Quand Facebook sera devenu l'acteur monopolistique que dénoncera l'édition

Nicolas Gary - 16.07.2015

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Amazon a 20 ans depuis hier, et ne prend manifestement pas beaucoup de rides. Facebook s’est lancé le 4 février 2004, et, depuis, ses têtes pensantes cherchent tous les moyens pour faire rentrer de l’argent. L’idée d’ajouter une nouvelle brique marchande au réseau sociomédiatique est une piste. Particulièrement prisée. 

 

FACEBOOK(LET) Front

Facebook(let), CC BY 2.0

 

 

Plus qu’un simple réseau social, Facebook se présente aujourd’hui comme un outil médiatique, où tout le monde peut trouver n’importe quoi. Il suffirait alors de monétiser ce tout, n’importe comment, pour en faire la plus grande boutique au monde. Ou du moins, la plus sollicitée. 

 

Fin mai, c’est Twitter qui se décidait à vendre ses pages, à qui voudrait bien les acheter : un nouvel outil de commercialisation pour les livres numériques et papier d’éditeur était déployé. Ce modèle de Page dédiée, affichant non seulement les interventions des Twittos, mais également des liens commerciaux, a de l’avenir.

 

Certainement chez les gogos. Dérouler une liste de messages, qu’ils soient triés ou non, en lien direct avec un ouvrage, ou même une sélection, semble bien dérisoire comme procédé marketing. Sauf que pour l’heure, ni Facebook, ni Twitter, ni aucun autre réseau social ne savent encore comment monétiser les monstrueux pics de trafics ni les millions d’utilisateurs actifs.

 

Un nouveau pas en avant chez Facebook consistera donc à se lancer dans le commerce, à la manière d’une marketplace évoluée. Et dans l’esprit, le fonctionnement est à peu près identique à celui que Twitter a mis en place – à la différence près que personne n’est limité par 140 caractères. 

 

Selon eMarketer, le marché de la publicité pour Facebook devrait atteindre près de 60 milliards $ pour 2015. En revanche, le commerce en ligne, pour cette même période, est à peu de choses près estimé à 350 milliards $. Le delta est facile à comprendre, et la création de boutiques et autres magasins dans les colonnes de Facebook découle donc d’une certaine logique. Depuis l’an passé, les utilisateurs ont d’ailleurs vu apparaître un bouton d’achat permettant de faire ses emplettes, sur le réseau.

 

Des données, des souris et des hommes

 

Pour l’heure, Facebook encourage à créer ces pages marchandes et ne ponctionne pas un centime sur les ventes – pour l’instant, bien entendu. Mais une fois le message bien véhiculé, et les clients conquis, difficile de savoir comment tournera le vent. Depuis au moins 2009, si l’on fait un effort de mémoire, des boutiques se sont ouvertes sur Facebook, avec un couplage lié à PayPal pour assurer le règlement des articles. 

 

Et pour rester dans les chiffres qui encouragent les bonnes volontés, 13 % du temps passé sur des applications mobiles, outre-Atlantique, serait dépensé sur Facebook, et ses déclinaisons. 

 

Ce qu’il sera difficile d’évaluer, ce sont les mutations du moteur de recherche, pour que les clients aboutissent directement sur les pages en question – et comment les algorithmes seront refondus pour répondre à cette problématique. Bien que toutes ces considérations aient quelque chose d’éminemment accessoire : Facebook a tout pour devenir la boutique du futur. 

 

Et demain ? Demain, même Amazon sera devenu inutile dans la commercialisation d’un livre, si l’on suit l’idée que Facebook est devenu le compagnon de tous les jours. Et qu’il réunit tous les outils de prescriptions, de recommandations, d’échange, de partage, indispensables à la vie d’un livre, d’un tee-shirt, etc.

Alors que des solutions techniques permettent d’embarquer et diffuser, comme une vidéo YouTube, un fichier-livre en intégralité, Facebook disposer déjà de multiples solutions pour exporter son livre, le partager et donc le vendre. Et tout acteur du Print on Demand associé – voire le rachat d’une société spécialisée – conférera à Facebook la solution idéale pour vendre en numérique, à l’unité, sous la forme de solution d’abonnement ou en papier. 

 

La projection date de novembre 2014, mais commence à avoir quelque chose de plus réaliste encore. À quand Facebook, devenu la plus grande librairie du monde, et par extension, le plus grand espace de cybercommerce de la planète web ? 

 

Depuis le temps qu’auteurs et éditeurs profitent des solutions marchandes mises à disposition pour commercialiser leurs livres, Facebook finira bien par devenir un acteur incontournable. Emma Rodgers, directrice des produits et marketing Facebook, le jure : « Avec la section de boutique dans la page, nous allons maintenant fournir aux entreprises la possibilité de présenter leurs produits plus immédiatement sur les pages. » 

 

Voilà comment un réseau social d’échange entre personnes pourra finalement réussir à se positionner comme place de marché concurrente à Amazon. Et comment, dans un univers où Rakuten le Japonais, Baidu le Chinois et bien d’autres, cherchent des solutions pour attirer plus de clients, et toujours plus, Facebook veut désormais des choses à vendre, pour se rentabiliser plus encore.

 

Qui est réellement en retard ? Les marchands qui ne possèdent de leurs clients qu’un nombre limité de Big Data, mais disposent d’un catalogue faramineux, ou le réseau social, qui sait à peu près tout de ses utilisateurs, et finalement ne manque que de produits à vendre ?

 

(via The Digital Reader, Buzzfeed)