DRM & Copyright : la liberté du consommateur qui est en jeu

Clément Solym - 10.02.2014

Lecture numérique - Usages - DRM - verrous numériques - législation


Cory Doctorow revient très largement dans une analyse que présente le Guardian, sur la question de la protection du droit d'auteur, ou plus précisément du copyright, avec l'adjonction de DRM. Ces outils numériques sont ce que l'on présente plus concrètement comme des verrous numériques, chargés d'empêcher des utilisations proscrites par l'ayant droit. En somme, restreindre les usages du consommateur, que l'on soupçonne par avance, d'être un contrefacteur en puissance.

 

 

 

 

Doctorow n'y va pas avec le dos de la cuillère, pour démonter l'existence même des Digital Rights Management. Technologiquement, moralement, commercialement, le DRM ne fait pas sens, assène-t-il. « Pour qu'un DRM fonctionne, vous devez envoyer un message crypté à votre client, puis lui donner un programme pour le déchiffrer. » Cette situation cherche donc à restreindre les comportements que peuvent avoir les consommateurs avec des achats de biens physiques : partager, revendre, lire dans un autre pays son fichier, et ainsi de suite.

 

« La seule raison d'utiliser des DRM, c'est que vos clients veulent faire quelque chose, et que vous ne voulez pas qu'ils le fassent. Si quelqu'un peut leur offrir un outil qui fait les choses que vous détestez et qu'ils aiment, ils vont l'acheter. Et votre DRM disparaît. » Et de prendre l'exemple des cartouches d'encre, un liquide parfois plus chèrement vendu qu'un millilitre « de champagne millésimé ». 

 

Tout est fait pour que le client ne puisse que difficilement remplir son imprimante avec d'autres produits que ceux vendus par le fabricant d'imprimantes. Même système avec les vendeurs de forfaits pour téléphones portables : l'appareil est verrouillé durant une certaine période, pour que le vendeur puisse rentabiliser - fidéliser ou garder captif - son nouveau client. 

 

Or, comme tout système de sécurisation, les DRM sont vulnérables, et quand bien même Adobe annonce qu'il va mettre sur le marché un DRM Musclor, pour sécuriser plus fortement le marché du livre numérique, ce n'est qu'une question de temps avant que ledit DRM ne saute. 

 

"cela n'a rien à voir avec le fait que l'information est gratuite ou non - il s'agit de savoir si les gens sont libres"

 

 

Aux États-Unis, une législation, le Digital Millenium Copyright Act, ou DMCA, a régulé les relations entre consommateurs et DRM, en interdisant, sauf cas de figure très spécifique, de faire sauter un verrou. Et grâce à es accords passés avec l'Organisation mondiale de la Propriété intellectuelle, le DMCA a fait des petits, et étendu ses sphères d'influence. 

 

L'affaire de 2005, impliquant la firme Sony-BMG, devrait servir d'éternel exemple : sur un CD audio, un rootkit avait été inséré. Cette solution technique de protection modifiait de manière automatique et indétectable un élément du système d'exploitation de tout ordinateur dans lequel on insérait le CD. Et voilà que le rootkit devient un message espion, et infecte des millions d'ordinateurs, incluant 200.000 machines des réseaux militaires et gouvernementaux américains. 

 

Cette faille de sécurité était pourtant connue, mais de crainte d'entrer en violation du DMCA, personne n'avait osé la présenter. Et pendant ce temps, le virus inséré par le rootkit commençait son travail de sape des machines et de leur sécurité. 

 

Pour Doctorow, l'affaire Snowden, et les révélations associées, sur la surveillance par la NSA des réseaux mondiaux, ont démontré que les problématiques de sécurité sont au coeur de l'ensemble du net. « Mais il ne peut y avoir de véritable sécurité dans un monde où il est illégal de dire aux gens que leurs ordinateurs mettent leur vie en danger. En d'autres termes, il ne peut y avoir de véritable sécurité dans un monde où le DMCA et ses cousines mondiales sont encore vivaces. » 

 

Et ainsi qu'il le conclut : « Le DRM est un droit, pour les éditeurs, d'établir leur propre législation copyright. » Car, « cela n'a rien à voir avec le fait que l'information est gratuite ou non - il s'agit de savoir si les gens sont libres ». Mais voilà : la plupart des pays qui ont instauré des législations empêchant le contournement de DRM sont souvent liés aux États-Unis par des accords commerciaux. Et les partenaires sont souvent puissants…