David Guez et son disque dur en papier

Xavier S. Thomann - 30.01.2013

Lecture numérique - Usages - Disque dur papier - David Guez - Centre Pompidou


Quoi de plus banal aujourd'hui que tout stocker (livre, films, etc.) sur son disque dur ? C'est vrai que ces machines ont l'air tout à fait solides et fiables quand bien même on n'est jamais à l'abri d'un souci. Un artiste s'est posé la question de la pérennité de cette façon que nous avons aujourd'hui de tout archiver sur des disques durs. En imprimant des codes binaires sur du papier, il nous permet de réfléchir un peu mieux à ce qu'implique le fait de tout mettre dans une mémoire virtuelle. 

 

 

 

 

L'idée de cet artiste nous permet de nous rendre compte de la fragilité des nouveaux supports de notre mémoire. Une fragilité que l'on aurait tendance à oublier quand on vient d'acheter une belle Time Capsule de chez Apple pour un peu plus de 300 euros. 

 

En effet, en imprimant le code informatique d'un fichier, on se rend compte qu'on serait bien en peine de le déchiffrer sans l'aide d'une machine. De plus, c'est une façon de réaffirmer l'importance du papier, puisqu'imprimer les codes en question permet de faire une sauvegarde supplémentaire dans le cas om le fichier premier viendrait à disparaître. 

 

D'où l'idée d'appeler ça « Disque dur papier. » L'artiste s'est expliqué à Libération du choix des oeuvres ainsi sauvegardées sur le bon vieux papier. 

J'ai essayé de stocker la totalité des films proches de ma démarche et de mes thématiques : science, fiction, temps et mémoire. Le premier livre est Le voyage dans la lune de Méliès puis pour Hors Pistes, j'ai réalisé un second livre sur un film qui a influencé toute une génération d'artistes et qui ne cesse de hanter mes projets, La jetée de Chris Marker. L'objectif était de faire tenir dans moins de 1000 pages la totalité du code binaire du fichier vidéo du film.

 

1000 pages donc pour un film de 28 minutes, voilà qui laisse songeur. Et notre homme n'entend pas s'arrêter en si bon chemin. Il aimerait bien faire de même pour 2001, l'odyssée de l'espace, sauf que c'est un peu plus compliqué. Il estime qu'il faudrait pas moins de 100 volumes de 800 pages. Un livre encombrant, mais qui permettrait selon lui de représenter le fameux monolithe du film. 

 

Et l'artiste de se poser en défenseur de papier : « la disparition du livre (et donc de la bibliothèque) est une catastrophe pour notre mémoire personnelle : elle empêche d'indexer notre évolution personnelle. » De plus, il s'inquiète de la « numérisation à outrance de la connaissance. » Au moins, il a le mérite d'illustrer ses propos intelligemment, ce qui n'est pas toujours le cas des défenseurs du livre papier. 

 

Si vous voulez vous faire votre propre avis, on peut découvrir les créations de David Guez à l'occasion de l'exposition « À la loupe » dans le cadre du festival Hors Pistes au centre Pompidou. C'est jusqu'au 3 février. 

 

Dans le même ordre d'idées, il faut se souvenir de l'initiative d'un labo de recherche, qui avait décidé de stocker tout un livre, dans un brin ADN. Une équipe de scientifique de la Harvard Medical School, dirigée par le professeur George Church, vient de coder un livre de 53.000 mots, accompagnés de 11 illustrations, dans de l'acide désoxyribonucléique. Et à cela, ils ont ajouté un programme informatique, pour la forme. Ce stockage de données s'est effectué avec du matériel génétique, dont les chercheurs affirment que d'ici à une dizaine d'années, il remplacera les outils actuels de stockage de données.