Craig Johnson : l'essor de l'ebook vient d'une culture de l'immédiat

Clément Solym - 28.11.2011

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L'occasion de croiser un auteur américain tout fraîchement débarqué de son Wisconsin n'arrive pas chaque matin. En l'occurrence, c'est Craig Johnson, chapeau de cowboy rivé sur la tête qui faisait un tour à la librairie Page 189, que 'ActuaLitté' a pu solliciter.


Publié aux éditions Gallmeister, le romancier vient de sortir sa nouvelle de Noël, comme chaque fin d'année. Cette année, elle s'intitule Incendiaire. Elle est gracieusement offerte au bon vouloir des libraires (exigez-la !), et contient en plus le premier chapitre de la prochaine enquête du personnage phare de Craig, Walt Longmire. Et les amateurs pourront la télécharger en PDF à cette adresse

 

Mais outre ces réjouissances, Craig nous a parlé quelque peu du marché étasunien du livre. Avec un premier focus sur le livre numérique... Selon lui, l'une des explications à l'enthousiasme de ses concitoyens pour le Kindle et la lecture numérique réside dans la disparition des couvertures - que lui-même ne trouve pas fascinantes, voire pas bien belles, outre-Atlantique. De manière générale, explique-t-il, on aurait plutôt envie d'arracher la couverture des publications étasuniennes.

 

 

Contrairement aux ouvrages qui sortent en France. Le paysage éditorial lui donne l'impression que « tout est plus joli, plus esthétique ». Et de partir dans un tonitruant fou-rire, en regardant son éditeur, présent à ses côtés pour assurer la traduction : « J'ai dit ce qu'il fallait dire ? »

 

Ses ouvrages, disponibles en version numérique et papier, connaissent un beau succès aux États-Unis. Il précise à ActuaLitté qu'en tant qu'auteur, il apprécie que ses livres soient lus, et évidemment, si cela pouvait toucher un nouveau lectorat, il aimerait que son éditeur français propose des ouvrages numériques.

 

L'intransigeante culture de l'immédiateté

 

Cependant, loin de la caméra qui filmait tout cet entretien, Craig Johnson fait aussi état d'un marché américain qui a fortement évolué en l'espace de quatre années. « Aujourd'hui, certaines maisons ont des ventes qui dépassent 25 % de leurs revenus, générées par le livre numérique. Mais nous achetons différement, là-bas. Ici, vous avez de nombreuses librairies, et contrairement aux Américains, la France n'a pas cette impatience permanente de la nouveauté. Avec le Kindle, les gens ont un livre immédiatement, et l'achètent en quelques secondes. Malheur au libraire qui ne peut pas leur proposer la nouveauté dès qu'ils la réclament. C'est aussi pour cela qu'ils ont recours aux livres numériques. »

 

Selon son éditeur, Penguin, ses ventes seraient de l'ordre de 10 % réalisées en version numérique. Cependant, lui n'est pas encore convaincu : « Je préfère les librairies. Dans ma famille, tout le monde racontait des histoires, c'est aussi ce qui m'a donné envie d'en raconter et d'en écrire. Mais la présence des livres est importante dans ma vie. »

 

Auteur particulièrement ancré dans un paysage particulier, celui du Wyoming, où prennent pied ses aventures, son éditeur l'a déjà poussé à réaliser des oeuvres enrichies. « Ce seraient des textes dans lesquels on pourrait retrouver des paysages, ou des sons, pour évoquer plus fortement. Mais toutes ces choses doivent venir de l'auteur, et pas être ajoutées simplement. Mon éditeur m'en a déjà parlé, mais moi, j'écris pour suggérer, avec un certain minimalisme, alors si on ajoute des images, que je n'ai pas intégrées au livre, ça ne me va pas. »

 

Et sa femme de rire à son tour : « C'est surtout parce qu'il trouve que ce serait beaucoup trop de travail en plus qu'il ne le fait pas ! »

 

Sa série sur Walt Longmire est actuellement en cours d'adaptation pour la télévision, et le shérif d'Absaroka (dans le Wyoming) sera incarné par Robert Taylor, l'homme qui joue l'Agent Jones, dans la saga Matrix.