DRM, Kindle et Bragelonne : pourquoi acheter chez Amazon ?

Clément Solym - 25.11.2011

Lecture numérique - Usages - DRM - Kindle - Amazon


Les informations ont tendance à se croiser intelligemment, quand on prend le temps d'un peu de recul. Recul qui manque parfois au débat passionné, et passionnant, sur la présence de DRM dans les fichiers numériques d'éditeurs. S'il est entendu que chacun prêche pour sa paroisse, et voit, plus ou moins long que le bout de son nez, il faut rendre à César ce qui lui appartient.

C'est à ce titre qu'il faut commencer par une première information. La Fevac, Fédération e-commerce et vente à distance, vient de communiqué sur la remise du prix Favor'i, du e-commerce 2011. Cette récompense est remise pour six catégories, à destination de sites de vente en ligne. Bon, rassurons tout de suite les uns et les autres, 1001libraires.com ne s'y retrouve pas. Voilà pour le troll bien velu, passons aux choses sérieuses.

 

Le meilleur, c'est le meilleur, pour les consommateurs

C'est qu'Amazon.fr vient d'être élu par les internautes sollicités meilleur site de l'année, en ayant par ailleurs obtenu le prix du meilleur site dans la catégorie « produits culturels » et « m-commerce ». Produits culturels... Donc, en partie, les livres. Papier, et plus récemment, numériques. Rappelons également que, selon une étude GfK, les livres papier représentent 9,1 % de parts de marché sur le net.

 

Jeff Bezos grand manitou d'Amazon


Amazon, meilleur site... évidemment. Au point que certains clients restent convaincus que les livres sont moins chers chez Amazon. Les modalités d'affichage de prix des livres, numériques et papier, mis côte à côte, relèveraient même d'« une pratique malveillante », admettait un éditeur.

Il se trouve justement qu'Amazon a réussi à mettre en cause le bon vouloir d'un éditeur bien connu des amateurs de livres numériques, Bragelonne. La maison, qui a toujours soutenu que ses ouvrages étaient commercialisés sans DRM, en version EPUB, s'est retrouvée prise à partie et interpellée, après l'ouverture du Kindle Store en France, la librairie numérique d'Amazon, dans une sombre histoire... de DRM. Sur Twitter, quelques remarques ne manquant pas d'acidité, et sur la toile plus généralement d'autres, moins agréables, encore. (voir Aldus et E-Reading)

DRM, en lettres d'or


Quid ? Eh bien oui, il se trouve qu'une forme de DRM est apposée sur les fichiers d'un éditeur qui se proclame ouvertement contre les DRM. Attention : si par DRM, on n'entend que le mot 'cryptage', parce que l'on trouve sur les ebooks de Bragelonne un watermark, invisible, mais présent. Ce dernier n'est qu'une sécurité, et en rien un outil verrouillant l'utilisation des fichiers. « Cette protection est invisible à la lecture, n'empêche pas l'ouverture de l'oeuvre sur un autre appareil que celui sur lequel il a été acheté et est compatible avec la majorité des revendeurs numériques. Bref, confortable, simple et facile d'accès », précise d'ailleurs Alexandre Levasseur, Digital Manager de Bragelonne, dans une éclairante explication.

 

Mais pourquoi les fichiers de Bragelone se retrouveraient-ils donc DRMisés quand ils débarquent pour le Kindle ? François Bon, de Publie.net ne comprend pas : sa coopérative est sur Kindle, et il lui suffit de cocher une case pour activer la fonction DRM. Mais entre Publie.net et Bragelonne, quelle est la différence ? Ils sont pourtant diffusés par Immatériel.fr tous les deux.

Comment Amazon, avec toute sa bonne volonté, ne serait donc pas capable de gérer la présence de DRM par titre, chez l'un et chez l'autre ? Mais alors là, mystère. Nous avons contacté Immatériel, qui ne manquera pas de nous en dire plus.

 

Vous n'entendez que ma voix

Selon ce qu'Amazon a expliqué à Bragelonne, la fameuse DRM en question ne sert pas simplement à faire en sorte que le fichier ne soit lu que par des machines ou applications estampilléees Amazon. Elle servirait également à l'activation des fonctionnalités text-to-speech, ou encore Facebook Connect. Sans qu'il soit possible de faire autrement. Donc la suppression de la DRM, si elle pouvait se faire, entraînerait la disparition desdites fonctionnalités. Pas de bol...

 


Et là, le lecteur attentif aurait tout intérêt à faire gratter le disque dur, plutôt que d'agresser à hue et à dia. Mais une seconde : intervention in extremis d'Hadrien Gardeur, cofondateur de Feedbooks : « gros enfumage de la part d'Amazon cette histoire de DRM. Les annotations et le Text2Speech n'ont rien à voir là-dedans. » (via Twitter)

Bon, la situation se complique. Enfumage, ou pas d'enfumage ?

 

Le respect du client, avant tout


À vrai dire, peu importe. Si, si. Parce que dans tous les cas, Bragelonne reste au plus proche de ses lecteurs, et souhaite avant tout favoriser les bons rapports. C'est marqué dans la conclusion d'Alexandre Levasseur :

« Or comme je l'ai expliqué plus haut nous voulons que l'expérience de lecture soit la plus confortable possible. C'est pourquoi nous allons laisser les ouvrages Bragelonne avec cette “couche Amazon” qui n'est pas vraiment une DRM. Et si l'expérience Amazon vous déplait je vous invite à nous contacter via notre SAV. A l'instar de ce qui s'était passé chez Apple, nous fournirons les versions MOBI de nos ouvrages sur simple demande à sav.numerique@bragelonne.fr le tout accompagné de la preuve d'achat. » Difficile de faire mieux, non ?

Même son de cloche chez Publie.net, quand François Bon nous explique que si les lecteurs souhaitent réellement des fichiers Mobi, sans DRM, ils sont disponibles sur le site, en vente directe.

D'ailleurs, Publie.net, comme d'autres, est actuellement en train de passer son catalogue sur Kobo - et manifestement, l'affaire n'est pas de tout repos...

Alors qu'en est-il de cet Amazon.fr, meilleur vendeur selon les internautes ? Eh bien, finalement, il donne bien du tracas aux professionnels, qui ne se sortent pas vraiment des conditions, utilisations ou autres difficultés rencontrées. Et après tout, il existe d'autres moyens qu'Amazon pour acheter un fichier numérique, qui sont bien plus confortables, paisibles et agréables. Alors, pourquoi s'empêtrer dans cet écosystème ?