Danemark : le succès du prêt numérique face au boycott d'éditeurs

Clément Solym - 24.11.2015

Lecture numérique - Usages - Danemark bibliotheque - prêt ebook - éditeurs auteurs


C’est un succès écrasant que rencontre manifestement le prêt de livres numériques dans les bibliothèques danoises. D’ici la fin de l’année, plus d’un million d’ebooks devraient être empruntés, contre 598.168 empruntés l’année passée. Et le portail en ligne, eReolen, qui se charge du service annonce une projection de 1,161 million d’ebooks fin 2015.

 

 

 

Chaque mois, les utilisateurs peuvent emprunter jusqu’à trois titres, gratuitement, à lire sur tablette, eReader ou ordinateur. À l’éditeur, la bibliothèque paye entre 10 et 14 couronnes, à chaque téléchargement, montant par la suite réparti avec l’auteur. Soit une somme de 1,34 à 1,88 €. 

 

Certaines maisons ne se sont pas satisfaites de ce modèle économique, évoquant des conditions d’usages anticoncurrentielles. « Il est vraiment difficile d’expliquer aux gens pourquoi ils devraient se rendre sur notre site et payer 100 couronnes pour un ebook, s’ils peuvent aller sur un autre site et l’obtenir gratuitement », déplore Lene Juul, directeur général de JP/Politikens Forlag.

 

Mouvement de boycott impulsé depuis plusieurs mois

 

Ce n’est pas l’unique saillie d’un éditeur contre le service. En août dernier, l’auteur Anders Rønnow publié chez Klarlund Politiken estimait « dangereux de montrer au public que les livres ne coûtent rien. Je sais que le numérique va s’installer, mais nous risquons d’entrer dans la même situation que les journaux, qui nous ont habitués à ce que tout soit gratuit. »

 

Il avait alors signifié expressément que ses livres ne seraient pas disponibles. 

 

Un véritable boycott s’était alors mis en place. Anders Rønnow Klarlund lui-même redoutait que l’offre numérique ne devienne trop attrayante. « Nous écrivons de la fiction populaire, et nous ne pouvons pas, et nous ne vivrons plus de notre art. Nous vivons seulement en vendant des livres. Aujourd’hui, les usagers de bibliothèques nous placent dans une position où, s’ils ne peuvent pas prêter une version numérique de AJ Kazinski, ils empruntent quelque chose d’autre qui est disponible gratuitement. » 

 

Autrement dit, un risque de paupérisation par le numérique. 

 

L’agent de plusieurs gros noms de l’édition danoise, Lars Ringhof, ne disait pas autre chose. Dans son portefeuille, il compte notamment Hanne-Vibeke Holst, Elsebeth Egholm, Tom Buk-Swienty et Kirsten Hammann. Il expliquait que les auteurs ont décidé de faire retirer leurs livres du catalogue, « mais plusieurs auteurs suivront sans doute ». 

 

Et à cette époque, Lene Juul avait pris cette image : « Les bibliothèques ont instauré eReolen et Netlydbog.dk, et de la manière dont ils ont propulsé leur plateforme, elle devient trop importante dans le monde numérique. C’est un magasin de bonbons, où les consommateurs n’ont qu’à remplir leur sac. »

 

Succès non négligeable, clairement

 

Si l’on considère que 1,161 million de livres devraient être téléchargées fin 2015, les prévisions catastrophiques seraient confirmées : pour le mois de juillet, 126.000 ebooks et 159.000 audiobooks avaient été empruntés.

 

À la tête de la bibiothèque principale de Copenhague, Jakob Heide Petersen, également président de eReolen, estime que les éditeurs ont été entendus. Ainsi, les nouveautés et les best-sellers sont exclus de l’offre de prêt en bibliothèque. 

 

« Je pense que c’est un grand succès que nous sommes parvenus à obtenir, en faisant lire les enfants et les jeunes, alors que nous fournissons des ebooks à ceux qui ne liraient pas autrement », note-t-il.

 

En dépit de la popularité croissante des ebooks en prêt, le livre papier reste encore le grand chouchou du public, avec 27 millions de prêts réalisés en 2014. 

 

(via DR, Information, Politiken)