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Digital Census : "une certaine schizophrénie" dans l'industrie du livre

Nicolas Gary - 23.12.2013

Lecture numérique - Usages - livre numérique - industrie du livre - Roayume-Uni


Le Bookseller vient de publier son étude annuelle, Digital Census, portant sur l'évolution de l'industrie du livre au Royaume-Uni. Seuls les abonnés au magazine pourront se la procurer, mais l'on dispose de quelques éléments qui, malgré tout, pourront donner une certaine vision d'ensemble. Les répondants ont été 2375 à y prendre part entre septembre et octobre 2013. 

 

 

 

 

Ce que l'on peut retenir de l'ensemble, est que la croissance du livre numérique se poursuit, mais que le rythme d'adoption se ralentirait plutôt. Toutefois, les appareils de la gamme Kindle sont toujours les plus prisés par le public - même si l'iPad reste en tête des faveurs pour le monde des tablettes - pour 43,6 % des utilisateurs. Les lecteurs ebook Kindle, eux, représentent 47,6 % des habitudes pour les lecteurs numériques.

 

Le trio des vendeurs d'ebooks est d'ailleurs le suivant : Amazon, Apple, Kobo. Cependant, on retrouve bien les lecteurs ebook Kindle puis l'iPad dans la liste des appareils favoris pour la lecture, puis les ordinateurs, les téléphones, à plus de 31 %, avant de tomber sur les lecteurs ebook de Kobo... Chose malgré tout intéressante : les sites d'éditeurs proposant de la vente directe de livres numériques sont de moins en moins plébiscités : de 17,5 % de parts en 2010, on est tombé progressivement à 10,8 %, puis 8,2 % et 7,6 % en 2013...

 

Au sein des maisons d'édition, les divisions et les incertitudes demeurent concernant les problématiques telles que la tarification, les revenus et les droits d'auteurs. Notons que 42,5 % des répondants étaient des éditeurs. L'année 2013 aura toutefois apporté certaines réponses : libraires et éditeurs considéreraient l'impact du numérique de manière favorable, même si la rentabilité de ce modèle leur semble encore fragile. 

 

L'étude montre une certaine schizophrénie, comme dans tous les secteurs culturels qui ont vu se déplacer leur marché du matériel vers la dématérialisation.

 

 

En effet, en 2010, les libraires interrogés ne voyaient pas vraiment les ventes numériques s'installer ; ils étaient 37 % à assurer vendre des oeuvres en format numérique. Désormais, les parts de marché ont augmenté, et ils seraient plus de la moitié à vendre au moins dans un format numérique. C'est aussi le fait d'une offre qui s'est développée, puisque quatre auteurs sur cinq affirment que leurs livres sont disponibles en format ebook - bien que les opinions restent encore mitigées sur la manière dont leur éditeur s'emploie à faire découvrir cette offre. 

 

Du côté des auteurs indépendants, le nombre de livres a augmenté, mais plus de la moitié d'entre eux n'aurait vendu que moins de 1000 livres numériques, mais serait en augmentation malgré tout, en regard de l'année passée. 

 

Un dernier point, concernant le piratage, toujours considéré comme une source de vive inquiétude, mais en diminution par rapport à l'année passée. Soit la lutte contre le téléchargement illégal a progressé, puisque seuls 13,4 % des interrogés l'évoquent comme un problème, soit la pratique serait en diminution. Mais il semble surtout que la question soit moins répandue dans le pays que dans le reste de l'Europe, où elle est problématique pour 23 % des répondants. 

 

L'étude montre une certaine schizophrénie, comme dans tous les secteurs culturels qui ont vu se déplacer leur marché du matériel vers la dématérialisation. Les lecteurs ont cependant pu enseigner à l'industrie qu'ils souhaitent un format numérique neutre, et qu'ils ne renient pas du tout l'existence d'une offre papier. Ils souhaitent pouvoir disposer d'offres couplées, par exemple, mais pas dans tous les cas : ce sera le défi de 2014, parvenir à définir ce qui fonctionne de ce qui n'est pas rentable. 

 

Philip Jones, rédacteur en chef du Bookseller et de FutureBook souligne que « le plus grand casse-tête pour le secteur pourrait ne pas venir des questions liées aux biens physiques comme le format des livres, ni le pouvoir des revendeurs, mais la lutte permanente de l'industrie pour démontrer sa valeur, et celle des structures qui sous-tendent son activité ».