Des livres antisémites dans ReLIRE : "C'est clairement une erreur"

Nicolas Gary - 13.11.2015

Lecture numérique - Législation - registre ReLIRE - livres antisémites - comité scientifique


En marge des Assises du livre numérique qu’organisait le Syndicat national de l’édition, nous avons pu solliciter certains des acteurs de ReLIRE. En début de semaine, ActuaLitté relevait en effet la présence de livres écrits par Léon de Poncins, ouvertement antisémites. Des titres qui sont proposés pour une prochaine numérisation en vue d’une commercialisation, in extenso. Alarmant ?

 

Régis Habert (FéniXX)
Régis Habert - ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

Régis Habert, directeur de la société FeniXX, en charge de la numérisation et de la diffusion, explique. « Nous arrivons à repérer ces livres, mais de manière assez fortuite. Quand nous travaillons sur les métadonnées et que nous plaçons les ouvrages sur les plateformes, quelque chose ressort. » C’est l’instant où FeniXX peut prendre conscience et s’interroger sur le contenu de tel ou tel ouvrage. 

 

« Apparemment, ce sont des livres qui sont passés entre les mailles du comité scientifique. Notre rôle, c’est de faire remonter l’information, et le comité décide de ce qu’il veut faire. Dans certains cas, si ce n’est pas trop sensible et que ce sont des livres un peu modernes, parus dans les années 90, ça passe. Et si ce sont des livres qui posent vraiment problème, on les retire. » 

 

Il reviendra alors au comité scientifique, constitué de trois représentants de l’édition, d’un membre de la BnF, de trois représentants des sociétés d’auteurs, de se prononcer. « Il décidera qu’il faut les retirer, si c’est trop problématique. Nous les aurons fabriqués, mais ce n’est pas très important : l’idée, c’est que tout soit propre et fait correctement. Nous, FeniXX, n’avons pas le droit de faire de choix : il nous est donné une liste, que nous devons numériser et commercialiser. »

 

Au sein du comité siègent également trois membres observateurs qui ont chacun une voix consultative : un représentant du ministre chargé de la culture, une personnalité qualifiée désignée par le ministre chargé de la culture et un représentant de la société de gestion collective agréée. 

 

"Là, c'est clairement une erreur"

 

De son côté, le dirigeant des éditions La Découverte, et président du comité scientifique pour les éditeurs, François Gèze apporte quelques précisions. D’abord, les livres de Léon de Poncins ont été supprimés de la base – non, de rien, franchement, c’est cadeau. « D’une façon générale, on les retire. C’est dit dans la charte du comité scientifique que l’on ne peut pas proposer des livres qui soient en violation des lois actuelles. »

 

Incitation à la haine, discrimination raciale, et toutes horreurs n’ont donc pas vocation à se retrouver dans ReLIRE. « Là, c’est clairement une erreur. Mais on traite des dizaines de milliers d’ouvrages, des centaines de milliers même, dans lesquels il faut éliminer beaucoup de livres qui sont hors la loi. C’est vrai qu’il peut y avoir des bugs. »

 

Le président souligne cependant que, pour les livres de la Seconde Guerre mondiale, le comité a fait preuve d’une très grande vigilance. « Et pour les années trente aussi. C’est un accident, et, dès que c’est apparu, nous les avons retirés. » 

 

Pour ce qui est du travail d’édition, tel qu’il est prévu aux éditions Fayard, qui vont republier Mein Kampf, il n’appartient pas au comité scientifique, ni à aucun des opérateurs de ReLIRE de l’imposer. « Cela pourrait être fait, mais cela représente un travail considérable, qui est hors champ par rapport aux missions de ReLIRE. »  

 

Il est certain qu’à vouloir traiter des dizaines de milliers d’ouvrages chaque année, les acteurs du comité scientifique se confronteront encore à ce genre de cafouillage. Quel que soit le degré de vigilance. Et c’est évidemment un risque constitutif du projet de numérisation lui-même : ReLIRE a pour vocation de faire passer sous les scanners des ouvrages sous droit du XXe siècle, mais qui ne sont plus commercialisés. 

 

La volonté de réaliser une numérisation de masse, et de faire le tri après, appelle forcément la présence de titres de ce genre. Pour mémoire, le rythme prévu est de constituer des liste de 50.000 livres, chaque année. Ce qui implique de passer en revue plus de 135 bouquins, quotidiennement. Chose que l'on ne demanderait pas même au plus acharné des critiques littéraires...