DRM : "L'impact le plus important c'est la perte de crédibilité d'Adobe"

Nicolas Gary - 03.02.2014

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La décision d'Adobe de verrouiller le monde de ses verrous numériques a déjà provoqué de nombreuses - et vives - réactions. Hadrien Gardeur, cofondateur de la librairie en ligne Feedbooks, n'avait pas mâché ses mots : selon lui, « c'est la plus stupide décision commerciale que je n'ai jamais vue ». Retour avec lui sur les conséquences du choix opéré par Adobe, et sa stratégie en matière de DRM.

 

 

 

 

 

« L'impact le plus important c'est la perte de crédibilité d'Adobe en tant qu'industriel dans cette affaire. Cette décision de forcer la main à tout le monde et de passer sur un nouveau DRM n'a été prise en concertation avec aucun acteur de l'industrie, que ce soit les éditeurs, les distributeurs, les libraires, les bibliothèques, les fabricants de liseuses ou les développeurs d'application. Même Bluefire a été mis devant le fait accompli la semaine dernière. »

 

Pour mémoire, l'application Bluefire permet la lecture de fichiers avec DRM Adobe, que ce soit pour des appareils Android, ou iOS. Or, il s'agit d'un acteur historique, qui s'était lancé en octobre 2010, pour appareils Apple, et en août 2011 sur Android.  

 

 

 

« En agissant ainsi, ils montrent que non seulement ils se moquent complètement de l'écosystème en place, mais qu'ils ne sont pas un partenaire de confiance. Cette décision ne peut donc avoir qu'un seul impact: intensifier les efforts des uns et des autres pour s'affranchir d'Adobe. Readium SDK était déjà un pas dans cette direction, et il est évident que cette situation ne fera que renforcer le besoin de migrer vers Readium LCP ou des solutions sans DRM selon les cas », poursuit Hadrien Gardeur.

 

Ce qui devient paradoxal, ou presque, c'est qu'Adobe avait choisi de rejoindre le consortium Readium en septembre dernier. L'information est à double tranchant : d'un côté, l'intégration d'Adobe promet une prise en charge relativement complète des ouvrages, y compris ceux sous DRM, par Readium SDK. D'un autre côté, précisait alors la firme : « Avec la contribution d'Adobe, il sera possible dans un futur proche que les applications clients créées à partir de Readium SDK intègrent une prise en charge des fichiers EPUB 2 et EPUB 3 dont le contenu est protégé par Adobe Content Server 4 [...]. »

 

Pour beaucoup, le renforcement des techniques de protection, au détriment du confort de l'utilisateur, pourrait convaincre nombre d'usagers de recourir aux solutions, tout aussi propriétaires, mais nettement moins lourdes que propose l'environnement Kindle. Sur ce point, Hadrien Gardeur rappelle que « même si les barreaux sont dorés, il ne faut pas oublier que le Kindle reste bel et bien une prison. Ils ont déjà à de nombreuses reprises modifié leur DRM, même si les outils pour retirer le DRM Amazon se sont aussitôt adaptés. Nul doute que la nouvelle DRM d'Adobe subira le même sort ». 

 

 

  

« Les libraires et les bibliothèques sont rarement des grands défenseurs des DRM mais les contrats nous obligent la plupart du temps d'en appliquer », souligne le cofondateur de Feedbooks. On peut alors légitimement se demander pourquoi avoir mis le doigt dans l'engrenage, et maintenant se plaindre des nouvelles politiques mises en place.

 

La question n'est pourtant pas si simple à trancher : « Pour les éditeurs, à partir du moment où ils voulaient avoir un DRM, il n'y a avait pas vraiment le choix surtout en 2007/2008 au lancement d'EPUB. Il est juste dommage qu'un projet comme Readium ne soit pas arrivé plus tôt pour se débarrasser de cette dépendance à Adobe, que ce soit vis-à-vis de leur moteur de rendu (RMSDK) ou leur DRM (ACS). »

 

D'ici au mois de juillet, Adobe compte rendre incompatibles les livres numériques dotés de son ancien DRM, avec les outils de lectures actuels, s'ils ne sont pas mis à jour. Or, pour le moment, les fabricants d'appareils de lecture n'ont pas reçu les spécifications techniques idoines. Seuls les développeurs d'applications disposent des SDK nécessaires.