#DRMDay : "Les DRM freinent l'innovation au service du handicap"

La rédaction - 06.05.2014

Lecture numérique - Usages - Luc Maumet - DRM - lecture numérique


En ce 6 mai 2014, ActuaLitté donne la parole à ceux qui font l'édition numérique, auteur, éditeurs, libraires ou lecteurs, et qui se sont retrouvés face aux DRM, des moyens techniques de protection qui rendent parfois la lecture difficile... Luc Maumet, responsable de la médiathèque de l'Association Valentin Haüy, explique les effets des verrous numériques sur l'accès à la lecture.

 


Victor Reader, « mange-disques » et portable

Un Victor Reader, appareil de lecture pour publics empêchés de lire

(ActuaLitté, CC BY-SA 2.0)

 

 

Les DRM apposés sur les livres numériques ont pour but de limiter les usages qui peuvent en être faits. Les vendeurs de livres numériques mettent en avant leur souhait d'empêcher le partage de ces fichiers. Cette pratique, qu'ils nomment « piratage », ne leur semble pas souhaitable. Hélas les limitations qu'imposent les DRM majoritairement utilisés limitent aussi beaucoup des usages que pourraient en faire les personnes handicapées. Nous laissons ici de côté les protections de type watermarking qui ne présentent pas les mêmes contraintes pour nous concentrer sur les verrous numériques. 

 

Une personne déficiente visuelle peut, aujourd'hui, prendre connaissance d'un livre électronique au format EPUB de multiples manières : lu par une voix de synthèse, à l'aide d'un afficheur braille connecté, en bénéficiant d'une remise en forme poussée (typographie, mise en page…) ou encore, et c'est l'usage majoritaire, en utilisant plusieurs de ces solutions de façons complémentaires. Le livre électronique est ainsi une solution très adaptée aux besoins de certaines catégories des publics déficients visuels.

 

Pourtant, un client aveugle qui fait, légalement, l'acquisition d'un livre électronique au format EPUB dont l'utilisation est bridée par un verrou numérique (DRM)  ne pourra, bien souvent, pas le lire. En effet, le verrou va rendre impossible l'utilisation de l'ebook avec la plupart des dispositifs adaptés : les afficheurs braille, les lecteurs audio Daisy, les smartphones adaptés…

 

Cette situation est d'autant plus paradoxale que beaucoup de livres numériques ont atteint un niveau d'accessibilité très convenable. Le format EPUB, en particulier, qui bénéficie du travail du consortium Daisy en la matière, est très adapté à une lecture par des personnes empêchées de lire du fait d'un handicap. Les livres au format EPUB sont conçus et structurés pour être manipulés et correctement interprétés par des dispositifs de lecture très différents, dont les solutions utilisées par les personnes déficientes visuelles.

 

Certains environnements fermés de lecture de livres numériques, comme celui proposé par Apple, offrent un  bon niveau d'accessibilité. Mais il faut accepter de voir toutes ses pratiques de lecture liées à un fabricant. Le transfert des livres électroniques acquis chez Apple vers un appareil non commercialisé par cette marque est ainsi impossible ce qui limite considérablement les possibilités des personnes déficientes visuelles.

 

La principale conséquence de la barrière qu'imposent les DRM à l'usage des livres électroniques par les personnes déficientes visuelles est la difficulté de faire la promotion de cette solution auprès des publics concernés. Le livre électronique constitue pourtant une des portes de sortie de la pénurie de livres à laquelle sont encore confrontées les personnes déficientes visuelles.

 

Mais les DRM ont aussi pour conséquence de freiner l'émergence de nouveaux usages du livre électronique chez le public de niche que sont les personnes déficientes visuelles. Et ce dernier point est le plus dommageable. Le vendeur de livres électroniques qui appose un DRM détermine les usages qu'il considère comme légitimes et ceux qui ne le sont pas. La plupart des solutions de lecture restant encore à inventer pour les publics empêchés de lire, les DRM freinent l'innovation au service du handicap.

 

Luc Maumet, Responsable de la médiathèque de l'Association Valentin Haüy