Culture et numérique : Hadopi, 'ce n'est qu'un médicament'

Clément Solym - 23.03.2012

Lecture numérique - Usages - Patrick Zelnik - Hadopi - financer la création


Exclusif ActuaLitté : L'industrie culturelle vient de se lancer dans une grande campagne de défense de la loi Hadopi. À destination des candidats, ces dernières ont établi une série de propositions, cinéma, musique et livre ont décidé de présenter plusieurs séries de mesures auprès des présidentiables. Au menu, ouvrir une concurrence plus simple, parvenir à une offre légale plus massive et offrir davantage d'aides.

 

En parallèle, l'un des trois rédacteurs du rapport qui, « injustement », assure-t-il, porte son nom, est revenu sur la mise en place de l'Hadopi. Patrick Zelnik, coauteur avec Jacques Toubon et Guilaume Cerruti, intervenait dans le cadre d'un conclave sur l'économie numérique et la présence de la culture, des oeuvres, dans ce nouvel écosystème. 

 

Sa mission, le rapport Création et Internet fut remis au gouvernement le 6 janvier 2010 et découlait d'une demande de Christine Albanel, et reprise par le président de la République. Il n'avait pas pour mission de conforter l'Hadopi. « Nous avons réfléchi au financement de la création, et comment encourager la présence d'une offre légale sur internet. Je ne crois pas qu'Hadopi soit une loi liberticide. Elle a été originellement conçue pour limiter la piraterie sur Internet. » Quant à sa mise en application, c'est une autre paire de manches. Son coût et son efficacité sont contestés par les socialistes, souligne-t-il, précisant qu'il ne peut pas prendre position, manquant de données chiffrées pour ce faire. « Mais Hadopi n'est pas une solution. Je crois que ce n'est qu'un médicament. »

 

 

 

Or, la question du piratage, aujourd'hui, n'est plus simplement celle de la musique. Rappelons que Patrick Zelnik est à la tête de sa propre maison de disque et label, Naïve, après avoir quitté son poste de patron de Virgin. Soulignons également que Naïve propose également une offre éditoriale assez variée, depuis les Baux-Livres, en passant par jeunesse, roman, fiction , BD ou encore audiolivres et essais.

 

Désormais, l'homme qui a donc la main sur un domaine musical, mais également éditorial, porte un regard plus global sur la situation. La dématérialisation des oeuvres et l'économie numérique, devant les géants de l'internet, placent tous les acteurs, toutes les filières, sur un pied d'égalité. Et l'enjeu - piratage, modèle économique, rentabilité, etc. - « n'est plus simplement celui de la musique, mais déjà celui du cinéma, et bientôt celui du livre. Internet bouleverse les étapes et les états. Et la presse écrite fait le même constat », dans son passage du papier à l'Internet.

 

Opérer un essentiel transfert de richesses

 

Pour revenir à Hadopi, Patrick Zelnik considère qu'il existe un évident défaut dans la condamnation permise par la loi. « L'adolescent de 14 ans ne peut pas être condamné. Moi aussi je copiais des disques sur des cassettes quand j'avais cet âge. » Pour autant, « il faut trouver des solutions rapides. Il faut organiser un transfert des richesses avec les géants de l'internet qui ont gagné de l'argent très rapidement. » Et de pointer le bénéfice d'Apple, de plusieurs milliards de dollars pour l'année 2010 (15,7 milliards $) qui équivalent au chiffre d'affaires de l'industrie mondiale de la musique selon lui, durant cette même année. Il serait alors cohérent de ponctionner Apple, puisque sur l'année 2010, c'est avant tout sur la vente de musique, depuis iTunes, que la firme de Cupertino a gagné de l'argent. Probablement aussi avec les applications pour iPhone et iPad, mais l'on a compris le message. 

 

Faisant un bilan de ce que préconisait le rapport de 2010, « sur les 22 propositions, seulement un quart a été mis en application. Et encore, je suis optimiste ». La carte musique n'a ainsi pas marché « parce que le ministère de la Culture n'a pas les meilleurs spécialistes de ce genre d'opération ». L'autre idée, l'augmentation du crédit d'impôt pour amorcer la pompe d'un centre national de la musique, sur le modèle du CNC (cinéma) ou CNL (livre), n'a pas pu être lancé, pour des questions économiques. 

 

Pour mémoire...

 

Le rapport Zelnik préconisait pour le monde du livre que le prix unique soit étendu aux ebooks, de sorte que, et contre l'avis de l'autorité de la Concurrence, les éditeurs conservent la main sur le prix de vente de leurs ouvrages. Ainsi, impossible pour les revendeurs de proposer des prix différents, et cassés. Et avec l'intention de « faciliter l'entrée des industries culturelles sur un marché numérique où elles ont certes beaucoup à craindre, mais surtout tout à gagner ».

 

Dans le même temps, c'est l'harmonisation de la TVA qui était demandée, pour qu'ebook et imprimé bénéficient du même taux. Le troisième point concernait la mise en place d'une plateforme commune, par laquelle les éditeurs pourraient toucher les libraires directement. « L'objectif est ici de permettre aux libraires d'avoir accès à la totalité des livres numériques et de jouer ainsi leur rôle de guide du lecteur dans le labyrinthe des titres disponibles. Cette plateforme implique pour les éditeurs la production de métadonnées communes et l'homogénéisation des formats. » (voir notre actualitté)

 

Sans parler de la taxe Google aujourd'hui déclinée en plusieurs solutions de taxation des vendeurs de livres en ligne, voire des commandes de livres, plus généralement. 

 

Mais de conclure, « depuis le rapport, j'ai évolué ». 




Commentaires

Pas de commentaires

Poster un commentaire

 

grin LOL cheese smile wink smirk rolleyes confused surprised big surprise tongue laugh tongue rolleye tongue wink raspberry blank stare long face ohh grrr gulp oh oh downer red face sick shut eye hmmm mad angry zipper kiss shock cool smile cool smirk cool grin cool hmm cool mad cool cheese vampire snake exclaim question

Vous répondez au commentaire de

Cliquez ici pour ne plus répondre à ce commentaire

* Laisser vide pour ne pas reçevoir de notification par email de nouveaux commentaires.