#DRMDay: "Prêter un ebook n'est pas un geste responsable"

La rédaction - 06.05.2014

Lecture numérique - Usages - prêt de livres numériques - livres papier - propriété


Dès lors que l'on aborde le sujet des DRM, il n'est pas rare que les réseaux sociaux s'enflamment (moi le premier je le reconnais). Mais jamais le débat ne nous permet d'aborder une question pourtant primordiale : pourquoi vouloir se comporter avec du numérique, du "dématérialisé" comme avec du matériel ?

 

 

 

Et si je vous dis que non, un fichier numérique ne se prête pas - et je ne prête pas mes fichiers numériques, ni je ne les donne - parce qu'on ne peut pas prêter ce qui par essence ne nous appartient pas ! Quand vous prêtez un livre papier, vous ne le possédez plus pendant le temps du prêt, vous ne pouvez pas y accéder. 

 

Qu'arrive-t-il lorsque vous prêtez un fichier numérique ? Il est toujours présent sur le disque dur de votre ordi, donc accessible. La notion de prêt n'existe plus. Et prêter un fichier numérique équivaut à le donner. Soyons encore plus concrets : vous me prêtez votre voiture pendant 1 semaine.

 

Pendant une semaine, je me comporte comme si cette voiture était la mienne, mais vous êtes d'accord avec moi que je n'ai pas à la prêter à quelqu'un d'autre sans vous en demander la permission ou pire encore à la revendre ? Cela semble évident pour un bien matériel, mais pourquoi cela ne le serait pas pour un bien immatériel, un bien qui par essence, ne peut pas vous appartenir ?

 

Les lecteurs qui lisent en numérique ont raison de revendiquer des droits, mais il y a des responsabilités qui viennent avec, dont celles qui consistent à respecter le droit des auteurs et à ne pas faire n'importe quoi avec quelque chose qui ne nous appartient pas. Le numérique dérange. Ce n'est pas la forme qui dérange, ce qui dérange, c'est qu'il nous oblige à reconsidérer notre rapport avec la création. 

 

Que vous achetiez un livre papier ou un livre numérique, vous n'achetez jamais, en aucun cas, le droit d'exploiter le droit d'auteur. L'être humain a ce défaut de vouloir être propriétaire de tout ce qu'il achète. Mais lorsqu'il s'agit de biens culturels dématérialisés, comment peut-on revendiquer le fait d'être propriétaire de quelque chose qui ne peut pas nous appartenir - en l'occurrence le droit des créateurs. Quand vous allez voir une exposition au musée du Louvre et que vous vous acquittez d'un droit d'entrée, est-ce que vous repartez avec les tableaux sous les bras ? 

 

À l'heure où les produits culturels se dématérialisent de plus en plus, qu'est-ce qui est le plus important : de les posséder ou de savoir qu'ils sont accessibles en tout temps ? En ce qui me concerne, je ne vois pas l'intérêt de posséder un CD, un DV ou un livre, ce qui m'importe c'est que ma musique, mes films, mes lectures soient accessibles en tout temps et quelque soit le support.

 

Se battre pour supprimer du paysage culturel numérique tout ce qui nous empêche d'accéder facilement au travail des créateurs, c'est très important. Mais lorsque nous demandons, en tant que lecteur que notre liberté soit respectée, nous nous devons d'être responsables dans nos actes, de ce que nous allons faire de cette liberté. Prêter un fichier numérique n'est pas un acte responsable. Partagez vos lectures sur vos blogs, les réseaux sociaux et tout ce que vous voulez, mais ne prêtez pas vos fichiers numériques.

 

Jean-François Gayrard

Les Éditions numeriklivres, sans DRM depuis 2010