#DRMDAY: 'Non, ce n'est pas obligatoire, il y a des solutions alternatives'

La rédaction - 06.05.2014

Lecture numérique - Usages - Multivers Edition - livres numériques


Je me positionne sur le sujet avec mes multiples casquettes d'intervenant dans les différents nœuds de l'écosystème du livre numérique. À chaque niveau de mon implication, le constat est le même : je suis farouchement opposé à la DRM. Pour moi, la DRM, celle appliquée à l'aide de la solution technique (et commerciale) d'Adobe, par exemple, est un frein au développement des usages numériques et à l'accélération du taux de pénétration du livre numérique dans les foyers.

 

 

 

 

C'est également un frein à l'innovation. Et je le dis souvent autour de moi, ce n'est pas aujourd'hui dans l'édition que l'innovation est la plus flagrante …


Premier exemple, mes interventions grand public en médiathèque. Un grand nombre des participants de ces informations sur la lecture numérique étaient là parce qu'ils s'étaient retrouvés bloqués lors d'une première expérience personnelle de lecture numérique. Première expérience tentée grâce au contenu numérique mis à disposition au téléchargement par les médiathèques, et contenu protégé à base de DRM Adobe. Toutes et tous ont eu la même réflexion : si c'est ça le livre numérique, c'est beaucoup trop compliqué.

 

Pour lire un livre, il faut télécharger et installer un logiciel (Adobe Digital Edition), créer un compte chez Adobe (Adobe ID), télécharger un lien qui n'a rien à voir avec le livre acheté ou emprunté, et utiliser ADE pour venir déposer l'ouvrage sur sa liseuse. J'ai raccourci la procédure et passé sur les multiples écueils techniques qui m'ont été remontés. Et pour un usager classique, qui n'a pas une aisance facile avec l'outil informatique, avoir à passer ces multiples étapes est rédhibitoire : au moindre blocage, il abandonne.

 

Transposez cette problématique des adhérents d'une médiathèque vers les clients d'une librairie et vous aurez un panel des appels à la hot-line dudit libraire …

 

Et dans ce cas-là, le client souhaitant tester la lecture numérique, comme il a payé, est encore plus radical. Il demande le remboursement de son achat et ne veut plus entendre parler de livre numérique.

Ajoutez à ça un phénomène étrange … Quand un livre est vendu avec une DRM, il est systématiquement vendu bien plus cher qu'une version poche papier et tout juste moins cher qu'une version grand format papier. La science de la littérature a, des fois, des côtés bien ésotériques.

 

Côté éditeur, apposer une DRM sur un livre n'empêche pas le piratage. Il l'encourage, même, aurais-je tendance à dire. La mise à disposition gratuite d'un ouvrage vendu avec DRM devient un jeu pour la communauté.


Je suis un des créateurs de la récente maison d'édition Multivers (voilà, je viens de changer de casquette). Et nous n'avons mis aucune DRM sur nos ouvrages. La DRM empêche l'interopérabilité. La DRM empêche le prêt inter-personnel. La DRM empêche d'offrir ensuite le livre que l'on a lu. Alors que certains éditeurs restent accrochés aux usages et images des livres papiers, ils imposent un verrou sur les livres numériques et de fait renient pour le numérique certains usages possibles avec leurs livres papier.

La DRM imposée par Amazon oblige le lecteur à rester dans l'écosystème Amazon.

 

« Mais cette DRM est obligatoire, quand on veut préserver le droit des auteurs et garantir à l'auteur que son livre ne circulera pas gratuitement alors qu'il a décidé de le confier à un éditeur pour qu'il le vende ».


Non. Non parce que son livre circulera malgré tout gratuitement. On n'y peut rien. Il faut faire avec. Et encourager le lecteur à se tourner vers les offres légales plutôt que pirates.


Non, la DRM n'est pas obligatoire, il y a des solutions alternatives, qui sont acceptables par tous. Par l'auteur et l'éditeur, par le lecteur, et par le libraire. Le watermarking (tatouage numérique) est une alternative tout à fait acceptable.

 

Le watermarking est une technologie qui, au moment de l'achat, cache des informations invisibles dans le livre. Dans des endroits où ajouter quelques petites informations ne modifie en rien le contenu, la mise en page du livre. Ces informations sont disséminées à plusieurs endroits, de manière différente à chaque achat. Et comme elles sont invisibles pour le lecteur, elles ne nuisent ni à la lecture, ni aux usages. Un livre “watermarké” peut être copié, prêté, dupliqué pour sauvegarde à volonté et sans manipulations fastidieuses pour le lire.


Et que sont ces informations cachées dans le livre ?

 

Des séquences de texte qui permettent de créer une “empreinte” unique de l'achat. Il n'y a donc plus d'informations relatives au client, comme son email, par exemple. Un livre watermarké, mis en partage sur le net, pourra être analysé seulement par le distributeur qui aura apposé le tatouage, et ce distributeur pourra associer le livre à l'acheteur. Voilà pour la technologie permettant de rassurer l'auteur.

 

Autre avantage, la technologie du watermarking peut changer, régulièrement, et donc être mise à jour en cas de faille, ou de désir de complexifier les méthodes de tatouages, simplement parce qu'une parade a été publiée sur le net. Ce qui n'est pas possible avec la DRM Adobe, vu que cette dernière implique une modification du logiciel sur les serveurs des distributeurs, éventuellement dans les logiciels installés par les lecteurs et également dans les logiciels présents sur les tablettes et liseuses.

 

Donc pour résumer, la DRM est

  • inutile contre le piratage, 
  • un frein à la lecture simple d'un livre, donc au développement de la lecture numérique,
  • un blocage des usages du livre numérique,
  • un coût supplémentaire sur le prix du livre,
  • un coût supplémentaire pour le libraire, à cause de la hot-line,
  • un frein à l'innovation.

 

Je ne peux pas être plus explicite.

 

David Queffélec