Une grande barrière de corail anti-pirates dans l'internet australien

Clément Solym - 04.06.2015

Lecture numérique - Législation - piratage ebooks - contrefaçon internet - plateformes blocage


Fin mai, la Publishers Association saluait le blocage obtenu de sept plateformes proposant des livres piratés. Sous dix jours, les sites incriminés seraient inaccessibles pour les internautes de Sa Majesté. Alors que le livre numérique génère près d’un tiers du chiffre d’affaires des éditeurs britanniques, ces derniers « perdent des sommes importantes », du fait du piratage, assure la PA.

 

Kangaroo Sculpture on George St, Brisbane, Australia, between Adelaide St and Ann St

Des kangourous électriques, dans les rêves des éditeurs ?

David Jackmanson, CC BY SA 2.0

 

Décision exemplaire pour les uns, peine perdue pour les autres : qu’importe. Le fait est que cette décision de justice inspire fortement les autorités australiennes. Le Sénat doit examiner un rapport qui lui sera remis le 9 juin, où les ayants droit mettent en évidence la réduction du piratage, par les mesures instaurées au Royaume-Uni. C’est qu’une législation se prépare dans le pays, permettant d’imposer aux Fournisseurs d’Accès à Internet le blocage de sites contrefaisants. 

 

L’Australia Copyright Agency n’a pas manqué de saluer la décision de la Haute Cour de Justice britannique – laquelle lui permet d’ailleurs d’étayer son argumentaire. Si la législation australienne aboutit, elle accordera aux tribunaux d’empêcher les internautes de consulter des sites considérés comme en infraction au droit d’auteur. La Copyright Amendment (Online Infringement) Bill 2015 est actuellement devant la Chambre des représentants, et ne devrait en réalité être qu’une formalité dans les échanges. 

 

Des groupes de défense des consommateurs se sont pourtant manifestés et affirment que ces blocages sont en réalité « manifestement inefficaces ». C’est que les outils pour contourner ces mesures sont nombreux, comme le recours aux VPN, désormais bien connus. En outre, les frais administratifs qu’engendrent ces recours juridiques seront assumés par les contribuables. 

 

Selon Murray St Leger, directeur de la Copyright Agency, le gouvernement Abbott opère dans le bon sens, pour garantir la protection des auteurs et lutter contre le piratage en Australie. Les sites bloqués au Royaume-Uni sont toujours accessibles dans d’autres pays, et les industries culturelles en sont nécessairement impactées.

 

L’Australian Publishers Association est rangée derrière ces projets législatifs, assure Paul Petrulis, son président. Selon lui, le piratage a surtout des effets nuisibles sur des pans de l’industrie bien moins attirants que les productions hollywoodiennes. Il cite ainsi les conséquences pour les éditeurs de manuels scolaires, victimes particulièrement récurrentes. (via SMH)

 

Richard Mollet de la Publishers Association britannique rappelait d’ailleurs que les sites pirates collectaient « d’importantes sommes d’argent, provenant de liens sponsorisés et de la publicité, alors qu’aucun de ces revenus ne revient aux éditeurs ni aux auteurs ». 

 

Et de poursuivre que les éditeurs britanniques ont déjà présenté plus d’un million de demandes de retraits pour faire supprimer des liens pirates. « Nos membres doivent être en mesure de protéger les œuvres de leurs auteurs contre cette pratique illégale : les écrivains doivent être payés, les éditeurs doivent être en mesure de continuer à innover et d’investir dans de nouveaux talents et leurs œuvres. »

 

En France, le ministère de la Culture a mis au point un programme en plusieurs temps, visant tout d’abord à couper les vivres aux sites pirates. Les professionnels de la publicité ont signé une Charte de bonne conduite, par laquelle ils s’engagent à ne pas faire d’affichage sur certains sites. Dans un second temps, c’est l’impossibilité de faire des achats en ligne, à travers ces mêmes sites, qui est visée.