Contrat d'agence et prix unique, les auteurs US écartelés

Clément Solym - 02.04.2012

Lecture numérique - Législation - contrat d'agence - livres numériques - auteurs


Information ActuaLitté : Quelques rencontres à Quais du polar auront permis de mettre à jour certains manques, certes peu remarqués par le très grand public, mais qui n'ont pas échappé à des lecteurs avides de se satisfaire la libido livresque, en passant par des outils numériques. La librairie mise en place pour ce festival réunit avant tout des acteurs venus vendre des ouvrages imprimés. Des libraires...

 

Mais en croisant çà et là différents auteurs américains, on perçoit bien que les temps ont changé, de l'autre côté de l'Atlantique. Si les uns et les autres ne troquaient pour rien la présence de leurs livres de papier sur les stands contre des écrans d'ordinateur, certains songent, rêveurs, à ce qu'ils parviennent à vendre en version numérique. Or, la France reste toujours un lieu étrange : un prix unique, pour le livre, numérique et papier, et donc pas de guerres commerciales opposant de grandes chaînes à de petits indépendants. 

 

L'un d'eux nous faisait la réflexion : « C'est étrange, et pourtant, ça semble salutaire. » C'est que, ne l'oublions pas, le marché de l'ebook aux États-Unis est devenu un véritable enjeu. Et comme le ministère de la Justice a mis son nez dans l'instauration du contrat d'agence, peu d'entre les auteurs acceptent de s'ouvrir librement de ce qu'ils en pensent.




« Certains ne comprennent pas les enjeux, ou plutôt, ne s'y intéressent pas - pas assez à mon avis. Mais je vous garantis que nous sommes plusieurs à suivre ce qui se passe, et à prier pour que l'on ne revienne pas au système unique d'Amazon. C'était très bien que le marché s'ouvre. Mais ce serait stupide de le refermer », nous assure un auteur de New York. 

 

Le contrat d'agence, ou l'instauration d'un prix unique du livre, par un biais contractuel rejoint à certains égards le modèle législatif français, où les éditeurs établissent un prix de vente qui sera imposé  et identique pour tous les revendeurs dans le pays. « Nous sommes entre deux feux : d'un côté, protéger notre travail, de l'autre, l'absence de prix unique conditionne l'industrie depuis des années, pour le livre papier. C'est compliqué... et on préférait se consacrer à l'écriture », nous précise une romancière. 

 

Amusant, non ? Heureusement, les agents sont là pour assurer le tampon entre le créateur et le marché, et assurer la sérénité nécessaire. « Mais je sais lire, et mon agent n'est pas là pour me protéger du monde extérieur », ajoute-t-elle. 

 

Une récente information de l'agence Reuters a rapporté que deux sources proches du dossier, outre-Atlantique, présageaient un règlement de cette histoire sous quelques semaines. Difficile de savoir comment le vent de cette tempête tournera, et si une nouvelle bourrasque prendra naissance de la décision du ministère de la Justice américain. Mais nul doute qu'aucun bon polar n'en sortira...