Découvrir les Ateliers de Grandhoux : croire à l'édition et au lecteur

Cécile Mazin - 18.02.2015

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La fondatrice des Ateliers de Grandhoux, Felicia Doumayrenc, a choisi le numérique pour développer une maison d'édition. Un acteur qui vient de voir le jour, ou presque, avec une distribution qui est assurée par ses propres moyens. Son intention est de publier tant des auteurs classiques, que des contemporains, et viser « à l'émergence de nouveaux talents ». 

 

 

 

 

D'où vient le besoin de créer cette maison d'édition ?

 

Ce fut plus une nécessité qu'un besoin. J'avais cette idée en tête depuis longtemps, ayant eu la chance, très jeune, de rentrer dans le monde de l'édition, de fréquenter des écrivains comme Bernard Noël, Luis Mizon, Michel Leiris, Peter Handke pour ne citer qu'eux et des éditeurs Francis Esménard, Jean-Manuel Bourgois et tant d'autres. Puis, j'ai travaillé avec Oliver Orban qui m'a appris ce métier. Je dois aussi beaucoup à Denis Bourgeois et à Olivier Nora qui tous deux m'ont fait confiance l'un chez Balland, l'autre chez Grasset. 

 

Mais, au fond de moi, je me sentais plus artiste, écrivaine, peintre qu'éditrice. Puis, j'ai eu un cancer très grave avec un pronostic vital engagé, et je m'en suis sortie beaucoup plus forte, comme si je venais de prendre conscience que le temps m'était compté. Si je ne montais pas une maison d'édition maintenant, aurais-je assez de temps pour le faire ? J'ai créé en premier une association de loi 1901 « les Ateliers de Grandhoux » avec l'idée d'organiser des séminaires de traduction, des rencontres entre peintres, musiciens, écrivains, poètes, sculpteurs, architectes, des ateliers d'écriture dont je n'ai pas abandonné les projets. Mais, je n'étais pas satisfaite. La maison d'édition qui porte le nom éponyme s'est imposée. C'est une toute petite structure où personne ne se paie, seuls les auteurs touchent leurs droits.

 

Nous sommes trois : le webmaster, un directeur délégué, Pierre Clavillier, moi-même ainsi que des amis maquettistes et correcteurs qui nous aident. Comme j'avais peu de moyens, j'ai opté pour le numérique et prévenu mes auteurs qui ont accepté le pari de publier sans à-valoir, tout en ayant des contrats où mon pourcentage est plus élevé que celui-ci de mes confrères. Ils savent tous que c'est une première étape et que le passage au papier se fera le plus vite possible. Ils y croient tout comme moi. Les Ateliers de Grandhoux sont aussi une plate forme de diffusion et de distribution numérique. 

 

Quelle est la ligne éditoriale que vous mettez en place ?

 

Je crois qu'elle est assez bien résumée dans la présentation du site. Découvrir de nouveaux auteurs, faire redécouvrir des textes oubliés (je vais bientôt publier tous les écrits en intégralité de Laure par exemple), donner une vraie place à la poésie, publier des livres pour enfants, mais illustrés uniquement par des aquarelles, éditer des essais percutants, des romans, publier de l'érotisme qui est pour moi l'écriture même de la résistance.

 

À ce sujet, dans les prochaines semaines, un recueil de nouvelles intitulé Amours Mixtes verra le jour s'opposant à toute forme d'extrémisme politique ou religieux. Je précise que ce n'est pas en raison des tueries de janvier, ni des résultats des élections du Doubs, ni de l'horreur de Copenhague que ce livre paraît, c'est un hasard, douloureux puisque des amis sont morts lors de l'attentat de Charlie Hebdo, mais un hasard, si l'on croit au hasard ce qui n'est pas mon cas. Je ne me sens qu'une passante, oui, si je devais résumer ma ligne éditoriale en un mot ce serait celui-ci : passeur. Ce sont les lecteurs qui sont notre force de croire en l'impossible.

 

Comment envisagez-vous l'industrie du livre aujourd'hui ?

 

Si je vous réponds, je suis affligée, vais-je être outrecuidante ? Quand on sait que le budget moyen par an est de vingt euros par français pour l'achat d'un livre, on peut être qu'inquiets. Je suis perplexe quant à la politique d'Amazon, circonspecte sur le monde de l'auto-édition, j'écoute beaucoup, je regarde, je lis énormément de manuscrits que l'on m'envoie même si je ne peux pas tout lire moi-même, je lis les livres des confrères, je les achète — je tiens à le préciser —. 

 

Je suis inquiète, mais comme l'optimisme est ma vraie nature, je pense que le livre a encore de beaux jours devant lui. Nous avons de grands écrivains encore vivants, ainsi que de grands éditeurs. Alors, j'y crois et si j'arrêtais d'y croire où serait le sens ? Mais, votre question m'interpelle, et me pousse à aller plus loin. Il n'y a pas que l'industrie du livre qui est en danger, il y a la culture. Le droit à la liberté d'expression. 

 

C'est pour cela que j'ai monté avec l'aval de Jack Ralite qui avait fédéré un grand mouvement en 1987 en réunissant tous les acteurs culturels, les Nouveaux Etats Généraux de la Culture. Il est grand temps au regard des événements actuels que tout le monde se réunisse, pour redonner du sens à la culture en effet comme l'avait dit Jack Ralite au Zénith « Il faut être intraitable sur l'expression culturelle ».

 

Pour conclure, je crois à l'édition, aux lecteurs. Une maison s'invente grâce à eux sans qui les Ateliers de Grandhoux n'existeraient pas. C'est mon bonheur de voir le nombre de visites sur le site. Merci à tous ceux qui me suivent. 

 

 

Les Ateliers de Grandhoux ont publié :

La Faute des Juifs de Guy Konopnicki (réédition en numérique)

La Famille Simon et La Famille Simon Le Père Noël va-t-il passer ?, de Céline Perrin, aquarelles de Marie Texier.

Une Ombre Blanche de Cyprienne d'Orlhéac

À paraître en février :

Carla de Sylvie Grignon.