Une chronologie du livre numérique, des origines à nos jours

Marie Lebert - 02.06.2015

Lecture numérique - Usages


Avec un tube d’aspirine à portée de main, j’ai tenté de dresser une chronologie du livre numérique — dans son sens le plus vaste — du 4 juillet 1971, date du premier eText du Projet Gutenberg, au 31 mai 2015, sans oublier le nouveau site web d’ActuaLitté. Proposer une chronologie en 300 points sur un sujet mouvant est un exercice difficile – et le prélude à une nouvelle édition du Livre 010101 — dont la dernière édition appartient depuis longtemps au domaine des archives, les choses évoluant vite dans ce domaine.

 

Lecteur ebook DRM

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

Si le livre imprimé a plus de cinq siècles et demi, le livre numérique approche les quarante-cinq ans, soit l’âge de la maturité (?). Le premier livre numérique date de juillet 1971. Il s’agit de l’eText #1 du Projet Gutenberg, un projet visionnaire lancé par Michael Hart pour créer des versions électroniques gratuites d’œuvres littéraires et les diffuser dans le monde entier. Au XVIe siècle, Gutenberg avait permis à chacun d’avoir quelques livres. Au XXIe siècle, le Projet Gutenberg permettrait à chacun d’avoir une bibliothèque gratuite. L’arrivée de l’internet en 1974 puis du web en 1990 permet à ce projet de devenir réalité.

 

Le livre numérique commercial naît en mai 1998 avec les premiers titres vendus en ligne par les éditions 0 h. Après des débuts confidentiels puis quelque peu poussifs, il prend son envol en 2002, avec l’existence de plusieurs logiciels de lecture et les débuts de la lecture numérique non seulement sur ordinateur, mais aussi sur PDA.

 

En novembre 2000, signe des temps peut-être, la British Library met en ligne sur son site la version numérisée de la Bible de Gutenberg originale, premier livre à n’avoir jamais été imprimé.

 

Dans les années qui suivent, le web devient une gigantesque encyclopédie, une énorme bibliothèque, une immense librairie et un médium des plus complets. De statique dans les livres imprimés, l’information devient fluide, du moins pour les sujets scientifiques et techniques, avec possibilité d’actualisation constante.

 

On lit des livres numériques sur ordinateur personnel, sur PDA, sur smartphone, sur tablette et sur liseuse. Mais, contrairement aux pronostics un peu rapides de quelques spécialistes enthousiastes, le papier n’est pas mort pour autant et les adeptes du « zéro papier » restent peu nombreux. Beaucoup d’entre nous sont toujours amoureux du livre imprimé, à la fois pour son côté pratique et pour le plaisir de l’objet, tout en reconnaissant les nombreuses qualités du livre numérique.

 

Certains me disent qu’un texte électronique n’est pas un livre numérique. Mais si, justement. Chose souvent passée sous silence, Michael Hart est le véritable inventeur de l’ebook. Si on considère l’ebook dans son sens étymologique, à savoir un livre numérisé pour diffusion sous forme de fichier électronique, celui-ci naît bien avec le Projet Gutenberg en juillet 1971.

 

On lit des livres numériques sur ordinateur personnel, sur PDA, sur smartphone, sur tablette et sur liseuse. Mais, contrairement aux pronostics un peu rapides de quelques spécialistes enthousiastes, le papier n’est pas mort pour autant et les adeptes du « zéro papier » restent peu nombreux. Marie Lebert

 

Une paternité beaucoup plus réconfortante que les divers lancements commerciaux dans un format propriétaire ayant émaillé le début des années 2000. Il n’y a aucune raison pour que la dénomination « ebook » ne désigne que l’ebook commercial et soit réservée aux Amazon, 0 h, Gemstar et autres. L’ebook non commercial est un ebook à part entière, et non un parent pauvre, tout comme l’édition électronique non commerciale est une forme d’édition à part entière, et non une parente pauvre de l’édition commerciale.

 

Voici donc cette chronologie, qui est et restera un « work in progress ». Si elle mentionne les appareils de lecture avec leurs logiciels, leurs formats et leurs librairies, elle accorde une grande place aux auteurs qui ont non seulement inventé de nouveaux canaux de diffusion pour leurs œuvres, mais aussi exploré de nouvelles manières d’écrire. On oublie trop souvent que ce sont les auteurs qui font les livres — y compris numériques — et que ce sont les éditeurs qui devraient être à leur service – et leur favoriser les choses – et non le contraire.


Pour approfondir

Editeur : PUF
Genre : sociologie faits...
Total pages : 176
Traducteur :
ISBN : 9782130631446

Au pays de numérix

de Alexandre Moatti

Internet est un formidable outil d'accès à la connaissance, grâce aux moteurs de recherche, aux encyclopédies, à de nombreux sites scientifiques ou culturels ; pourtant, en France notamment, des voix s'élèvent pour critiquer cet Internet de la connaissance. Sans verser dans l'angélisme, la technophilie aveugle et moins encore le transhumanisme, cet ouvrage analyse ces postures de critique et, quand elles existent, les alternatives proposées. Ainsi, qu'est-il advenu du projet "bibliothèque numérique européenne", censé contrer Google Livres, et Google lui-même ? De même, comment peut-on expliquer les diatribes anti-Wikipedia qui apparaissent régulièrement dans la presse ? Et ce alors que nos concitoyens utilisent massivement ces outils : faisons confiance en nos pairs internautes, capables d'apprendre sur Internet et d'y exercer leur discernement. Finalement, de manière plus générale, le livre examine si certaines positions de défense exacerbée des droits d'auteurs ou de conservation des données publiques (comme l'iconographie muséale, ou les émissions culturelles de radio) ne nuisent pas, en France, à la diffusion numérique de la connaissance, avec un effet inverse à l'objectif de rayonnement culturel français.

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