Distribution du livre numérique : "L'achat a lieu après la vente" (Xavier Cazin)

Clémentine Baron - 02.07.2013

Lecture numérique - Acteurs numériques - Immatériel - Xaviez Cazin - livre numérique


Dans l'ombre de la création numérique, toute une industrie s'est développée dans le but de favoriser ce renouvellement des formes et des contenus. Souvent méconnus, les créateurs matériels du livre numérique, de son enrichissement et de sa diffusion ont aussi leur mot à dire. Interview avec Xavier Cazin, co-fondateur de la société Immatériel.fr, spécialisée dans la distribution du livre numérique.

 

 

 

 

Comment est née la société Immatériel.fr ?

Immatériel.fr est né de l'expérience acquise par ses deux fondateurs en tant qu'employés d'O'Reilly Media (une maison d'édition américaine spécialisée dans les réseaux et le développement de logiciel). Au moment où la filiale française d'O'Reilly a fermé en 2008, nous avions déjà envisagé de travailler autour du livre numérique. Notre connaissance du Web et du monde de l'édition nous a rapidement conduits vers le maillon de la chaîne du livre où nous serions le plus utile : la distribution.

 

 

Pouvez-vous détailler vos activités ?

Notre cœur d'activité est la distribution, c'est à dire la logistique entre nos 500 clients éditeurs et nos 50 clients revendeurs. Comme pour le papier, il s'agit de gérer les flux d'information (les métadonnées), les flux de données (l'accès au contenu), et les flux financiers (nous facturons chaque revendeur et nous reversons à chaque éditeur ce qui lui revient).

 

Quant à la boutique en ligne, elle nous sert principalement à deux choses : être un peu visible (rien n'est plus souterrain que l'activité de distribution) et démontrer que les libraires peuvent vendre des offres numériques plus complexes que de simples fichiers avec DRM. C'est ainsi que nous avons pu mettre au point nos offres multi-formats et nos abonnements, avec l'aide d'éditeurs visionnaires, comme Publie.net et d'autres, qui ont su intégrer le web comme élément du monde réel, et non pas comme une autre planète, qui serait peuplée d'internautes.

 

J'ajoute que cette librairie, par sa capacité à vendre des abonnements, a également comme clients des collectivités. Une médiathèque par exemple peut s'adresser à son libraire pour louer un accès à des ressources pendant une période de temps donnée (généralement un an).

 

 

Pouvez-vous détailler ces offres multi-formats ?

Nos offres sont constituées d'URL, et non pas de fichiers.  Autrement dit, en achetant un titre, vous achetez une ou plusieurs URL, qui peuvent pointer sur des fichiers, mais aussi sur des sites. Les abonnements par exemple, sont des accès à des pages Web où vous pouvez consulter un corpus de textes en streaming.

 

 

La différence, c'est que l'achat (à l'éditeur) a lieu après la vente (par le libraire). Cela a un impact sur la trésorerie des libraires,

qui devraient prendre cette dimension en considération avant de bouder le livre numérique.

 

 

Les formats proposés sont-ils lisibles sur tous types de périphériques ?

Nous encourageons nos éditeurs à créer des offres multi-formats, justement pour éviter cet obstacle. Ainsi, lorsqu'un client peut accéder à la fois à l'ePub, le PDF et le Mobipocket, il y a de grandes chances qu'au moins un des formats soit compatible avec son appareil.

 

 

Quelles sont les particularités de la distribution de livres numériques, en comparaison au livre papier ?

La principale différence, c'est que l'achat (à l'éditeur) a lieu après la vente (par le libraire). Cela a d'ailleurs un impact sur la trésorerie des libraires, qui devraient prendre cette dimension en considération avant de bouder le livre numérique. Cela explique aussi en partie le peu de retours, l'autre raison étant que les livres sont plus rarement abimés pendant le transport !

Reste qu'encore peu de monde sait se servir d'un livre numérique, encore moins avec DRM, alors que tout le monde sait se servir d'un livre papier.

 

 

Qui sont vos clients ?

Côtés éditeurs, nous balayons tout le spectre, depuis des maisons ayant pignon sur rue depuis longtemps, comme PUF ou Libella, jusqu'aux micro-éditeurs qui se lancent directement en numérique avec un petit catalogue. Côtés libraires, tout revendeur acceptant de faire les efforts de connexion nécessaire : cela va du libraire de quartier à Amazon et Apple, en passant par Chapitre, Fnac ou Feedbooks.

 

 

Quelle est la source de revenus ?

Notre seule source de revenu est une commission de 10% sur chaque vente effectuée par notre intermédiaire. Tant que l'éditeur ne vend pas, nous ne sommes pas payés non plus. Nous avons préféré cela à un modèle de prestations plus classique, car alors il n'y a pas d'intérêt commun à l'augmentation des ventes, donc pas de partenariat véritable.

 

 

Quel est votre avis sur la question des DRM ?

« Le web est l'avenir du livre », ça dit non seulement que l'écrit doit profiter à plein de ce nouveau support, mais ça dit aussi dans quelle direction il faut penser sa protection et sa commercialisation : s'éloigner des échanges de fichiers à la Megaupload, qui flattent le désir d'accumulation et nient la diversité des contenus, et éviter les « Apps » qui ne fonctionnent que dans des sous-ensembles parallèles au Réseau, dépendant du bon vouloir de telle ou telle société (en revanche, je n'ai rien contre les Web-Apps, au contraire). 

 

Il y a beaucoup à dire, mais notre principal constat, c'est que les DRM avantagent les plates-formes qui ont un modèle standardisé d'achat et de lecture intégré, et désavantagent les libraires qui doivent s'occuper du service après vente lorsqu'un lecteur n'arrive pas à lire son livre. Cela limite également le format des ressources que l'on peut associer à une offre, car ces verrous ne sont aujourd'hui compatibles qu'avec l'ePub ou le PDF. Nos éditeurs optent le plus souvent pour le tatouage, qui a l'avantage de transformer le titre acheté en exemplaire unique.