Des visiteurs moins néophytes sur le livre numérique

Clément Solym - 19.03.2012

Lecture numérique - Lecteur eBook - bilan salon du livre - libraires - biliothèques


« Lorsqu'ils ont la coque matelassée en main, les gens sont agréablement surpris et se mettent à vous poser des questions ». Sur le stand de Kobo, les démonstrateurs ne chôment pas. Julien, l'un d'eux, explique que si les visiteurs sont encore néophytes en termes de lecture numérique, il y a un « grand intérêt ».

 

On pourrait le soupçonner de trop bien faire son boulot, mais ce salarié de la Fnac confesse avoir découvert la liseuse canadienne il y a peu et s'être senti tout de suite à l'aise. Et n'oublie pas de tamponner la concurrence au passage. « Je suis étonné que les autres exposent un modèle bas de gamme » comme celui-là.

 

Chez Amazon, on note le même engouement. « Beaucoup de curieux » et plusieurs personnes qui s'exclament « ça y est je le vois, je peux enfin le toucher », remarque Antoine Dreyfus, senior Marketing Manager. Honnête, il confie que l'on vient pas mal sur le stand pour comparer les différentes liseuses du marché. L'heure n'est pas forcément à l'achat les yeux fermés, mais badauds comme professionnels en ont fait un incontournable de leur visite.

 

Niveau de connaissance en hausse

 

Denis Zwirn, directeur de Numilog contraste l'avis des constructeurs sur l'ignorance des visiteurs. « Les gens viennent avec des questions pertinentes » ou carrément « arrivent sur le stand déjà équipés ». Moins néophytes en comparaison aux précédents salons, les utilisateurs ou sympathisants de la cause numérique ont des questions très concrètes, quel contenu ? À quel prix ? Pour lui, le degré de connaissance a sans conteste évolué en deux ans. Aujourd'hui, on n'irait pas lui demander où se trouvent les fichiers de livres en déballant sa liseuse.

 

 

 

Bibliothécaire à Gonnesse, Sophie se renseigne sur le Kindle. On la sent alléchée pour un usage personnel. Et pas seulement. Le prêt de liseuse en test dans plusieurs médiathèques du Val d'Oise l'encourage à franchir le pas dans l'avenir. Mais l'enthousiasme pourrait se refroidir. À la différence d'autres constructeurs et plateformes de libraires numériques, le e-reader de Bezos associe systématiquement un appareil à un compte avec coordonnées bancaires. De fait, le modèle du géant « n'est pas encore très adapté », reconnaît Dreyfus.

 

 Chronodégradabilité ou compte bibliothécaire

 

Pour Sébastien Bago, Merchandiser de Kobo France, le souci est moindre. L'ouverture d'un compte ne limite pas l'utilisation à un seul engin. Dès lors, la création d'un compte bibliothécaire chargeant un livre sur plusieurs tablettes est en bonne voie. Autre option possible : un usage restreint dans le temps, appelez - ou plutôt essayez de le prononcer – chronodégradabilité, « pas pertinente » selon Bago pour qui « tout reste à faire », et avoue que le constructeur tâtonne encore. À l'écouter, aucun pays n'aurait encore trouvé son modèle.

 

Pas pour Bookeen. L'acteur historique de la lecture numérique en France propose déjà les deux solutions de prêt aux bibliothèques grâce à son Cybook. Un développement à imposer pour que la sensibilisation se fasse partout. Idem chez le portail de libraires, ePagine où Stéphane Michalon, explique qu'avec 3 millions de fichiers numériques le marché ne peut aller que dans un sens. Aux libraires de non seulement conseiller, mais déjà sélectionner les références à exposer. En revanche, le directeur regrette que si les bibliothécaires s'orientent vers les libraires pour le format papier, pour le numérique, le réflexe n'est pas encore acquis. 

 

Des libraires indépendants qui freinent encore des pieds 

 

 

Autre libraire, mais aussi concepteur de librairies en ligne, Immatériel.fr rapporte le même intérêt des bibliothécaires. Il y a ceux des grosses structures comme celles de Rennes qui n'estiment pas nécessaire de fournir un service de prêt de liseuse au vu des achats en forte progression. Et les petites collectivités territoriales qui se veulent acteurs dans la familiarisation avec un nouveau mode de lecture. Chez les revendeurs indépendants, « brick & mortar » comme on les appelle en anglais, le pas n'est pas franchi.

 

Pêle-mêle, on déplore le trop grand nombre de plateformes auxquelles il faudrait souscrire pour avoir un catalogue complet, la frilosité des éditeurs et l'investissement que représenterait l'ajout de ce flux. On compte plutôt sur l'étoffement du fonds chez les éditeurs et l'arrivée massive d'acheteurs numériques pour créer la demande. Reste que Julien, l'un d'entre eux qui se dit « gadgetophile », n'hésite plus à s'acheter un Kindle et reconnaît les efforts produits par Bragelonne.