Création d'EPUB "le plus délicat n'est pas la qualité visible, mais l'invisible"

Clémentine Baron - 17.06.2013

Lecture numérique - Usages - numérisation - Isako - Shalev Vayness


L'explosion du marché du livre numérique et la banalisation des habitudes de lecture sur tous types de supports ont un impact direct sur la création (comme le prouvent par exemple les expérimentations numériques de Philippe De Jonckheere, d'Eric Chevillard ou de la revue BD Professeur Cyclope). Pour permettre ce renouvellement des formes et des contenus, toute une industrie s'est développée dans l'ombre : celle des créateurs matériels du livre numérique, de son enrichissement et de sa diffusion. La première étape, sans laquelle rien ne serait possible, consiste à convertir le papier en format numérique. C'est le travail que réalise la société ISAKO depuis douze ans déjà. Interview avec son co-fondateur : Shalev Vayness. 

 

 

Frédéric Pierrrat (directeur technique) et Shalev Vayness (directeur général)

 

 

ActuaLitté : Comment est née la société ISAKO ?

Shalev Vayness : Frédéric Pierrat et moi-même avons fondé la société en 2002 et nous avons le plaisir d'employer aujourd'hui une petite dizaine de personnes en CDI. Nous couvrons deux types de contenus : des prestations de nature patrimoniale, c'est-à-dire la rétro-conversion d'archives et de documents anciens, et des prestations de contenu éditorial plus moderne. 

 

Dans le premier cas, nous travaillons surtout avec des partenaires-prestataires, qui utilisent nos outils auprès des bibliothèques, des archives et des éditeurs de presse souhaitant traiter des documents originaux, en papier ou en microfilm, en grandes quantités. Ils réalisent alors, grâce à nos logiciels, une conversion de masse destinée à la publication électronique ou à l'archivage.  

 

Dans le second cas, ce sont plutôt les éditeurs qui font appel à nous pour numériser leur catalogue ou pour convertir les parutions à venir dans un format adapté à la lecture numérique. Nous travaillons alors à partir d'un PDF imprimeur ou d'un exemplaire papier, que nous convertissons aux formats XML éditorial et EPUB. Dans ce cas de figure, la volumétrie est plus faible que pour les archives, mais l'exigence de qualité est supérieure, car il ne s'agit plus de conservation de contenu, mais de création d'un produit destiné à être mis sur le marché.

 

 La spécificité d'ISAKO, c'est notre double casquette de prestataire de services et d'éditeur de logiciels de conversion. En d'autres termes, dans certains cas, nous réalisons nous-mêmes la conversion, et dans d'autres cas nous vendons les licences de nos outils à d'autres prestataires. Les logiciels que nous proposons sont des solutions industrielles, ils sont destinés à une très grande volumétrie, c'est pourquoi ils s'adressent rarement aux éditeurs directement, mais plutôt aux prestataires. 

 

 

ActuaLitté : Au lancement d'ISAKO, la lecture numérique était balbutiante. Quel a été l'impact de son développement sur votre travail ?

Shalev Vayness : Il y a douze ans, la lecture électronique moderne n'existait pas vraiment, mais il y avait déjà tout une industrie de conversion au format numérique. L'édition numérique elle existait déjà, mais elle était destinée aux professionnels. C'est seulement autour de 2008, avec l'apparition de la lecture mobile, que le marché s'est véritablement ouvert au grand public.

 

Notre savoir faire se limitait alors au format XML, mais avec l'évolution des technologies, nous nous sommes naturellement tournés vers l'EPUB. Nous sommes évidemment très concernés par l'accélération du marché du livre numérique, nous la ressentons directement dans nos activités. 

 

 

"nous mettons l'accent sur le savoir-faire et l'échange avec le client,

car le plus délicat ce n'est pas la qualité visible, mais l'invisible :

ce qui se cache sous le capot" (Shalev Vayness)

 

 

ActuaLitté : Qui sont vos clients ?

Shalev Vayness : Nous convertissons des livres, des revues et des documents d'archives. Nos clients directs sont donc principalement des éditeurs (parmi lesquels Gallimard, Flammarion, Actes Sud, le Seuil…), et nos clients indirects – c'est-à-dire via les prestataires qui utilisent nos outils – sont plutôt des bibliothèques ou des archives. Par exemple, entre 2007 et 2011, la numérisation des fonds de la BNF a été réalisée avec un logiciel d'ISAKO.

 

 

ActuaLitté : Vos prestations permettent-elles d'intégrer des contenus multimédias ou interactifs ? … Et des DRM ?

Shalev Vayness : Nous travaillons beaucoup sur le multimédia. Si l'interactivité est simple (intégration de liens, d'images, de sons, ou de vidéos) nous nous en chargeons directement. Si elle est plus complexe, dans le cas d'animations par exemple, nous faisons appel à des partenaires. A l'inverse, des prestataires spécialisés dans l'animation ont parfois recours à nos services pour réaliser la partie « statique » du livre.

 

Quant à la question des DRM, elle ne se pose pas, car notre travail se passe très en amont. Les verrous ou les tatouages, sont intégrés au tout dernier moment par le vendeur. Ce sont en général les e-librairies qui s'en chargent.  

 

 

L'ensemble de l'équipe d'ISAKO

 

 

ActuaLitté : Les fichiers créés sont-ils compatibles avec toutes les plateformes de diffusion ?

Shalev Vayness : Bien sûr, et c'est un peu le défi du métier : il faut être capable de répondre aux différents cahiers des charges, à la fois celui de l'éditeur et ceux des plateformes qui ont chacune leurs exigences. Il faut aussi veiller à ce que le fichier fonctionne sur tous les supports (tablettes, liseuses, smartphones…) Cela demande de l'expérience et de l'adaptabilité car les règles changent constamment. C'est pourquoi nous mettons l'accent à la fois sur le savoir-faire et sur l'échange avec le client, car le plus délicat ce n'est pas la qualité visible, mais la qualité invisible : ce qui se cache sous le capot.

 

 

ActuaLitté : Avez-vous un avis sur la numérisation par la BNF d'œuvres indisponibles en vue d'une éventuelle commercialisation ?

Shalev Vayness : Je pense que le projet est plutôt bien équilibré. Je ne vois pas ce qui fait polémique. Il n'y aura pas de monopole sur ces œuvres et tout le monde peut y gagner : les auteurs et les éditeurs, mais surtout les lecteurs qui auront enfin accès à ces ouvrages jusque là indisponibles. 

 

D'une manière générale, je pense que nous avons de la chance d'avoir en France un budget important consacré au numérique et une forte mobilisation du secteur public, contrairement à beaucoup de pays d'Europe.