Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Données personnelles : mieux vaut pirater un ebook que l'acheter

Nicolas Gary - 26.08.2013

Lecture numérique - Acteurs numériques - Pays-Bas - watermarking - protection de fichiers


Les internautes n'ont pas été les seuls à s'inquiéter de la décision prise par l'organisation néerlandaise de lutte contre le piratage, le BREIN, en coopération avec la plateforme de vente d'ebooks, eBoelhuis. En effet, les clients de cette dernière seront fliqués tout particulièrement, après l'achat de fichiers numériques, grâce à un tatouage numérique spécifique apposé sur leurs ebooks...

 

 

Sitting on History, Billy Woodrow

 

 

 

Mi-août, l'information avait rapidement circulé sur la toile : tout livre numérique acheté via eBoekhuis serait marqué du signe de la Bête, et poursuivi. La plateforme et le BREIN mettaient en place un système de surveillance qui, durant deux années après l'achat, allait surveiller les réseaux et spécifiquement les fichiers ainsi achetés. Le consommateur imprudent, qui aurait prêté son ebook à un tiers, lequel déciderait de le diffuser sur les réseaux de partage, serait alors immédiatement retrouvé, grâce aux données personnelles intégrées au livre. 

 

Heureusement, quelques consciences se sont élevées, et une des membres du parlement néerlandais, Astrid Oosenbrug a posé une question parlementaire (Kamervraag), s'adressant directement au gouvernement. L'apposition de filigrane sur les livres numériques ne serait-elle pas une illégalité, violant les libertés du client ? 

 

Ce qui est certain, c'est que la présomption d'innocence ne fait pas long feu dans cette histoire, et surtout que le consommateur est gentiment pris en otage, avec la menace de sanctions planant. La parlementaire s'interroge donc sur la légalité de cette méthode, mais également, sur le fait qu'un marchand communique à la BREIN des données personnelles, et que celles-ci soient conservées durant une période de deux années. 

 

Big datas, mais gros risques

 

Dans sa question, la parlementaire va d'ailleurs plus loin, interrogeant la légitimité même de toute procédure de ce genre : en regard des moyens déployés, les soupçons de risque de violation du droit d'auteur permettent-ils de mettre en place de pareilles solutions ? En clair : n'est-ce pas un pousse au crime, ou une mesure réellement disproportionnée, sans aucune justification autre que l'appréhension de l'industrie du livre ? Surtout qu'aucune étude à ce jour n'a clairement pu établir que le piratage de livres avait une incidence nuisible sur les sociétés.

 

Elle envisage également la revente des biens numériques, et le devenir des fichiers - et du marquage dans ce type de commerce. Les livres numériques sans DRM ni marquage peuvent être revendus entre clients, mais l'introduction d'un filigrane est un frein évident à toute forme de commerce d'occasion des fichiers numériques.

 

D'ailleurs, ce point n'est pas le moins problématique : l'achat d'un ebook signifie-t-il que l'on devient propriétaire d'un livre dématérialisé, ou plus restrictivement, que l'on dispose d'une licence d'utilisation comme pour le cas d'un logiciel, laquelle serait alors soumise à des contraintes indépendantes de la volonté de l'acheteur. 

 

La parlementaire ne se trompe d'ailleurs pas de cible : en raison de la position particulière de la Centraal Boekhuis, plus important fournisseur de services logistiques dans le domaine du livre aux Pays-Bas, comptant la quasi-totalité des éditeurs, une entente avec le BREIN est des plus délicates. Surtout que c'est à la CB que les Néerlandais doivent la création de la plateforme eBoekhuis. Le service a été mis en place en mars 2009, offrant à tous les libraires du pays de se connecter à la plateforme pour récupérer des données et vendre des livres numériques. 

 

La protection des données personnelles du consommateur est essentielle dans le commerce numérique, et la parlementaire s'inquiète à raison de la manière dont les informations privées seront communiquées à un tiers, sans entrer en violation des règles et lois relatives à la protection de la vie privée. 

 

Le ministre Ivo Opstelten aura maintenant trois semaines pour répondre à ces différentes interrogations, rappelle eReaders.nl.