Contrefaçon : "Abandonner l'EPUB qui est devenu le standard du piratage !"

Nicolas Gary - 21.04.2015

Lecture numérique - Usages - Jean d'Aillon - piratage livres numériques - pétition signature


Jean d'Aillon vit à Aix-en-Provence. Auteur de plusieurs ouvrages policiers historiques, ses livres racontent autant d'enquêtes et de complots, habilement déjoués. « Ses principaux personnages sont Louis Fronsac, qui enquête sous la régence d'Anne d'Autriche, Guilhem d'Ussel, un chevalier troubadour au XIIe siècle et Olivier Hauteville, à la fin des Guerres de religion », apprend-on. Et pour ses ouvrages numériques, il a choisi de conserver ses droits numériques, et d'opérer par la société Le Grand Châtelet, qui se charge de la commercialisation.

 

 

 

 

 

Alors que près de 265 auteurs ont signé désormais une pétition pour manifester contre le piratage de livres sur internet, Jean d'Aillon a répondu, à sa manière, à quelques questions que nous lui avons posées. Une vision originale, intéressante, pour accompagner la réflexion de chacun. Mais les propos ne vont pas nécessairement dans les sens communément admis. 

 

Voici le texte qu'il nous a fait parvenir :

 

D'abord il faudrait définir ce qu'est le piratage des livres numériques. Actuellement, les livres numériques sont, ou non, protégés. Soit par DRM, soit par marquage.

 

Prêter un livre numérique à un tiers, éventuellement après avoir ôté le DRM, est-ce du piratage ? A priori non, si le livre reste dans une sphère privée. Les choses deviennent graves (pour la chaîne du livre) quand le livre est mis à disposition d'un grand public par l'intermédiaire de sites spécialisés.

 

Ces sites sont parfois des entreprises commerciales qui proposent des abonnements, ou demandent des dons. S'ils sont difficiles d'accès (mot de passe, chargement d'un logiciel, numéro de CB), le danger pour la chaîne du livre n'est pas trop grand. Mais si on peut récupérer un livre « en un clic », alors c'est tout le monde de l'édition qui est touché.

 

Ainsi on a vu récemment plusieurs best-sellers piratés dès le jour de leur sortie à des dizaines de milliers d'exemplaires. Autant de ventes en moins pour les éditeurs, les auteurs, mais aussi les libraires, car si on peut avoir le livre numérique gratuit, pourquoi acheter le livre papier ?

 

J'en profite pour répondre à ceux qui « piratent » des livres (mais aussi des disques, films…) en tenant ce discours : « Les GROSSES maisons d'édition (de cinéma, de disque…) se remplissent les poches, donc les voler, ce n'est pas voler. »

 

Seulement les maisons d'édition, ce sont avant tout des salariés, et le jour où ces entreprises disparaîtront (car c'est de cela dont il s'agit), ce seront des centaines de gens au chômage, et accessoirement la fin des librairies et des auteurs. Comment lutter ? Voici quelques idées en vrac :

 

1) Demander aux sites de piratage de retirer les titres contrefaits. Heureusement, un certain nombre le font. Pour ma part, j'y passe beaucoup de temps !

 

2) Faire fermer les sites récalcitrants par voie judiciaire, ou en interdire l'accès par les opérateurs internet. Il faudrait aussi appliquer la loi : la contrefaçon est punie en France de 3 ans de prison et de 300 000 euros d'amende, peines rarement appliquées. (Vaste débat sur la justice en France !). On pourrait aussi imaginer (rêvons !) que le ministère de la Culture s'intéresse au problème et agisse ! Mais il est plus facile de s'attribuer les droits des auteurs par le projet ReLIRE que de s'en prendre à ceux qui piratent nos œuvres.

 

3) Que les éditeurs, auteurs et libraires s'organisent et se défendent. Par exemple, on nous prend 0,3 % de nos droits d'auteur pour la formation. Que devient cet argent ? Mystère. On pourrait imaginer qu'il soit plutôt consacré à la lutte contre le piratage. De la même façon, une partie des 25 % de ressource que s'attribue le ministère de la Culture sur les sociétés civiles de gestion des droits (type Sofia…) pourrait être utilisée à la lutte contre les sites de piratage.

 

4) S'en prendre aux lecteurs ? (type HADOPI). Personnellement, j'y suis totalement opposé. Le meilleur moyen de faire revenir le lecteur à l'acte d'achat est de vendre le livre moins cher. Il est certain qu'il n'est pas normal de vendre un livre numérique 15 euros (et d'en reverser 10 % à l'auteur), alors que le coût de fabrication est quasi nul. Mais ce débat -là, lié aussi à la part à reverser à l'auteur, n'est pas ouvert.

 

5) Protéger mieux le livre dans la chaîne de fabrication. Le piratage ne débute pas toujours par la suppression du DRM ou du marquage. Parfois le livre est volé dans la maison d'édition ou chez l'imprimeur ! J'ai ainsi un de mes livres qui a été piraté et qui pourtant n'a jamais été mis dans un format numérique et qui n'a pas été scanné. Une solution serait d'exiger des éditeurs d'indemniser l'auteur si son livre est piraté !

 

6) Intervenir auprès des réseaux sociaux qui favorisent le piratage. Facebook en particulier qui est un grand pourvoyeur de contrefaçon et met beaucoup de mauvaise volonté à supprimer les pages qui violent le droit d'auteur. Je le sais d'expérience !!!!

 

7) Abandonner l'EPUB qui est devenu le standard du piratage ! En effet, on trouve surtout des EPUB sur les sites pirates. Pourtant les livres au format kindle représentent 70 % du marché numérique. Les DRM d'Amazon sont-ils plus solides ? Si c'est le cas, ne pas agir contre le piratage entraînera forcément un passage des auteurs vers Amazon !

 

Dans l'immédiat, la solution pour les auteurs serait de ne plus céder leurs droits numériques. Actuellement la publication numérique rapporte peu à l'auteur qui voit, en plus, apparaître son livre sur un site pirate, ce qui entraîne forcement une chute des ventes, y compris papier.

 

Jean d'Aillon, auteur chez Flammarion, 10-18, J'ai lu, Presses de la Cité, J.C. Lattès.

 

Derniers romans : Une étude en écarlate (10-18), Le grand arcane des rois de France (Flammarion).