

« Personnellement, je suis plutôt sceptique, car la régulation de détails techniques et d'éléments assez sophistiqués n'est pas la plus porteuse. La technologie évolue extrêmement vite, et la compréhension de cette dernière permettrait avant tout de poser les bonnes questions », détaille Jean-Marc Dupuis. En France, Kobo vend les ouvrages, selon des prix fixés par les éditeurs. Des modifications des tarifs peuvent subvenir, mais relèvent toujours de la volonté de l'éditeur, pour relancer les ventes d'un ouvrage de fonds, par exemple.

 

Selon le directeur général, « Kobo n'est pas sur le marché pour prendre des parts, mais pour apporter une valeur ajoutée au service de librairie : travailler avec des réseaux de distribution et des libraires, apporter notre savoir-faire et notre technologie, comme sur les algorithmes et les méthodes de recommandation. Finalement, il s'agit surtout du service supplémentaire que nous pouvons fournir aux lecteurs. »