DiViNa, le futur de la bande dessinée numérique présenté à Angoulême

Antoine Oury - 03.02.2020

Lecture numérique - Acteurs numériques - DiViNa FIBD 2020 - DiViNa BD - bande dessinee numerique


FIBD 2020 — Après des années d'expérimentations intéressantes, le secteur de la bande dessinée semblait désormais cantonné à la lecture guidée et aux planches imprimées scannées. Au Festival international de la bande dessinée d'Angoulême, l'EDRLab, laboratoire européen du livre numérique, et l'éditeur H2T, filiale de Pika, ont présenté le format DiViNa, avec ses nombreuses possibilités et promesses.

Laurent Le Meur (EDRLab) et Ludivine Gouhier (H2T) - FIBD 2020
Laurent Le Meur (EDRLab) et Ludivine Gouhier (H2T), au FIBD 2020
(ActuaLitté, CC BY SA 2.0)


Après les belles expérimentations du turbomédia et de coûteux projets d'applications mobile, la bande dessinée numérique, en France, semblait condamnée pour quelques années encore à la simple transposition de la page imprimée sur un écran. C'était sans compter sur l'EDRLab, le laboratoire européen du livre numérique, qui planche depuis quelques années sur un format innovant, interopérable, pour la bande dessinée numérique.

Ainsi commence l'histoire de DiViNa, pour Digital Visual Narratives, racontée par Laurent Le Meur, directeur technique d'EDRLab, et Ludivine Gouhier, directrice artistique des éditions H2T, filiale du groupe Pika. « Le lecteur de bandes dessinées s'attend à quelque chose de simple, intuitif à la lecture, avec des possibilités nouvelles, sans tomber dans l'animation. Le lecteur doit rester actif et garder le contrôle sur le rythme de sa lecture », explique Ludivine Gouhier.

Développer un format standard simple, accessible, interopérable, durable, économique pour les éditeurs et facile à prendre en main par les auteurs du monde entier : tel était le défi à relever pour l'EDRLab. En lien avec le W3C, qui supervise les standards du web et de l'édition numérique, le laboratoire européen a mis au point le format DiViNa, qui encapsule une structure JSON pour décrire les métadonnées, le sens de lecture, l'orientation, le ratio image/écran, la navigation guidée, les effets de transition, les sons, etc. — pour faire simple, comment la bande dessinée apparaitra et évoluera sur l'écran —, et les images de la BD dans une archive ZIP.

Le tout sera lisible sur ordinateur, tablette ou smartphone, à l'aide du moteur de lecture open source Readium, lui aussi développé par l'EDRLab, et qui peut être intégré à n'importe quelle application de lecture.

Le meilleur reste à venir : si certaines fonctionnalités sont encore en développement, le format DiViNa est déjà exploitable : Ludivine Gouhier a dirigé un projet avec l'auteur Yoann Le Scoul, Bravery, entièrement réalisé et diffusé à l'aide du format DiViNa. Le résultat est, comme promis, particulièrement dynamique, sans pour autant s'apparenter à de l'animation ou à du jeu vidéo. Le manga peut être découvert en intégralité à cette adresse ou en fin d'article.
 

Un outil de création pour les auteurs


« Yoann est à mi-chemin entre la BD et l'animation, il fait partie d’une génération avide de ce qui va au-delà du format papier », explique Ludivine Gouhier. « Les choix des possibilités du numérique se font en fonction de la fluidité de lecture et du propos de l'œuvre, il ne s'agit pas juste d'effets “waouh”. Pour un auteur comme lui, cette technologie lui permet de créer un préquel à une future histoire, qui sortira elle au format papier : c'est une complémentarité créatrice. »

Le grand intérêt du développement de DiViNa et de l'expérimentation menée chez H2T avec Yoann Le Scoul réside dans le test en temps réel d'un outil destiné aux auteurs pour la création d'œuvres dans ce format, intitulé DiViNa Creator et développé par Florian Dupas, à travers sa start-up Kwalia.

« Pour la toute première version, j'avais développé un outil mobile, une application, qui reproduisait la technologie flash. Mais pour créer, un écran de smartphone, ce n'était pas vraiment l'idéal », nous raconte Florian Dupas. « J'ai rencontré Laurent il y a trois ans, juste au moment où je me suis dit qu'une version bureau était nécessaire. Au fur et à mesure, j'ai intégré le format DiViNa dans mon logiciel. »

DiViNa Creator se présente comme une sorte de logiciel de montage, qui propose toutefois des fonctionnalités propres au format et à la bande dessinée numérique. « Mon objectif est de proposer une solution complète pour exporter dans de nombreux formats et multiplier les créations, comme les sites web interactifs ou le dessin animé. DiViNa sera l'un de ces formats exportables », précise Florian Dupas.

Propriétaire du code de son logiciel, Florian Dupas prévoit d'en proposer une partie gratuite, et l'autre payante, avec des fonctionnalités avancées comme l'hébergement des créations en ligne, pour une sauvegarde en temps réel, l'accès à des données d'analyses, et la possibilité de travailler à plusieurs sur un même document, en temps réel.
 

Convaincre éditeurs et diffuseurs


L'avenir du format DiViNa s'ouvrira désormais en fonction du soutien des éditeurs, des diffuseurs et des lecteurs. Pour les premiers, le format dispose de solides atouts, avec la possibilité d'être protégé par la DRM LCP, un verrou numérique interopérable qui permettra aussi de prêter les œuvres en bibliothèques. Destiné à devenir un standard pour la BD numérique, DiViNa pourrait aussi rééquilibrer la balance avec des diffuseurs très puissants, qui développent leur propre format.
 
Pour les diffuseurs, la perspective d'une œuvre numérique inédite, lisible uniquement sur les smartphones et tablettes, est aussi une opportunité, outre le fait que DiViNa s'adapte parfaitement au streaming comme au téléchargement. Si la plateforme Sequencity a été en première ligne dans le projet DiViNa, d'autres diffuseurs, assure Laurent Le Meur, sont « ouverts à ce genre de contenus ».

Format standard, outil de lecture et de création : tous les éléments nécessaires sont là, assurent les différents acteurs impliqués. Reste à convaincre les éditeurs et les lecteurs, dans les prochains mois et années : en France, le poids de la BD numérique, manga et comics inclus, hors webtoon, représente environ 2,1 millions €, contre 554 millions € pour la BD imprimée...

Il est possible de lire Bravery ci-dessous, et de retrouver plus d'informations sur l'oeuvre de Yoann Le Scoul à cette adresse.



Dossier : Tout sur le 47e Festival international de la bande dessinée d'Angoulême


Commentaires

Pas de commentaires

Poster un commentaire

 

grin LOL cheese smile wink smirk rolleyes confused surprised big surprise tongue laugh tongue rolleye tongue wink raspberry blank stare long face ohh grrr gulp oh oh downer red face sick shut eye hmmm mad angry zipper kiss shock cool smile cool smirk cool grin cool hmm cool mad cool cheese vampire snake exclaim question

Vous répondez au commentaire de

Cliquez ici pour ne plus répondre à ce commentaire

* Laisser vide pour ne pas reçevoir de notification par email de nouveaux commentaires.