"Défendre les métiers de création et la diversité culturelle" (SNE)

Clément Solym - 05.02.2013

Lecture numérique - Acteurs numériques - éditeurs de presse - Google - accord historique


Le Syndicat national de l'édition connaît bien les problématiques rencontrées avec Google. En juin 2012, le SNE organisait un point presse pour présenter la signature d'un accord, mettant fin à un « contentieux qui opposait le Syndicat national de l'édition à la société Google depuis octobre 2006 », précisait Antoine Gallimard, alors président. 

 

 

 

 

En présence de Google Books France, le SNE annonçait qu'une solution était désormais trouvée, pour sortir de l'impasse dans laquelle étaient plongées les deux parties. 

 

Dans un premier temps, Google et les éditeurs vont donc établir une liste de livres, vérifier si les oeuvres appartiennent bien aux éditeurs, s'assurer qu'elles ne sont pas disponibles à la vente, ni en papier et moins encore en numérique. Et une fois ce travail accompli, l'éditeur pourra décider du référencement de son titre sur Google Books. 

À ce stade intervient évidemment la possibilité de retirer une oeuvre, si elle figure dans la liste de l'éditeur, ou alors de ne pas la numériser, si elle est indisponible commercialement, mais que, pour une raison ou une autre, la maison ou l'auteur s'oppose à sa numérisation.  

Le second temps concernera la décision d'indexation : l'éditeur peut choisir d'offrir une certaine quantité d'aperçus de l'oeuvre (sous réserve d'une entente avec l'auteur), et de sa commercialisation, en vertu de plusieurs modalités proposées par Google. Sur ce point, aucun détail précis, mais il semble que Google n'exercera aucun droit d'exclusivité sur les oeuvres vendues. « Une variété de choix disponibles, afin qu'elles soient distribuées largement », sera mise en place, assure Philippe Colombet. Cependant, impossible de dire si la commercialisation se fera immédiatement sur les autres plateformes (Kobo, Fnac, Amazon, et consorts), ou si une période de délai a été négociée. (voir notre actualitté)

 

Alors que les discussions étaient en cours depuis un long moment entre les éditeurs de presse et Google, il s'avère qu'un accord de 60 millions € a finalement permis de résoudre le conflit entre les éditeurs et la société américaine. Quoique la répartition soit encore très confuse et que l'on ne comprenne pas vraiment qui percevra des montants sur cette somme, certains considèrent que l'on assistera à une distorsion de concurrence. Voir que les éditeurs de presse seront encore plus dépendants de Google que ce ne peut être aujourd'hui le cas.

 

« Sans commenter les modalités de l'accord conclu entre les éditeurs de presse et Google le 1er février 2013, le Syndicat National de l'Edition tient à souligner que cet accord contient une reconnaissance manifeste de la valeur des contenus éditorialisés », explique le SNE dans un communiqué. « L'apport des auteurs et des éditeurs créateurs de contenus est ainsi reconnu progressivement par les opérateurs numériques. » 

 

Dans le conflit qui opposait presse et Google, l'enjeu tournait autour du référencement des articles, qui permettait à la société américaine de générer des revenus publicitaires. Sur ce point, les éditeurs de presse souhaitaient percevoir une part du gâteau. 

 

Pour le SNE, cette signature historique, pour laquelle il aura tout de même fallu déplacer le président de la République, qui a rencontré pour l'occasion Eric Schmidt, reste une grande avancée. « Défendre les métiers de création intellectuelle et la diversité culturelle constitue un enjeu de civilisation majeur à l'ère d'Internet. » 

 

On comprend toutefois mal comment sera préservé quoi que ce soit, attendu que cet accord va créer une fonds de financement destiné à aider les projets innovants, et encore, dans une certaine limite. Numerama pointe en effet les écueils et limitations de cet accord :  

  • L'accord n'est pas encore finalisé, et aucune date n'est arrêtée pour la création du Fonds d'aide ;
  • Le fonds de 60 millions d'euros financera des projets de modernisation sélectionnés par un comité composé de personnalités qui restent à définir. Parmi elles figurera un représentant de Google, puisque la firme américaine a vocation à accompagner le développement des projets (il faudra voir si l'indépendance technique vis-à-vis des outils de Google est garantie...)
  • Seule la presse "d'information politique et générale" pourra prétendre à accéder à des financements prélevés sur le fonds, ce qui exclut les titres de presse spécialisée ;
  • Les pure players y auront accès, en revanche il faudra être constitué en tant qu'éditeur de service de presse ;
  • Il n'est pas encore certain que de nouveaux entrants sur le marché de la presse pourront bénéficier du fonds d'aide pour monter leur projet ;

 

Et d'autres encore... La diversité, sérieusement ?