Croissance du livre numérique : le Japon peu enthousiaste

Clément Solym - 19.11.2013

Lecture numérique - Usages - Japon - livres numériques - développement de l'offre


Les études sont formelles : si nouvelles technologies rime toujours avec Japon (si, si, un peu), l'adoption du livre numérique dans le pays est encore très marginale. Selon le cabinet d'analyse Impress Business Media Corp, basée à Tokyo, le marché a généré 72,9 milliards ¥ durant l'année 2012, soit une croissance de 15,9 % en regard de l'année passée.

 

 

Japan

Le Côté Obscur de l'empire du Soleil Levant ?

loiclemeur, CC BY 2.0

 

 

Pour lire en numérique, il faut des appareils, et de ce point de vue, le Japon ne s'engouffrerait pas vraiment dans ce secteur. Smartphones, tablettes, lecteurs ebook ne représentaient que 11,2 milliards ¥ en 2011, contre 36,8 milliards ¥ en 2012. Mais rien de tout cela n'a favorisé l'explosion des livres numériques.

 

Pour l'industrie du livre, le marché de l'imprimé est toujours très puissant, mais a pris du plomb dans l'aile. En 1997, il représentait 2600 milliards ¥, et aujourd'hui, 1700 milliards ¥. Autrement dit, nulle cannibalisation du papier par le numérique, mais surtout, pas de compensation offerte par le marché émergent. 

 

Toru Sanpei, directeur de la Japan Electronic Publishing Association, explique : « Il n'est pas étonnant que les livres numériques ne soient pas devenus si populaires au Japon. Le pays est beaucoup plus petit que les États-Unis en termes de superficie, mais il dispose de nombreuses librairies, et les gens peuvent acheter des livres bon marché et bien faits. Donc, les livres n'ont pas vraiment besoin d'être numériques. »

 

L'approche culturelle de la révolution numérique américaine découle en effet de que ce les clients ont progressivement vu leurs librairies indépendantes se réduire comme peau de chagrin. En parallèle, l'essor du commerce en ligne a favorisé de nouvelles pratiques d'achats. L'un dans l'autre, acheter un livre sur internet, ou l'acheter dématérialisé ne faisait rapidement plus de différence pour le client. 

 

Selon les données officielles, on retrouve encore 12.703 librairies l'an passé, aux États-Unis, alors que le Japon en compte 14.696. De ce fait, l'achat est bien plus simple. 

 

Or, l'intervention de phénomènes culturels n'est pas négligeable. Un sondage opéré par le cabinet Cross Marketing montre que sur 1200 personnes sollicitées, la quasi-totalité des répondants a utilisé un livre numérique. Mais pour 61 % d'entre elles, cela ne représente aucun intérêt : 2,8 % liraient principalement en numérique et 12,2 % utilisent les deux formats. 

 

La culture du papier et du document imprimé est très fortement ancrée dans l'esprit et l'inconscient collectif. Et finalement, l'apport technologique ne changera pas l'état d'esprit en quelques années. Il faudra compter sur le long terme, autant que la communication des grands acteurs récemment arrivés pour parvenir à convaincre les clients. 

 

Sur place, le Kindle, Kobo (via Rakuten) ou encore Toshiba Corp et Sharp vendent des appareils numériques, et de multiples applications de lecture pour smartphones et tablettes se développent. Cependant, le problème de catalogue reste central, quelles que soient les solutions de lecture proposées. Les meilleurs ebookstores disposent de 100 à 300.000 titres, alors que les meilleures librairies du pays disposent d'une offre de 1 million de titres. 

 

Si les éditeurs font des efforts pour proposer une meilleure offre, la promotion du format numérique n'est pas vraiment à l'ordre du jour. Si les groupes éditoriaux sont conscients de l'évolution en cours, ils sont tout autant décidés à ne pas dérouler le tapis rouge aux acteurs numériques. 

 

via Japan Times