Dans le marché de l'ebook, Kobo, un Canadien qui résiste fermement

Clément Solym - 24.02.2016

Lecture numérique - Acteurs numériques - kobo ebooks - lecture numérique - développement marché


Avec 26 millions d’utilisateurs dans le monde, une bibliothèque de 4,7 millions d’ebooks et de magazines disponibles dans 190 pays, le petit Canadien Kobo a fait des pas de géant. Et son mois de janvier 2016 a été le meilleur depuis la création de la société. Aujourd’hui, l’entreprise que dirige Michael Tamblyn est régulièrement classée troisième détaillant, après Amazon et Apple. Et l’affrontement est serré.

 

Michael Tamblyn (Kobo) - London Book Fair 2014
Michael Tamblyn - ActuaLitté, CC BY SA 2.0


 

Kobo, l’outsider qui a su conquérir Rakuten ? C’est en effet en 2012 que le Japonais met la main sur l’entreprise, faisant d’elle la start-up la plus en vue du pays. Le client Kobo moyen achète un ebook par mois et 16 livres imprimés, indique Tamblyn, et selon lui, 18 % des ventes d’ebooks seraient numériques au Canada. Sauf que le pari est loin d’être gagné.

 

Si devant on trouve les mastodontes Amazon et Apple, Kobo joue actuellement un rôle infiniment précieux dans le secteur. Bien entendu, son développement est concentré sur la lecture : on ne produira ni série télé ni service de streaming audio. L’activité est exclusivement concentrée sur la lecture et le lecteur. « Notre objectif n’est pas d’être le plus grand fabricant mondial de dispositifs de lecture. Notre question est : “Comment être le meilleur libraire possible ?". »

 

Pour les éditeurs, d’ailleurs, la présence de cet acteur serait presque rassurante : Robert Wheaton, directeur de l’exploitation chez Penguin Random House Canada, l’indique. « Kobo est en concurrence avec des entreprises aux ressources massives, qui construisent des plateformes liées au mode de vie. » Ainsi, la télévision pour Amazon, le smartphone et la tablette pour Apple, etc. Au point que Kobo avait décidé d’arrêter ses propres tablettes, pour se recentrer. 

A l'époque, il assurait à ActuaLitté : « Nous n'arrêtons jamais les investissements en recherche et développement sur l'encre électronique. Nous restons attentifs à ce que les lecteurs attendent en matière de lecture numérique, ou les points sur lesquels ils ne sont pas pleinement satisfaits, pour les améliorer. »

 

Ce que l’on reconnaît le plus volontiers à Tamblyn, c’est sa capacité à comprendre les attentes, et convaincre rapidement ses partenaires. Les offres se font vite et bien. D’ailleurs, quand Indigo, pourtant actionnaire majoritaire, décide de vendre à Rakuten en 2011 pour 315 millions $ CA, c’est un début de victoire. Pour Tamblyn. Et pourtant le Canada a perdu là l’occasion de devenir un acteur mondial dans la lecture numérique.

« Le pays reste probablement le seul marché de langue anglaise où Amazon ne fonctionne pas sur les livres et le e-commerce », indique plus simplement Tamblyn.

 

Mais les difficultés n’en sont pas moins réelles, pour Kobo. Avec des clients dont la moyenne d’âge est plutôt située autour de 50 ans que de 20 ans, les solutions de développement doivent être efficaces. Celle de l’autoédition en fait partie : Kobo Writing Life représenterait désormais 15 % de tous les ebooks vendus, mais les revenus par unité sont inférieurs à l’offre des éditeurs traditionnels. Un service d’écriture en ligne, destiné à concurrencer Wattpad, a également été mis sur pied. 
 

Fin 2014, Kobo avait lancé une fameuse piste : un accord passé avec les partenaires de la société E Ink Holdings, pour que le catalogue de livres numériques Kobo puisse être disponible sur les appareils. Autrement dit, plus de 4 millions de titres qui, par les outils de Kobo, seront disponibles sur les appareils des partenaires, complétant leur propre catalogue, voire proposant un catalogue, tout simplement.

 

Avec 20 % des ventes réalisées aux États-Unis et en Grande-Bretagne en numérique, les analystes sont toujours perplexes, voire étonnés de la stabilité de Kobo. La constitution d’un nouveau canal de croissance ne sera pas évidente. La lecture numérique n’a pas fini ses propres mutations.

 

(via The Globe and Mail)